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Eysines à la fin du 18° siècle.

« On ne s’étendra pas autant sur cette Paroisse, comme on auroit pu le faire, si on avoit reçu des renseignements locaux. On se contentera d’en dire le peu qu’on en sait. Son Eglise et son cimetière sont placés à la gauche et au bord du grand chemin qui conduit de Bordeaux à Castelnau, et de là à Lesparre et dans le Bas-Médoc. Le territoire de cette Paroisse est enclavé dans la banlieue de la Ville, et dépend de la Jurisdiction de MM. Les Maires et Jurats de Bordeaux. Eysines est placé dans le district de l’Archiprêtré de Moulix, et est censé faire partie de la contrée du Médoc. Cette Paroisse n’est distante que d’une lieue de la Ville.

La Cure d’Eysines est séculière, et à la collation de M. l’Archevêque. On a lieu de penser que le Curé est gros Décimateur dans la Paroisse. On connoit quelques-uns de ses principaux Villages ; savoir, le Vigean, Lescombes, le Haillan. Le Vigean est un quartier qui dépend de l’Ordre de Malthe, comme membre de la Commanderie du Temple de Bordeaux. Le quartier du Haillan a reçu une espèce de célébrité depuis que Bernard de Girard, natif de cette même Ville, et Historiographe de France sous le Roi Charles IX, s’annonça dans le Monde Littéraire sous le nom de du Haillan, à raison de la maison noble qu’il possédoit dans ce quartier, que sous le nom de famille. En effet l’Histoire de France qu’il a composé, est plus connue sous le nom de du Haillan, que sous la vraie dénomination de cet Ecrivain. On observera que sa famille possédoit une maison dans Bordeaux, dans laquelle il fut découvert quelque antiquité, dont Delurbe fait mention dans un discours qui se trouve à la fin de sa Chronique. A l’égard du Village de Lescombes, également situé dans la Paroisse d’Eysines, on n’observera autre chose, sinon qu’il est placé au midi et à quelque distance de l’Eglise.

Suivant un acte de partage, en date du 5 Août 1393, des biens appartenans à la succession de feu Pierre Lambert, Chevalier, Citoyen de Bordeaux, la maison noble, ou mote de Bosc-Gramont, (*Château de Bois Gramont, démoli) située dans la Paroisse d’Eysines, suivant ce même titre, échut en partage à Guillaume Ays de Fronsac, Damoiseau, avec tous les domaines, rentes, agrieres et droits seigneuriaux, ainsi que les serfs questaux qui en dépendoient dans ce temps-là. Il existoit encore dans le Pays Bordelois des gens de cette condition, et il ne faut pas le dissimuler, c’étoit celle de la plupart des gens de la campagne. Les choses ont bien changé depuis ce temps-là ; on ne reconnoît plus d’esclaves en France ; si les paysans y sont chargés de travaux pénibles, au moins ils sont maîtres de leur personne, et tout ce qu’ils acquierent est à eux. Ils peuvent transporter leur domicile par-tout où ils veulent, ce qu’ils ne pouvoient faire dans l’état de questalité. Il paroît par un titre du 14 Novembre 1529, que Pierre de Ligaray, Ecuyer, étoit Seigneur, à cette époque, de la maison noble de Bosc-Gramont (anciennement Bosc-Garmont) placée, suivant ce même titre, dans la paroisse d’Eysines.

Ce n’est pas la seule Maison noble qui y fût située, et dont il soit fait mention dans les anciens titres. Il y est souvent question de la maison noble de Bussac, (*au Haillan, démoli), Noble Guillaume de Caupene en étoit Seigneur, suivant un titre du 12 Avril 1346. Cette maison noble ou Seigneurie passa au pouvoir de Bernard d’Albret, qui, dans un titre du 24 Novembre 1377, est qualifié de Seigneur de Bussac et de Tyran. Cette Seigneurie appartenoit dans le siècle suivant, et dès le 26 Février 1441, à Noble et Puissant Seigneur et Baron Mossen Bernard Angevin, Cavaley, Senhor deu Tilh, de Tyran et de Bussac, ainsi qu’il est énoncé dans un titre de cette même date. Ce Seigneur donna, selon les apparences, ces mêmes Seigneuries à Jeanne Angevin sa petite-fille, qui fut mariée à Noble et puissant Seigneur et Baron Jean de Durfort, Seigneur de Blanquefort, qui, dans un titre du 15 Mai 1476, se qualifie, conjointement avec Demoiselle Jeanne Angevin son Epouse, Seigneur du Tilh, de Tyran et de Bussac. Cette dernière Seigneurie existe-t-elle encore comme Maison noble ? c’est ce qu’on ignore.

Ce n’est pas la seule Maison noble dans Eysines, dont il soit fait mention dans les anciens titres. Il y est aussi question d’une Maison noble appelée de la Taule du Luc, (*place du 4 septembre) et qu’on soupçonne avoir été une dépendance de la Maison noble du Luc, située dans la Paroisse de Blanquefort ; au moins, suivant des titres de 1433 et 1465, appartenoit-elle à Jean de Lalande, Chevalier ; or, il est certain que la Maison noble du Luc en Blanquefort a appartenu aussi aux Seigneurs de Lalande. Il paroît par des titres des années 1536 et 1556, que la Maison noble de la Taule du Luc commençoit à être appelée de la Plane, et que dès-lors elle appartenoit au sieur Jean Dubernet, Secrétaire du Roi ; Nous apprenons d’un titre du 4 Juin 1598 que Gratian de Mullet, Ecuyer, étoit à cette époque, sieur de la Plane d’Eysines.

L’Auteur du Dictionnaire universel de la France, et M. l’Abbé Expilly ne font aucune mention de cette Paroisse ; n’ayant reçu d’ailleurs aucun mémoire, on ne peut point dire au vrai quelle est sa population. On a lieu néanmoins de croire qu’elle est assez peuplée. Indépendamment des quartiers ou Villages dont on a déjà parlé, il en existe un autre, qui est connu sous la dénomination de La Forêt. Il existe, outre cela, un Bourg assez considérable auprès de l’Eglise d’Eysines. Il y a, de plus, beaucoup de maisons répandues çà et là dans l’étendue de cette Paroisse, c’est ce qui fait présumer que sa population doit être assez nombreuse.

La vigne est le principal objet de culture dans cette Paroisse. Il y a bien des terres labourables, mais elles ne font pas sensation. Eysines est borné vers le levant par les Paroisses de Blanquefort et de Bruges, vers le midi par celles de Saint-Seurin-lès-Bordeaux et de Mérignac, vers le couchant par celle de Saint-Médard en Jales, et vers le nord par celle du Taillan. On peut y faire parvenir les lettres par la petite Poste, sans doute qu’il y existe un Bureau aux lettres ; mais à défaut de cette voie, il ne manque point de commodités pour Eysines, un grand nombre de femmes viennent tous les jours à Bordeaux y apporter du lait et autres provisions ».

Notas de janvier 2014, pour comprendre le texte de l’abbé Baurein :

1/ l’orthographe, les majuscules, les italiques sont celles de l’édition !

2/ Ce texte est écrit sous l’Ancien Régime. On désignait alors les villages par le nom de l’église, pour Eysines : Paroisse St Martin d’Eysines. Ce n’est bien sur, qu’après la Révolution que Eysines sera une commune.

3/ L’abbé Baurein n’est pas venu à Eysines ; ce qu’il rapporte c’est ce qu’il a trouvé dans les textes anciens (les Archives Départementales d’aujourd’hui). Les titres dont il parle peuvent être encore consultés aux AD !

Texte extrait des « Variétés Bordeloises », publié entre 1784 et 1786 de l'abbé Baurein, extrait du blog de l’association Connaissance d’Eysines, Élisabeth Roux, aidée par M. Michel Baron, que je remercie de son aide précieuse. 23 mars 2015.

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