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Le château Dupaty ou de Hé ou Déez [aujourd’hui Le Déhez].

Le château du Hé, puis du Dees (lieu élevé) à la fin du XVIIème siècle, résidence secondaire d’agrément de plusieurs parlementaires bordelais du XVIIIème siècle. Mentionné Desse au cadastre de 1843, il est aujourd’hui écrit Dehez. Son plan original établi au XVIIème siècle rappelle celui d’une villa gallo-romaine. Connu autrefois sous le nom de château du Dehez, il devient en 1986 le château Magnol, d’après le nom du vignoble qui entoure les bâtiments. Le château du Dehez est une chartreuse classique, entourée de nombreux communs, dotée de deux tours-portes du XVIIème siècle ; la façade très sobre, probablement du début du XVIIIème siècle, est précédée d’une double terrasse séparée par un grand escalier de pierre et fermée par une grille en fer forgé. La vue aérienne du Dehez montre que son plan général affecte la disposition classique d’une villa gallo-romaine.

La rue du Dehez, ancien chemin vicinal ordinaire, appelé aussi chemin de la palus et chemin de Terrelade, prolonge la rue Dupaty. Elle longe les vignes du château Magnol, puis le parc du château du Dehez, avant de déboucher sur l’avenue du Port du Roy, en face des usines Ford. « Ce château, édifice dont le vrai nom est château de Hé s’élève à l’est du bourg de Blanquefort sur le revers des coteaux de la Jalle ; c’est une œuvre de la fin du XVIIème siècle, et l’architecte a savamment profité de la déclivité du terrain. Le corps-de-logis se compose d’un rectangle à rez-de-chaussée surmonté d’un pavillon central recouvert à la Mansard ; des deux côtés s'avancent parallèlement deux rangées de servitudes entourant un parterre et reliées par une balustrade en pierre, au milieu de laquelle s’ouvre un large escalier qui descend dans une cour d’entrée plus basse, clôturée par une grille soutenue de distance en distance par des piliers et flanquée aussi de nombreuses servitudes. L’aspect, la régularité et l'élégance de cet édifice en font un des plus jolis châteaux du canton. Il fut acheté et habité au XVIIIème siècle par Charles-Jean-Baptiste Mercier Dupaty (1746-1788), né à La Rochelle, qui fut en même temps poète, artiste, avocat général et président au Parlement. Jurisconsulte éloquent, il fit des ouvrages de jurisprudence qui provoquèrent, après sa mort, une réforme dans la législation criminelle, en particulier « Réflexions historiques sur les lois criminelles » en 1788, mais qui de son vivant furent brûlés par la main du bourreau et envoyèrent leur auteur gémir à Lyon dans le château de Pierre-en-Size. Sorti de là, Dupaty se retira à Blanquefort avec sa famille et selon M. Ribadieu, ce fut dans son château qu’il écrivit ses « Lettres sur l’Italie » qui eurent un si grand succès. Il mourut à Paris en l788 et laissa deux fils dont l'un était né à Bordeaux en 1772, dans sa maison de la rue du Loup, et l'autre le 30 juillet 1775 dans son château de Blanquefort (dans son acte de baptême l’édifice est appelé château de Hé). L’ainé, Louis-Charles-Henri Dupaty (1771-1825) fut avocat, officier sous la République, sculpteur distingué et mourut en 1825. Il fit des bustes et statues de : Desaix, général Leclerc (de l'Empire), Biblis, Philoctète blessé, Vénus devant Pâris (une des plus représentatives de la sculpture classique). Louis-Emmanuel Dupaty (1775-1851), le plus jeune fut officier de marine, ingénieur géographe, officier du Génie et membre de l’Académie française où il entra en 1836. « C'était, dit M. Nizard, l'un des auteurs dramatiques français les plus spirituels du XIXème siècle ». Il a laissé des comédies, des opéras, des vaudevilles, des chansons et autres différents écrits : parmi ses œuvres, citons La prison militaire (1803), La jeune prude, La jeune mère (1808), Ninon chez Mme de Sévigné (1808), Félicité (1815), Les délateurs, satire violente en vers (1819). Il fut député en 1816. Après sa mort, le château de Hé resta dans sa famille, et l’on se souvient encore à Blanquefort « des vieilles demoiselles Dupaty ». Il appartint par la suite à M. Duval, qui le vendit par acte du 12 mai 1841 à M. Ch. Delisse lequel l’a gardé jusqu’à sa mort ; il est aujourd’hui à sa veuve. Le château n’a pas changé de physionomie, et c’est toujours l’élégant édifice du siècle dernier avec ses cours étagées, ses jardins, ses serres, ses charmilles, ses allées, et son vignoble qui récolte de 60 à 70 tonneaux de vin rouge, sous le nom de château Dehez. Mme Delisse administre cette propriété comme pourrait le faire un viticulteur habile. » Édouard Guillon (1867).

En 1839, le domaine comporte une grande maison en forme de château avec un pavillon couvert en ardoises, lequel est élevé d’un étage, entouré de maisons de cultivateurs, de chais, cuviers, écurie et d’une fontaine en pierre. Une belle allée d’acacias conduisait au très vieux et très beau château. Il fut occupé par la famille Delisse. Les Cruse l’achetèrent par la suite, avant de le revendre en 1969 à la société Barton et Guestier qui prend soin de sa restauration. En 1979, Barton & Guestier achète également le domaine avoisinant dit « de Maignol », et réunit les deux domaines sous le nom de Château Magnol : une plantation de vignes rouges sur plusieurs hectares produisant un vin léger, clair et limpide, avec une ferme.  Ce lieu-dit doit son nom au propriétaire du château primitif Jean-Baptiste Maignol, seigneur de Mataplan (1694.1774), écuyer et procureur général à la Cour des Aides. (Mataplan vient de mata, « grand » et plan, « plaine »).

Rappelons que le château fut entièrement occupé par les troupes allemandes à partir du mois de décembre 1941 jusqu’à la fin de la guerre. Détaillons à titre d’exemple quelques éléments de cette occupation : le 29 novembre 1940, la préfecture reçoit un inventaire très détaillé de 8 pages, pièce par pièce, du château du Dehez où il apparaît que les propriétaires n’ont rien emporté. Retenons au passage : un grand service de vaisselle Harlem ; des assiettes anciennes Lunéville ; des gravures de Gallard ; des tableaux aux murs ; un billard avec ses vieilles queues ; une bibliothèque (avec cette mention qui nous paraît aujourd’hui naïve : « prière de ne pas toucher aux paquets de journaux de la guerre 1914-1918, tous conservés dans un des meubles de côté ») ; un vase chinois ; une paire de chenets Louis XV…

Le mobilier des chambres se composait de :

- chambre Empire : gravures Empire couleur, pendule sous globe ;

- chambre de monsieur (côté cèdres) : lit, armoire et table Louis XIII, trumeau ancien ;

- chambre de madame (côté cèdres) : lit Louis XV, table Louis XIII, vase, chaises à boules ;
- chambre rose : armoire Louis XIII, table de nuit et commode Empire ;

- chambre bleue et petite chambre étroite : lampes pigeon, gravures ;

- et au total 48 lits, 87 matelas, ainsi que 1 000 kg de charbon.

L’ordre de réquisition du 20 décembre 1941 décrit en détail le château, de la manière suivante : « composé d’un très important rez-de-chaussée de douze pièces, d’un premier étage de quatre pièces, d’ un deuxième étage de quatre pièces, plus les couloirs et cages d’escalier, d’ une aile est de dix pièces, d’une aile ouest de quatre pièces, d’une grande écurie surmontée d’un grenier et d’un chai puis, au nord du porche d’entrée, d’un grand cuvier et chai à barriques et quelques bâtiments de petit élevage et de petite vacherie, d’une cour d’honneur communiquant avec une grande cour limitée par un grand escalier à balustres au sud et une grille à piliers anciens en pierre au nord ; au sud du château, un vaste parc avec des garennes, pelouse ombragée de beaux cèdres. Un mobilier ancien de grande valeur, des collections de gravures, tableaux, literie, vaisselle moderne et ancienne, existaient dans le château, conformément à l’inventaire qui a été remis à la mairie pour la commission d’évaluation des réquisitions. »

Le bon de logement allemand (quartierschein) du 31 août 1942, écrit en allemand, atteste que, du 24 août 1940 au 31 août 1942, tout le château fut utilisé pour le logement de personnes appartenant à l’armée allemande. La centaine de matelas commandés donne une idée du nombre des occupants. Leurs autos sont parquées sous les chênes de la garenne. Les travaux, effectués au château du Dehez en 1941, et réglés par la mairie de Blanquefort, se montent à 654 113 F.

Relevons seulement les améliorations apportées par l’installation de l’électricité dans tout le château ainsi que l’adduction d’eau de la ville et la construction d’un égout, mais aussi « installer l’électricité dans toutes les pièces, installer dans les WC cuvettes, sièges, eau et électricité, rideaux aux fenêtres, chauffage dans toutes les pièces, réparer la toiture et les tapisseries, lavabos et baignoires, installer une douche, blanchir la cuisine, visiter les conduites d’eau et d’évier, réparer toiture au garage, installation d’un plancher dans l’infirmerie, installation de WC à l’entrée à droite de la cour ».

Au sujet du blockhaus du château du Dehez, qui aurait pu servir aux officiers logeant au château à se mettre à l’abri en cas de bombardement, il s’agit plutôt d’un silo de stockage de munitions pour les sous-marins italiens du port de Bordeaux, alignées dans les boxes.

Les Allemands ont construit un premier blockhaus semi-enterré, avec protection de terre, juste derrière le château, à quelques mètres au sud, et un second non protégé, toujours au sud, mais plus éloigné. Le blockhaus derrière le château, immense hangar souterrain fortifié, porte une plaque à la mémoire de deux soldats des commandos anglais de l’opération Frankton, venus saboter des navires allemands dans le port de Bordeaux, et qui furent fusillés par l’occupant en 1942 à Blanquefort, sans doute en réalité au camp du Soustra, à quelques centaines de mètres.

Un procès-verbal (n° 938 du 18 août 1944) de la gendarmerie de Blanquefort précise : incendie de 25 hectares d’herbages dans les marais au lieu-dit « Cabotte », commune de Blanquefort. « À notre arrivée, de nombreux sauveteurs s’efforcent vainement de se rendre maîtres du sinistre qui trouve un aliment facile dans les herbes sèches et la tourbe formant le sol. M. Miquau, premier adjoint, et le garde-champêtre de Blanquefort sont sur les lieux et dirigent les sauveteurs vers le château du Dehez qui se trouve à proximité, étant occupé par les marins italiens. Ceux-ci, armés d’extincteurs, se sont joints aux habitants de Blanquefort qui combattent le feu. » Les Italiens avaient en effet occupé le Dehez. Ils s’occupaient de leurs sous-marins du golfe de Gascogne qui faisaient relâche à la base sous-marine. Ils assuraient l’entretien, le ravitaillement, l’assistance et la logistique. Ils étaient aussi cantonnés du côté de Talence, et dans les Landes.

Aujourd’hui, la société Barton et Guestier a établi son siège ici et commercialise un vin rouge cru bourgeois d’appellation Haut-Médoc « Château Magnol ». Ce domaine du Dehez n’est plus utilisé que pour des réceptions et, comble d’ironie, le blockhaus est devenu une immense cave qui abrite des bouteilles de crus prestigieux.

Texte d'Henri Bret.

Pour lire la bibliographie du château, cliquez ICI.


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