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Historique et description du château Clément-Pichon.

Historique.

Il y a eu quatre châteaux successifs à Parempuyre. Le premier, au XIVème siècle, était une place forte appelée « La Mothe Caupène », du nom de son fondateur, Arnaud de Caupène. Au XVIème siècle, le château passa dans la famille parlementaire d'Alesmes. Incendiée une première fois, la demeure est réédifiée. En 1650, son propriétaire Jacques d'Alesmes s'étant opposé au duc d'Epernon, une expédition punitive brûla le château. Jacques d'Alesmes fit reconstruire au sud de l'église paroissiale une demeure qui fut appelée le « château de Parempuyre ». Ce château passa par mariage dans la famille de Pichon en 1659. Louis XIV s'y arrêta lors de son voyage vers Bayonne. Au XIXème siècle ce château était à la tête d'un domaine viticole de 25 hectares. Devenu indivis en 1851, il fut laissé à l'abandon. M. Durand Dassier l'acheta en 1875 mais le délaissa pour faire construire par l'architecte Michel-Louis Garros le château actuel. Le chantier dura de 1879 à 1882. Le vieux château fut démoli en 1879-1880. Le château resta la propriété de la famille Duran Dassier jusqu'à son extinction en 1971. Il fut acheté en 1976 par son propriétaire actuel qui a recréé son vignoble. Le château a pris récemment le nom de « Clément-Pichon ».

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Note sur Louis Garros : l'architecte Louis Garros, né en 1833, fut formé à l'Ecole des Beaux-arts de Paris, il s'installa à Bordeaux en 1860. Il s'imposa comme architecte à l'activité débordante, à la fois constructeur et restaurateur. On lui doit plusieurs châteaux viticoles mêlant diverses influences stylistiques :

château Grattequina à Blanquefort (1872)

château de Parempuyre (1881)

château Rayne-Vigneau à Bommes

château Lachesnayes et Lanessan à Cussac (1875)

château Malescot-Saint-Exupéry à Margaux (1885).

Description.

La commune de Parempuyre se trouve à 10 kilomètres au nord de Bordeaux, sur la route du Médoc, dans le canton de Blanquefort. Le château est situé à un kilomètre au sud-est du bourg, au centre d'un vaste parc. Son plan est massé mais complexe : le bâtiment est formé d'un corps principal avec aile en retour d'équerre à l'est, sur lequel se greffent des pavillons, des avant-corps, des tours circulaires et des tourelles en encorbellement, irrégulièrement disposés et de différentes hauteurs.

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Chaque corps a sa toiture distincte et une terrasse règne sur trois travées au premier étage de la façade est. Cet ensemble se distingue par ses décrochements multiples, par le nombre de ses ouvertures et par l'importance accordée aux parties hautes, très décorées.

Élévation. Le château est construit en pierre de taille, partiellement enduit. Il est constitué d'un étage de soubassement, d'un rez-de-chaussée surélevé d'un ou deux étages selon les parties et d'un niveau de combles éclairé de lucarnes. Le bandeau qui souligne la séparation entre le rez-de-chaussée et l'étage règne sur l'ensemble de l'édifice. Les toitures d'ardoise, surmontées d'une crête, se signalent par une verticalité affirmée, ce sont des combles droits auxquels s'ajoutent les couvertures coniques ou polygonales des tours. Les fenêtres sont à meneau et traverse ou à simple traverse.

L'architecture du château suggère différentes époques de construction. Les deux grosses tours rondes évoquent la fin du Moyen-âge ou le début de la Renaissance, avec les lucarnes passantes des couvertures. Le reste de la demeure semble suggérer une reconstruction du château médiéval à la Renaissance. Les parties hautes surtout montrent des réminiscences des châteaux de la Loire de la première Renaissance, avec leurs hauts combles, leurs souches de cheminées massives et ornées, mais surtout les lucarnes à fronton-pignon richement décorées.

Michel-Louis Garros s'est peut-être inspiré de Chenonceau aux lucarnes et à la corniche semblables. Les tourelles d'angle et le bandeau régnant entre deux niveaux sont caractéristiques de cette première Renaissance. On les retrouve à Chenonceau et à Azay-le-Rideau. La grande lucarne côté est, sur deux niveaux et trois travées est rythmée d'un ordre de pilastres composites. Elle est ornée de deux niches concaves à coquilles. Cette lucarne rappelle celle de la façade sur cour d'Azay-le-Rideau.

À ce décor renaissant s'ajoutent des chaînes d'angle et des jambes harpées plus caractéristiques du XVIIème siècle. Les parties basses sont plus classiques encore. Le rez-de-chaussée surélevée du corps principal de la façade est laisse penser à un ajout du XVIIIème siècle, avec ses trois grandes baies cintrées, avec bossage continu en tables qui encadre les trois travées centrales, et avec l'ordre d'inspiration toscane des pilastres et des colonnes qui le rythme. Enfin, certains éléments sont propres au XIXème siècle comme la grande baie cintrée à remplage géométrique de la façade ouest.

Intérieur. La disposition intérieure s'organise autour d'un vaste hall. Les décors, comme l'architecture, mélangent les styles alliant classicisme et Renaissance, avec, ici encore, une faveur toute particulière pour la première Renaissance française. Décor et mobilier ont été créés simultanément.

Au rez-de-chaussée, le hall d'apparat à l'anglaise se développe sur un très grand espace rendu possible par la présence de deux colonnes en fonte habillées de teck au décor de style Renaissance, le fût étant orné de feuillage. Ces colonnes soutiennent un plafond à la française. À ces colonnes correspondent des colonnes engagées habillées de même façon. Les chapiteaux sont consacrés, outre des cornes d'abondance, à la chasse, avec des hures de sangliers, des têtes de chiens et des têtes de cervidés. Les lambris de la pièce, les boiseries des portes et la cheminée à. hotte droite sont de style Renaissance, comme l'escalier d'honneur suspendu à deux volées droites qui mène à l'étage. Sa rampe en bois est ornée de dauphins affrontés ou accolés. Un dauphin sert encore de pied à la torchère à trois globes de verre poli de l'escalier.

La salle à manger, elle-même lambrissée, possède également un riche décor éclectique. Le lambris à la française et les vantaux de portes à panneaux géométriques, le plafond à caissons, le mobilier, les tapisseries au-dessus du lambris d'appui sont de style Louis XIII, voire Henri II. Les moulurations sculptées sur les piédroits de la cheminée et les plaques de fonte du contrecœur sont plus spécifiquement Renaissance. La plaque de l'ébrasement gauche de la cheminée porte deux D entrelacés en référence au propriétaire Duran Dassier. La forme des dessus de porte est d'époque Louis XIV. La cheminée à la française reçoit un décor très XVIIIème siècle avec ses trophées de fleurs Louis XV, la frise d'acanthe de sa corniche, ses piédroits et les frises de grecques et de palmettes de son entablement. Les trophées de fleurs des côtés de la cheminée et le lustre à pendeloques font également référence au XVIIIème siècle. Ce lustre est orné de dauphins comme l'espagnolette de la fenêtre. Le panneau de céramique de la hotte de la cheminée, œuvre de Damousse, comporte un motif floral de style ottoman, d'inspiration Iznik, très à la mode à la fin du XIXème siècle. Ce motif est repris sur les caissons du plafond. Les angles des tapisseries ont enfin un dessin Art Déco. Ce décor très soigné fut considéré comme un tout, dès le début des travaux, comme le montrent les moulurations des lambris d'appui, sous la cimaise et au-dessus des deux buffets.

La partie est du corps de logis principal abrite une enfilade de salons, un grand salon étant entouré de deux salons plus petits, les salons n° 1 et n° 3. Le salon n° 1 est orné d'un lambris d'appui et d'un plafond à caissons. Une porte couverte en plein-cintre et à vantaux coulissants le sépare du grand salon. Ce grand salon est éclairé par les baies couvertes en plein-cintre de la façade est. Lambrissé d'appui, il est chauffé par une cheminée à hotte droite ornée d'un cadre circulaire. La hotte comme la corniche feuillagée du manteau évoque la fin du XVIème siècle ou le début du XVIIème siècle. Ce grand salon donne accès, au sud, au salon n°3 qui dispose également d'un lambris d'appui et d'une cheminée de même facture et inspiration que la précédente.

Communs. La maison du gardien est bâtie sur un plan en équerre avec dans l'angle une tour d'escalier polygonale. Cet édifice comporte deux niveaux d'habitation élevés sur un niveau de soubassement. Cette maison de style éclectique fait de larges emprunts au style Tudor. La fenêtre du pignon est à meneaux et traverse et surmontée d'une moulure à frettes. Les côtés des pignons sont soulignés d'une sorte de contrefort en encorbellement. D'autres fenêtres ont un cintre évoquant plutôt le classicisme. La structure est en pierre et la maçonnerie en moellons. La partie haute de la tour voit l'alternance de lits de briques et de lits de pierres de taille. Deux souches de cheminée de style gothique surmontent la toiture. Les chais du XIXème siècle sont axés est-ouest et parallèles à la route. Ils se composent d'un bâtiment central prolongé de part et d'autre par des bâtiments bas faisant jonction avec des bâtiments d'habitation. Le bâtiment central est partagé longitudinalement entre un cuvier à l'ouest, et un chai à l'est qui dispose d'une grande cheminée à hotte ; les portes charretières sont de très hautes ouvertures couvertes en plein-cintre. Ce vaisseau dispose de sa propre couverture perpendiculaire à celle du chai et du cuvier. Ceux-ci sont éclairés par des fenêtres géminées au cintre en brique. Les bâtiments d'habitation marquant les extrémités des chais sont également construits dans le style Tudor. Les fenêtres sont agrémentées de meneaux et traverses ou de simples traverses. Certaines fenêtres évoquent le style perpendiculaire. Le toit est surmonté de cheminées géminées de style gothique. Un balcon traité en loggia repose en partie sur un cul de lampe angulaire et une tour polygonale est placée sur l'angle du bâtiment.

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Texte d'Hélène Massol, Stagiaire à la CRMH (Conservation régionale des monuments historiques de l’Aquitaine), Centre de ressources documentaires, Espace Patrimoine et Inventaire d’Aquitaine, juillet 1997.

Photos du fonds privé François Barreau.

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