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Souvenirs du château Dillon.

« M’étant rendu aux grottes de Majolan [septembre 2014] pour prendre connaissance des nombreuses cartes postales anciennes relatives à la ville de Blanquefort, j’ai rencontré un membre de votre société qui m’a demandé aimablement, si je pouvais me remémorer quelques souvenirs concernant le château Dillon qui fut acheté en 1829 par mon aïeul maternel François Seignouret.

Un après-midi de beau temps, ce devait être un samedi de juillet 1942, nos parents se sont décidés d’aller rendre une visite à nos cousins le vicomte et la vicomtesse d’Arlot de Saint-Saud, propriétaires du château Dillon, voisin de Linas. Nous avions emprunté une longue et double rangée de platanes qui nous ont escortés jusqu’à quelques mètres du seuil de la grande maison. Les époux d’Arlot de Saint-Saud s’étaient mariés à un âge où ils ne pouvaient pas espérer une progéniture. Nous fumes bien accueillis et une employée de maison apporta une boisson fraîche au sirop d’ananas. Mme Arlot de Saint-Saud nous fit admirer une série de portraits et parmi eux, celui d’une femme du XVIIIème siècle, qui aurait été assassinée à l’aide d’une paire de ciseaux. Elle ne précisa pas s’il s’agissait d’un membre de sa famille. Le vicomte était déjà âgé et devait décéder un an après notre visite, en 1943. Sa femme devait lui survivre jusqu’à l’année 1961.

Elle avait vendu en rente viagère le domaine de Dillon à l’École Nationale d’Agriculture de Blanquefort. Elle vivait assez retirée au milieu de ses souvenirs en compagnie de ses nombreux chats. Dans son testament, elle avait demandé à ce qu’ils soient euthanasiés après son décès. Plusieurs personnes, chargées de capturer ces pauvres bêtes devenues farouches après le décès de leur maîtresse, furent griffées et gravement mordues. Mme Thérèse d’Arlot de Saint Saud était la fille unique de M. Fillipini, conseiller général de Corté et de Jeanne Seignouret qui après son veuvage s’était remariée à M. Julien Cabany. Cette dernière s’intéressait aux sciences occultes et à la chiromancie. Mon grand-père maternel, Albert Seignouret, avait l’habitude de lui rendre de fréquentes visites, s’intéressant lui aussi aux mystères réservés aux seuls initiés. Au décès de Mme d’Arlot de Saint-Saud, son mobilier du château Dillon fut dispersé et la plupart vendu aux enchères à l’exception des plus beaux meubles qui furent conservés par M. de Beauregard, légataire universel et neveu de son mari. Je me souviens avoir vu à la foire des Quinconces un important mobilier de salon, fauteuils et canapés, dont les bois étaient peints en rouge tels qu’ils étaient décrits dans l’inventaire de l’achat du château Dillon. Mme de Baritault, dont le fils Alain était le filleul de Mme Thérèse d’Arlot de Saint-Saud, eut l’heureuse idée de demander à M. de Beauregard qu’il veuille bien remettre les portraits des membres de la famille Seignouret et de son épouse Corinne Jeanne Marie Descrimes, native de Villeréal (Lot-et-Garonne).

Dans le grenier du château Dillon, on avait trouvé dans une malle l’uniforme de François Seignouret, milicien volontaire de La Nouvelle Orléans, où il combattit avec l’appui des célèbres frères Lafitte contre les anglais. Ce fut la victoire de M. Chalmette du 8 janvier 1815 remportée sous le commandement du général Arthur Jackson. François Seignouret, jeune homme intrépide et entreprenant, s’était embarqué comme volontaire soldat à l’âge de 17 ans sur le corsaire « Le Brave », capitaine François Bécon, armateur Ségur. Ayant supporté de vivre dangereusement sur ce navire livré aux intempéries et parfois aux attaques des pirates, François Seignouret avait donné sa procuration à son père René Seignouret afin qu’il puisse disposer, en cas de sa disparition, la part du butin qui devait lui revenir qui était partagé pour un tiers à l’équipage et aux deux tiers aux actionnaires. Après son engagement terminé, François Seignouret s’embarque pour La Nouvelle-Orléans (Louisiane) le 8 novembre 1807, sur le navire « Le Franklin », raison pour laquelle il a donné ce nom à la salle de spectacles qu’il a fait construire à Bordeaux, rue Vauban, par l’architecte Jean Burguet en 1846. Il devait faire construire de nombreux immeubles Pavé des Chartrons et rue de la Verrerie à Bordeaux sur les terrains de l’ex-château Trompette.

À La Nouvelle-Orléans, il devait faire fortune en créant tout d’abord une entreprise de fabrique de meubles qu’il dessinait lui-même et qu’il faisait faire par des ébénistes. Il fut notamment l’inventeur des grandes armoires à glace, de fauteuils et de chaises réversibles de tissus ou de cannage suivant les saisons. Plus tard et devant se lancer dans le négoce des grands vins de Bordeaux, notamment des premiers crus qui sous son nom étaient mis en bouteilles à Bordeaux ou à La Nouvelle Orléans, il avait fait la connaissance d’Élisabeth Vigoulet, Lot-et-garonnaise, qui fut après son voyage sa compagne, si ce n’est sa femme. On n’a trouvé aucune trace de mariage. Elle appartenait à une famille nombreuse, dont plusieurs membres s’étaient embarqués au XVIIIème siècle pour Saint-Domingue, dans l’espoir de faire fortune.

Pour tous ces quelques souvenirs, il est regrettable de déplorer qu’en cette année 2014 le château Dillon, après avoir été dépouillé, vandalisé et pillé, se trouve dans un état complet d’abandon et si rien n’intervient prochainement pour le restaurer sinon le consolider, il ne sera plus que ruines et désolation. »

Texte de Raymond Blanc-Seignouret, septembre 2014, Le Bouscat, Gironde

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