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Le carreau de pavement à la forteresse.

À l'occasion des travaux de déblaiement effectués à la forteresse médiévale, un nouveau carreau de pavement estampé a été mis au jour en décembre 2000. La découverte n'est pas exceptionnelle puisque de nombreux fragments sont régulièrement dégagés de leur gangue de terre dès que l'on souhaite débarrasser le monument de ses remblais parasites. Mais ce dernier carreau dégagé, quasiment entier, offre la particularité d'être tout à fait original par rapport à ceux qui sont déjà connus à Blanquefort, ce qui ajoute un nouvel élément à l'importante série déjà inventoriée.

Rappelons que ces carreaux en terre cuite servaient à décorer le sol des salles d'habitation de la forteresse. Sans doute posé au début du XIVème siècle lors de l'importante campagne de reconstruction du bâtiment central de la forteresse, ce décor a systématiquement été détruit au milieu du XVème siècle quand Antoine de Chabannes entreprit la rénovation du site après les dégâts causés par la fin de la guerre de Cent Ans.

Au XIVème siècle, l'objectif avait été d'agrandir le donjon primitif, vieux de trois siècles, par l'adjonction de six tours périphériques ; ainsi transformée en vaste habitation fortifiée, la demeure seigneuriale aquitaine était à même d'accueillir une garnison de soldats dont le rôle était d'assurer la défense de Bordeaux : elle devenait dès lors forteresse, au profit des rois d'Angleterre, à l'époque maîtres de la région. Au souci de maintenir une présence militaire sur un site stratégique (contrôle de la route du Médoc, voie de pénétration d'éventuels envahisseurs, les Français en l'occurrence), s'était ajouté celui d'assurer un confort et une qualité de vie aux occupants des lieux (on mentionnera à ce titre, la mise en place d'un réseau de latrines ingénieuses afin de faciliter l'hygiène et préserver l'intimité de ces derniers) ; les carreaux de sol, fruits d'un artisanat de luxe, participaient par ailleurs au décor du bâtiment et témoignaient de la richesse de la famille possédante.

Au XVème siècle, lors de l'adaptation de la forteresse aux contraintes de l'artillerie, au profit du royaume de France cette fois-ci, d'autres travaux d'embellissement furent réalisés (la porte du bâtiment central, ornée d'un gâble de style flamboyant, en est l'exemple le plus symbolique) et - passés de mode ou faute d'artisans locaux assez qualifiés ? - les carreaux furent remplacés par des plaques de calcaire blanc. Jetés dans la cour intérieure, peut-être pour en renforcer la surface afin de faciliter la manipulation des canons, ou bien utilisés comme pierres de calage dans les murs rénovés, ces carreaux ont depuis lors été soigneusement collectés et étudiés par le chantier archéologique de la forteresse.

De nombreux et différents modèles de carreaux ont déjà été inventoriés à Blanquefort (cf. une première analyse publiée dans le Bulletin du G.AH.BLE, n° 15 et 16, respectivement de novembre 1990 et avril 1991, revue et corrigée dans la présentation qui en est faite aujourd'hui à La Maison du Patrimoine) ; si le dernier mis au jour est de dimensions connues, son motif décoratif n'a par contre pas encore pu être défini avec certitude. Faisant partie des modèles « longs », utilisés comme bordure des compositions réalisées au sol avec des modèles « carrés », ce carreau mesure 15,3 x 10,2 cm (soit une longueur égale à une fois et demie la largeur, norme courante au Moyen Age). Comme la majorité des carreaux mis au jour à la forteresse, son motif est estampé (marqué en creux dans l'argile molle rouge grâce à une matrice en bois sculpté, puis rempli de pâte d'argile blanche) et sa surface est recouverte d'une glaçure épaisse (enduit plombifère vitrifié). Malheureusement, le dessin du motif est fortement altéré, ce qui rend son interprétation très difficile, d'autant plus qu'aucun autre exemple de ce type n'est actuellement en notre possession.

Les recherches entreprises dans divers ouvrages spécialisés n'ont pas encore permis de trouver de modèle s'en rapprochant ; cependant, un motif de carreau, « carré », connu à Blanquefort, peut lui être comparé : il s'agit d'un sagittaire dont le dessin aurait pu servir de base pour réaliser une version « allongée. » Même si on en est donc encore au stade des suppositions quant à l'identification du motif de ce carreau, ce modèle apporte un précieux et nouvel élément à la riche collection des pavements de sol mis au jour à Blanquefort ; dans l'état actuel de nos recherches, la série blanquefortaise atteint 57 motifs différents pour un même site, ce qui la rend particulièrement exceptionnelle et renforce tout l'intérêt de la publication, en cours de réalisation, qui va lui être consacrée.

Texte d’Alain Tridant, extrait du Bulletin du G.A.H.BLE, mai 2001, n°37, p.15-16.

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