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L’empreinte mauresque sur Blanquefort.

La paroisse de Blanquefort avait plusieurs maisons nobles. « Une des plus anciennes, et qui mérite quelque attention de notre part, est celle de Maurian.

La dénomination de cette  Maison noble se retrouve dans d’autres lieux du pays Bordelais. On a déjà vu dans le second volume du présent Ouvrage, qu'il existe dans la Paroisse de Mérignac un plantier anciennement connu sous la dénomination de Maurian, et que dans le quatorzième siècle  il y existait encore des tenanciers qui portaient le nom de Sarrasin. Delurbe, dans sa Chronique sur l'an 1119, nous apprend que Guillaume, Duc de Guyenne, fonda l'Hôpital de Saint Jacques de Bordeaux, dans un lieu appelle Clos-Mauron. Cette dénomination dérivait certainement de ces mots Clausus Maurorum, c'est-à-dire, enclos des Maures. Ces noms Mauron,  Maurian, annoncent l'ancienne habitation qu'y avaient fait les Maures ou les Sarrasins. Quoique, dans des choses de cette nature, il soit libre à un chacun de proposer ce qu'il pense, néanmoins, pour qu'on ne se figure pas que c'est de notre part une idée creuse et dépourvue de fondement, on croit devoir ajouter à ce qu'on a déjà dit à cet égard en diverses occasions, ce qui résulte de divers titres de la maison noble de Maurian. Il parait, en effet, que dans le seizième siècle il existait encore un certain nombre de censitaires de cette maison, qui retenaient encore un nom bien approchant de celui de Maure. Qu'il soit permis d'en insérer la liste de quelques-uns, pris sur des titres de cette même maison. Savoir :

Contor Maurin - Trenquine Maurin (ces deux premiers étaient des noms de femmes) - Pierre Maurin - Martin Maurin - Arnaud Maurin, etc.

On comprend que les auteurs de ces censitaires, après un certain temps, avaient embrassé le christianisme, et que l'espèce d'éloignement qu'avaient contre eux les naturels du pays, peut y avoir contribué pour quelque chose. Rien ne le prouve mieux que la dénomination d’Hosten, que plusieurs d'entre ces censitaires (qui payaient le cens au moyen-âge) portaient encore au seizième siècle, selon ces mêmes titres. On insère ici la liste de quelques-uns, pour que l'on ne doute point d'un fait dont on a indiqué la source, pour y avoir recours au besoin. Voici donc les noms, de quelques- uns de ces censitaires.

Heliot Hosten... Guilhem Hosten...Thibaut Hosten... Pey Hosten... Marie Hosten... Rairnond Hosten... Gaillard Hosten... Jean Hosten, fils de Guilhem dit Paguemau... Gaillardoa Hosten... Guilhem Hosten dit Coquillon... Gaussen Hosten... Gaslict Hosten... Corneille Hosten... Jean et Marie Hosten... Gaucemot Hosten, etc.

Il y a sans doute une raison générale d'une dénomination qui se retrouve en tant d'endroits du Médoc et du pays Bordelais ; on ne peut en donner d'autre, sinon qu’elle fut donnée aux auteurs de ceux qui la portent, dans un temps où le langage latin, duquel elle dérive, était encore en usage dans le pays Bordelais, et à raison de l'entrée qu’ ils y firent en qualité d'ennemis, car c'est la signification du mot Hosten ; ainsi, que personne de ceux qui font instruits de cette langue, ne l'ignore. Ce fut en l'année 729, suivant la Chronique de Delurbe, que Bordeaux fut pris, pillé et ravagé par les Sarrasins, et ce fut pour lors que ces barbares, ayant traversé les Pyrénées, cherchèrent des établissements en France, et particulièrement dans le pays Bordelais.

Ils furent, à la Vérité, défaits par Charles Martel, et obligés de traverser une seconde fois ces montagnes ; mais ceux d'entre eux qui s'étaient établis avant la défaite de leur armée, réitèrent dans les établissements qu'ils s'étaient procurés ; et delà tant de vestiges de leur séjour, qu'on retrouve encore dans divers endroits du pays Bordelais. Telle est, à notre avis, l'origine des dénominations dont il est ici question. Nous pouvons nous tromper, aussi soumettons nous notre opinion au jugement des personnes éclairées ; et nous profiterons de leurs avis. Si nous usons de la liberté acquise aux Ecrivains, en proposant notre opinion, au moins pouvons-nous attester que nous n'avons intention de choquer qui que ce soit. Que les personnes qui peuvent porter quelqu'une de ces dénominations ne se formalisent donc point de ce que nous venons de dire, et de l'origine que nous en donnons. Quand même elle aurait eu quelque impureté dans le principe, l'espace de plus de mille ans a été plus que suffisant pour la faire disparaitre et l'effacer entièrement : un aussi long séjour dans cette contrée a été plus que capable de naturaliser les descendants de ces étrangers. La profession du Christianisme qu'ils s’y exercent depuis longtemps, a certainement effacé la tâche du Mahométisme, que leurs auteurs professaient lors de leur arrivée dans cette contrée.

Au reste, les Visigots, qui ont causé tant de ravages dans un Empire Romain, étaient des- barbares et des Ariens, et néanmoins la meilleure Noblesse d'Espagne se fait gloire de défendre des Visigots, qui s'y étaient anciennement établis. On sait que les Normands étaient des barbus et des pirates, qui ont exercé mille brigandages dans la France, qui n'ont pris fin que par la cession que leur fit  un de nos rois de la Province qui porte maintenant leur nom ; et néanmoins quel est le Gentilhomme de la Province de Normandie qui ne se ferait honneur de remonter par titres jusqu’à un des principaux Normands qui fixa son établissement dans la contrée qui porte maintenant leur nom ? Sans insister davantage à cet égard, revenons à la Maison noble qui a donné lieu à cette digression. Elle appartient, cette Maison noble, à Mrs. de Besse, et on la trouve appelée Tour de Maurian, dans des anciens titres, entre autres dans un titre du 6 Septembre 1483. Cette Maison noble qui, suivant un titre qu'on se rappelle d'avoir vu, et qui est de la fin du siècle dernier, mais dont on n'a pas retenu la date précise, est mouvante de la Châtellenie de Blanquefort, et parait être d'une haute antiquité. Sa dénomination seule, qui dérive du mot Mauri, suffirait pour le prouver. Les anciennes Chroniques se servent indifféremment de ce terme pour désigner les Maures ou les Sarrasins. Après ce qu'on a déjà dit, on ne croit pas devoir s'étendre davantage à cet égard.

On observera feulement qu'il parait par un titre du 8 Février 1380, que la Noble Dame Assalide de Ségur, Dame de Cantenac, est qualifiée veuve de Noble homme Bertrand de Noaihan, en son Vivant Seigneur de Maurian, de Lamothe, de Ludon et du lieu de Cantenac. Noble homme Bertrand Andron de Bourg est qualifié Seigneur de la terre de Maurian, dans un titre du 8 Mars 1411. Cette dénomination n'est pas exacte ; Maurian a bien été incontestablement un Fief, mais jamais une Terre. La Justice, dans l'étendue de cette Paroisse où cette maison est située, a constamment appartenu, et particulièrement en l'an 1411, aux Seigneurs de Blanquefort, dont la haute Justice s'étendait anciennement depuis la Paroisse d'Avensan jusqu'au bassin d'Arcachon. Ce qui est certain d'ailleurs, c'est que la maison de Maurian, quoique très ancienne, n'a jamais joui du droit de haute Justice dans la Paroisse de Blanquefort ; aussi Jean Andron, Chevalier, qui, selon les apparences, était fils de ce Bertrand, n'est-il qualifié que de Seigneur de Maurian dans un titre du 8 Mai 1425. Autre Noble Jean Andron de Bourg, de Lansac, était Seigneur de Maurian, suivant des titres des années 1482 et 1487. On trouve un autre Jean Andron, Ecuyer, Seigneur de Maurian, suivant un titre du 23 Juin 1501. Divers titres des années 1522 et suivantes, jusqu’en 1539, font foi que Noble homme Grimon Andron de Lansac, était pour lors Seigneur de Maurian. Il passa contrat de mariage avec Demoiselle Jeanne de Lamothe le 15 Août de l'an 1522. La Seigneurie de Maurian  passa dans la suite aux Mrs. de Bloys. Il parait par des titres du 12 Mai 1566 et 15 Mai 1585, que Jeanne du Fleix, Dame de Maurian, était veuve de feu Nicolas de Bloys, Ecuyer. Il résulte d'un titre du 4 Juin 1589 que François de Bloys, Ecuyer, se qualifiait, à cette époque Sieur de Maurian. En l'année 1606, Jean de Bloys, Ecuyer, était propriétaire de cette Seigneurie, ainsi que de celle de la Grange d'Or, située dans la Paroisse de Blanhan en Médoc. Il y a déjà long temps que la Seigneurie de Maurian est au pouvoir de Mr. De Besse, qui en sont les propriétaires actuels, ainsi qu'on l'a déjà observé.

Avant que de terminer ce qui concerne la Paroisse de Blanquefort, qu'il soit permis d'insérer ici quelques faits qui la concernent.

1°. Il est fait mention, dans un titre de l'an 1566, d'une Croix qui existait dans cette Paroisse, et qui était appelée de Mauconseil. Cette dénomination donne à entendre qu'il fut pris, dans le lieu où cette Croix était placée, quelque parti ou délibération qui eut des suites funestes. On ignore si cette Croix existe encore ; mais peut être existe-t-il à cet égard quelque tradition dans la Paroisse. On se rappelle d'avoir lu dans un titre du quatorzième siècle, qu'il existait un vieux chêne dans la Paroisse de Saint-Hilaire de Fargues, appelle au Taudin de Mauconseil. Ces fortes de dénominations n'ont point été données sans sujet ; elles sont certainement relatives à des anciens faits, dont le souvenir s'est effacé par le laps du temps de la mémoire des habitants....

2°. Il est fait mention dans le titre déjà cité, de 1566, d'un lieu de cette même Paroisse de Blanquefort, appelle à Madères. C'est un terme Gascon, anciennement donné à des lieux dont les édifices étaient ruinés, et où il n'y restait plus que des masures...

3 °. Il est question dans ce même titre, d'un autre lieu de cette même Paroisse, appelle la peyre deu Mortui ; c'est à dire, la pierre placée au-dessus de la sépulture d'un Mort. En voilà assez pour piquer la curiosité de quelque Amateur qui se trouverait sur les lieux, et pour l'intéresser à faire des recherches. Si on était attentif aux anciennes dénominations de différents lieux situes dans une Paroisse, (dénominations qui se retrouvent dans les anciens terriers) un esprit pénétrant, si accoutumé à ces sortes d'observations, parviendrait aisément à découvrir divers anciens faits qui se sont passés dans la Paroisse, et qui ont relation à son ancien état ».

Texte extrait du livre « Extrait des Variétés Bordelaises » de l'Abbé Baurein (1784). [écriture respectée].

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