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Joomla : Porte du Médoc

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Les vendanges dans le Médoc en 1985.

Le soleil prend sa teinte orangée ; quelques nappes de brouillard s'étirent paresseusement dans les vignobles ; septembre égrène lentement ses jours. Les responsables de la viticulture sont sur les nerfs ; inexorablement la marche du temps se poursuit ; le compte à rebours a commencé. Une dernière toilette au vignoble : les fossés, les bessaniers, les bouts de rangs sont remis à neuf. Un nettoyage général du cuvier, la cuverie, la vaisselle vinaire, presse, égrappoir, tout est prêt pour recevoir vendangeurs et vendangeuses… ou la machine à vendanger.

Les robots sont arrivés, vive les robots… et demain… plus besoin de vignerons, simplement des robots émancipés, spécialisés, humanisés peut-être pour diriger d'autres robots, à savoir les troupes de choc. Le propriétaire, ou le responsable de l'entreprise, au milieu de son vignoble, confortablement installé dans son engin tracté sur roues ou chenilles, une cabine insonorisée climatisée, radar et antennes. Il aura un contact permanent avec la météo ; quant à son confort : bar avec boissons réfrigérées, chaîne stéréo ou la télévision… Cette robotisation s'applique à tous les travaux du vignoble ; quant aux employés, et bien programmez ces boites métalliques, restez à l'ombre et regardez travailler ces messieurs les infatigables.

La mécanisation pour la récolte n'a pas envahi toutes les propriétés : manque de finance, ou traditionalisme du manuel tout simplement.

Les vendanges exercées manuellement permettent une sélection plus soignée. La machine est dotée de mains expertes, gestes rapides mais il lui manque la puissance humaine pour discerner les grappes dégradées par les intempéries. De l'avis des utilisateurs, le travail est dans l'ensemble satisfaisant malgré quelques dégâts causés aux pieds de vigne. Une critique générale sur ces machines ainsi que sur la vendange traitée ne peut être formulée pour le présent. Après des années visuelles de récolte mécanique, les constructeurs apporteront certainement des améliorations sensibles ; alors les classiques vendangeurs rescapés du premier raz-de-marée ne seront plus que des souvenirs vite oubliés. Vendanges manuelles ou mécaniques, le jour « J » est arrivé. Pour les vendangeurs, un garage transformé pour la circonstance en salle à manger, meublé de tables installées sur des tréteaux et des bancs. La cuisine brille de tous ses éclats, les récipients rangés en ligne de bataille. Les fourneaux n'attendent que l'ultime allumette.

Le matin du Grand Jour : rassemblement, appel, distribution de paniers, sécateurs, puis le départ est donné : j'allais dire chacun sa bicyclette, et bien non, sa voiture quelquefois pour deux ou quatre personnes, on dirait un cortège de mariage.

Enfin, l'installation à la vigne : un peu dur le premier jour… puis chacun prend sa rège, un porteur pour quatre ou six coupeurs selon l'importance de la récolte. Quelques conseils du chef : « Mettez les paniers sous le pied, les raisins sont très murs » ou le classique « Attention aux feuilles » : une ritournelle qui se répercutera tout au long des vendanges. Le va-et-vient incessant des porteurs de hottes allant des coupeurs aux bennes (autrefois des douils). Une coupure pour le déjeuner : le menu du premier jour sera peut-être un pot au feu qui permettra de servir de bonnes soupes, toujours les bienvenues. Ah ! quelle bonne odeur et quel goût ce potage ! un goût particulier élaboré par l'importante quantité de viande de bœuf piquée de clous de girofle et de poivre, des légumes divers, le tout cuit pendant plusieurs heures, dans des marmites imposantes ; quant au plat lui-même accompagné de jus de tomates, cornichons au vinaigre, moutarde, il fait le régal des vendangeurs. Les appétits fortement aiguisés par le grand air et l'effort s'apaisent avec un fromage ou une confiture. C'est en général dans la gaieté que la journée se passe et se termine avec des horaires bien définis. Ah ! ce temps d'autrefois où la nuit surprenait le vendangeur dans son rang de vigne… Beaucoup d'exploitations ont supprimé le repas du soir et d'autres n'offrent aucune nourriture ; on peut dire que les vendanges d'antan ont perdu leur caractère familial et une partie de leur charme, jeu de contact avec le personnel extérieur à la propriété, chaque employé saisonnier devient hélas un numéro vite oublié.

Texte de M. Faure, conseiller municipal, extrait du bulletin d’information communal de Soussans, n°4, 1985.

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