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L'ancien cadastre de 1811 de la commune de Blanquefort.

Dès le Moyen Age, les livres terriers permettaient au clergé et aux seigneurs de lever l'impôt pour leur propre compte sur les terres relevant de leur dépendance. Beaucoup de ces documents disparurent au moment de la Révolution, brûlés sur la place publique avec d'autres titres féodaux. À Blanquefort, une telle destruction eut lieu en application de la délibération municipale du 20 septembre 1793. Lorsque l'Assemblée Constituante décida, en 1790, de remplacer la taille par une contribution foncière, l'établissement de l'assiette posa des difficultés aux maires des communes. À Blanquefort, la municipalité tenta en vain de retrouver auprès de l'ancien régisseur du duc de Duras les terriers et plans des domaines de ce dernier, cela aurait facilité la levée de l'impôt foncier. Il fallut attendre 1807 pour que Napoléon 1er décrète (au titre 10 de la loi du 15 septembre 1807) les dispositions relatives à l'établissement d'un cadastre. Cependant, dans le département de la Gironde, l'arrêté du Gouvernement du 12 brumaire an XI (2 novembre 1802) relatif aux principes d'établissement d'un cadastre fut mis en application, puisque le plan général de la commune de Blanquefort était terminé le 1er janvier 1806. La tâche considérable que représentait, à l'échelle du pays, la réalisation du cadastre, débuta réellement en 1808. À la fin du Premier Empire, l'arpentage (réalisé sous la conduite d'ingénieurs géomètres) était réalisé seulement dans un cinquième des communes. Blanquefort fait partie de ces communes, puisque le cadastre y fut terminé en août 1811. Nous possédons une partie des documents de cette époque :

- Le plan cadastral en plusieurs feuilles, qui est la représentation graphique du territoire communal, avec tous les détails de son morcellement, propriétés bâties et non bâties ; chaque parcelle est repérée par un numéro.

- Le tableau d'assemblage, représentant l'ensemble du territoire communal et sa division en sections, établi sous la direction de l'ingénieur géomètre en chef G. Graves.

- Le registre des états de sections (document portant le nom de « registre de classement »), comportant la nomenclature des parcelles, avec contenance, nature de la culture ou affectation, classe d'imposition, revenu cadastral, nom et souvent profession du propriétaire, (la première page de ce registre a disparu).

Il manque également un document important : « la matrice cadastrale », qui donne, par propriétaire, la liste de toutes les propriétés bâties et non bâties de la commune. Ce document peut cependant, avec un peu de temps et de patience, être reconstitué à partir du registre des états de sections : cette tâche est en cours de réalisation.

Le cadastre blanquefortais est divisé en quatre sections comportant les désignations suivantes : -A dite de la Lande -B dite du Milieu -C dite de la Landille -D dite de la Palu.

Les commentaires qui suivent résultent de l'analyse des renseignements contenus dans le « registre de classement ».

1) Propriétés bâties :

Sur les 503 propriétés bâties (y compris granges et bâtiments ruraux) on ne relève que 4 bâtiments industriels : les moulins de Canteret et de Majolan ainsi que les deux moulins à vent de Grattequina. Les 13 maisons classées en catégorie 1 appartiennent à des propriétaires ayant leur domicile principal à Bordeaux où ils exercent la profession de négociant, à l'exception de deux d'entre eux, Lagoublaye et Maurian, qui sont domiciliés à Blanquefort. Plus de 78 % des propriétés bâties sont classées en catégorie 5 et 6 (dans ce pourcentage sont pris en compte les bâtiments ruraux assez nombreux sur le territoire communal). La section de la Palu, la moins peuplée, ne comporte que 16 maisons (habitations et granges) qui sont des métairies appartenant à de gros propriétaires fonciers.

2) Propriétés non bâties :

Les 5 000 parcelles (environ) qui font partie de cette catégorie sont constituées de terres labourables, vignes, aubarèdes, ozeraies, pâtures, prés, jardins, taillis, bois de pins, bois de futaie, acacias, châtaigneraies, pépinières, vergers, friches, landes, jardins d'agrément, mares d'eau, marais, chemins, rivières et ruisseaux. La superficie occupée par les prés est la plus importante (499 ha), viennent ensuite les marais (494 ha), la vigne (476 ha), les terres labourables (473 ha), les landes (369 ha) puis les pâtures (147 ha). Les jardins dont le nombre est très important (ils sont aussi nombreux que les propriétés bâties, ce qui représente plus d'un jardin par foyer) ont une superficie de 46 ha.

3) Revenu cadastral :

Avec un revenu cadastral de 133 791 francs pour 3260 ha, le revenu cadastral moyen est de 41,02 F par ha (y compris les propriétés bâties). Ce revenu rapporté à la parcelle donne une moyenne de 23,36 F pour les propriétés bâties et de 24,39 F pour les propriétés non bâties. Le meilleur rapport est de loin celui provenant des prés (94,50 F/ha), suivi par ceux des jardins (72F/ha) et ensuite des vignes (58 F/ha). Le montant de l'impôt foncier pour les prés représente 35 % du revenu cadastral, avec une valeur de 47 158 F, alors que celui de la vigne ne représente que 20 % avec une valeur de 27 665 F. Viennent ensuite les marais avec 9 % (12 116 F) et les terres labourables avec 8 % (11 041 F).

4) Répartition des propriétés et des revenus :

La majorité des grands propriétaires est domiciliée hors commune. Les propriétés non bâties ayant le meilleur rapport et qui sont situées dans la palu appartiennent en effet à des négociants bordelais. Certains d'entre eux possèdent également d'autres propriétés dans la commune, généralement une résidence avec jardin d'agrément, et aussi des vignes, tels de Martignac, Cambon, Réaud, Meyer, Duval, Muratel, de Portal, de Magnol, Duprat et Darnec.

Le morcellement de la propriété résulte des partages successoraux mais aussi de la nécessité de posséder des terres de natures différentes permettant la diversité des cultures indispensable à la vie en autarcie des agriculteurs, profession la plus répandue à Blanquefort. Il n'est donc pas exceptionnel qu'un « cultivateur » blanquefortais moyen possède plus d'une dizaine de parcelles situées dans les quatre sections de la commune. La valeur cadastrale relativement élevée des prés s'explique par les importants besoins en fourrage à cette époque. Aussi indispensable que l'est aujourd'hui le pétrole, le foin était l'alimentation de base des animaux utilisés pour le transport. Les négociants bordelais avaient donc tout intérêt à maitriser l'approvisionnement de cette production. L'élevage des bovins dans des pâtures situées à proximité de la ville de Bordeaux est certainement une autre raison de la valeur cadastrale affectée à ces terres. En effet, la production laitière ne peut se concevoir que dans la mesure où le lait peut être transporté rapidement sur les lieux de consommation. On peut être surpris par l'écart existant entre la valeur cadastrale des vignes et celle des prés. Cet écart s'explique par le fait que depuis 1803 le commerce maritime n'existait plus, ni avec les pays neutres ni avec les colonies en raison de la guerre qui nous opposait à l'Angleterre et de la suprématie maritime de celle-ci. Les récoltes ne trouvaient plus preneur et les cours étaient au plus bas. Les exportations de vin ne reprirent qu'après la chute de l'Empire. À cet égard, il serait intéressant de comparer le revenu cadastral de 1811 à ceux établis ultérieurement.

5) Les noms de lieux-dits :

Outre les renseignements donnés par le cadastre sur l'occupation des sols à Blanquefort vers la fin du Premier Empire, ces documents nous révèlent également les noms des lieux-dits que le G.A.H.BLE se propose de vous dévoiler au moment de la publication de l'ouvrage en cours de réalisation, précisément sur les noms des rues et des lieux-dits de la commune.

Texte de Jean Lafitte, extrait du Bulletin du G.A.H.BLE n°17, février 1991,.

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