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Les réquisitions au chalet Vauclair.

Cette demeure bourgeoise, située au 71 boulevard Alcide Lançon, est le plus souvent connue sous le nom de chalet Vauclair, mais c’est une maison aux noms multiples : cottage Saint-Louis, château Fortin, cottage mosaïque ou baroque à cause de ses motifs décoratifs.

D’autres propriétaires lui ont aussi donné leur nom, comme le chalet Faure.

L’appellation Vauclair désignait durant la guerre, 2 entités : le chalet Vauclair, où était logé l’état-major allemand, « Standortkommandantur » ; le camp A Saturne appelé aussi camp Gaston en 1939, du nom du terrain sur lequel il a été bâti. Ce camp de prisonniers a toujours été occupé, pour preuve un ordre trouvé de la Standortkommandantur : « Le camp des baraques de Blanquefort doit être remis en état pour février 1943 pour le cantonnement de 200 hommes ».

Pour découvrir l’histoire de ce camp, cliquez ICI.

« Pendant la guerre, nous étions voisins du chalet Vauclair, il appartenait aux deux demoiselles Faure et abritait la Kommandantur. Il y a eu beaucoup de passage. Les Allemands ont construit un camp de 11 baraques ainsi qu’un poste de DCA qui n’a pas servi. Nous n’avons pas eu de problèmes de voisinage avec les Allemands. Les Allemands ont installé le tout à l’égout dans la rue. J’ai gardé le souvenir du passage de nombreux camions allemands.»

« Voisins du chalet, au début de l’occupation, en 1940, un soldat allemand est venu un jour chez nous se changer, il a laissé son uniforme militaire, a pris des habits civils et s’est enfui. On n’a pas été ennuyé pour cette histoire. »

« Au camp Saturne en 1942, il y avait des prisonniers noirs et arabes de l’armée française. De part et d’autre du chemin de terre, il y avait au moins 15 baraquements. J’allais parfois porter du jambon aux prisonniers pour l’échanger contre des cigarettes ; les Musulmans ne voulaient pas de jambon, ils me donnaient les cigarettes et je repartais avec le jambon.

Des aménagements vont être faits en 1942, pour le confort des hommes de troupe gardant les prisonniers du camp de Saturne : aménagement d’un casino (lieu de détente) ; construction d’un abri pour la cuisine volante ; construction de 3 supports doubles pour 40 bicyclettes, de 3 supports simples pour 10 bicyclettes, de 4 escabeaux pour réparer les chambres à air.

Les indemnisations à la propriétaire du domaine Vauclair, pour les dommages subis à partir du 21 janvier 1941, seront évaluées par la préfecture à 5 200 F par an.

PV n° 690 du 15 novembre 1942 de la gendarmerie de Blanquefort, concernant des renseignements administratifs sur les dégâts commis par les troupes d’occupation. Victime : Mlle F. Gendarmes Brocas Adrien et Dupin Pierre. En visite de commune, nous avons reçu de Mlle F. Louise, 57 ans, institutrice en retraite, demeurant au « chalet Vauclair » la déclaration suivante : « Je possède à Blanquefort un immeuble qui a été occupé par les troupes allemandes depuis janvier 1941, quatre pièces m’avaient été réservées et elles étaient en parfait état d’entretien. Malgré cela, l’autorité allemande en a disposé. Après leur départ, le 10 novembre 1942, j’ai voulu prendre possession de deux pièces, ce qui m’a été accordé par l’autorité allemande. Du fait de cette occupation, des dégâts ont été occasionnés à ces deux pièces, notamment au parquet de l’une, qui est à refaire et dont la superficie est de 5 m 30 sur 4 m 30. Le plafond est également très endommagé, en raison de ce que des ouvriers sont montés sur la toiture ce qui a provoqué des gouttières, et dans l’autre les peintures et le plafond sont à refaire. Quant au reste de l’immeuble, la réquisition n’étant pas levée, je me réserve le droit de réclamer par la suite. Mme B. pourra témoigner que mon immeuble était en parfait état, car c’était cette personne qui en était propriétaire. Je ne connais pas le n° de la formation des occupants. »

M. Miquau Bernard, 54 ans, adjoint au maire, déclare : « L’immeuble de Melle F. Louise est en effet réquisitionné pour les troupes d’occupation, depuis le début de l’année 1941, les locaux de cette habitation étaient en parfait état d’entretien avant la prise de possession. Les pièces que cette demoiselle a reprises ont souffert, notamment le parquet de l’une d’elles ainsi que le plafond. Il en est de même du plafond de la cuisine dont la peinture sera également à refaire ainsi que d’autres travaux de menuiserie ».

À la fin de la guerre, des militaires FFI du groupe « Marc » séjourneront autour du 20 décembre 1944 à Vauclair, puis une réquisition fut faite par l’autorité française le 28 août 1944, pour loger l’escadron Klein jusqu’au 31 décembre 1945.

La lecture du rapport de constatations de 7 pages, rédigé le 6 novembre 1944, nous montre l’ampleur des dégradations du chalet Vauclair : planchers peints ; vitres au verre imprimé cassées ; plafonds démolis ou fissurés ; escalier peint ; nez des marches fortement usé et éraflé par des souliers à clous ; garniture en marbre de la cheminée disparue et corps de la cheminée fissuré ; verrous des volets faussés ; barres de fermeture en fer manquant ; tapisseries et peintures tachées, installation électrique à refaire, etc.

Le cottage Saint-Louis a fait l’objet d’un pillage en règle. « Je suis voisine du cottage Saint-Louis. Au cours de l’occupation, cette villa a été réquisitionnée. Vers le mois de mai 1943, les Allemands ont profité que la villa soit réquisitionnée pour la piller. Les Allemands ont jeté du premier étage par la fenêtre les meubles qu’ils n’aimaient pas. Une partie des meubles a également été déménagée au camp de Saturne. Des civils de l’Organisation Todt ont apporté avec eux une partie des meubles. Au moment de la Libération, les Allemands, à leur départ, au lieu de remettre les clés à la mairie, les avaient laissées aux personnes françaises qu’ils employaient. Ces femmes, sous prétexte de nettoyage, sont venues plusieurs jours après prendre ce qui restait.»

PV n° 528 du 6 avril 1945. Renseignements sur un vol de mobilier, commis au préjudice de Mme B, suite à un PV 1325 de la Brigade de Bordeaux du 24 mars 1945.

Déclaration de B. Charles, 57 ans, magasinier cantonal à Blanquefort : « Au mois de juillet 1942, la villa de Mme B. dite « Cottage Saint Louis » a été réquisitionnée par les troupes d’occupation et occupée immédiatement par celles-ci. Au moment de l’entrée des Allemands dans la maison, il n’a pu être établi d’inventaire. Seule une liste faite par Mme B., le 6 novembre 1942, non contradictoire et par conséquent sans valeur légale, a été remise par elle au contentieux du Service départemental des Réquisitions allemandes, 4 rue Poquelin Molière à Bordeaux. Au moment de leur départ, les Allemands, comme dans la majorité des cantonnements occupés par eux, ont emporté la plus grande partie du mobilier existant, qui avait du reste comme dans beaucoup d’autres endroits fait l’objet de déplacements de la part des diverses formations qui s’y sont succédées. Je n’ai nullement connaissance qu’un groupe FFI ait occupé le cottage à la fin août 1944, d’ailleurs à cette époque le seul groupe FFI existant à Blanquefort, cantonnait à l’école d’Agriculture. A mon avis, l’évaluation du dommage, fait par Mme B. est très exagéré ».

Mlle F. Louise, 58 ans, sans profession, demeurant villa Vauclair à Blanquefort : « Nous habitons avec ma sœur la villa Vauclair, voisine de celle de Mme Bagnères. Durant l’occupation, une partie de notre villa a été réquisitionnée par les Allemands, mais néanmoins nous avons habité l’autre partie, à partir d’août 1942. Nous avons vu souvent les Allemands transporter les meubles appartenant à Mme Bagnères, dans notre villa. Ensuite, la formation qui avait opéré le déménagement étant partie, elle a été remplacée par des civils de l’organisation Todt. Ces civils à leur tour ont transporté les meubles de Mme Bagnères, qui s trouvaient dans notre villa, dans le camp de « Saturne », sis à proximité. A leur départ, ces civils ont ensuite apporté avec eux, une partie des meubles. Néanmoins, au moment de la Libération, les Allemands, à leur départ, au lieu de remettre les clés de nos appartements à la mairie, les avaient laissées aux personnes françaises qu’ils employaient. Ces femmes, sous prétexte de nettoyage, sont venues plusieurs jours après ».

Jeanne Sangla, épouse Cruchade, 50 ans, ménagère, demeurant rue Alcide Lançon à Blanquefort, déclare : « Je suis voisine de la villa « Cottage Saint Louis » qui était la propriété de Mme Bagnères. Au cours de l’occupation par les Allemands cette villa a été réquisitionnée. Lors de la première occupation de cet immeuble, je n’ai rien remarqué d’anormal. Vers le mois de mai 1943, sans pouvoir préciser exactement la date, les Allemands sont venus dans la dite villa, mais sans l’habiter. Ils ont profité qu’elle soit réquisitionnée pour la piller. La plupart des objets ont été transportés dans la villa voisine, « la villa Vauclair ». Certains meubles ne leur plaisant pas, ils les ont jetés du premier étage par la fenêtre. Une partie également a été déménagée au camp de Saturne qu’ils occupaient. Je les ai vus notamment emporter une chambre en bambou, un canapé « Empire », un lit pliant, trois tables de la literie, trois guéridons. Une partie des livres de la bibliothèque a été brûlée dans le jardin. Plusieurs chaises de jardin ont été transportées au camp de Saturne. Après le départ des Allemands, la villa de Mme Bagnères n’a plus été occupée. J’ignore totalement ce que sont devenus ces divers meubles n’ayant assisté qu’au premier déménagement ».

Texte extrait du livre « Années sombres à Blanquefort et dans ses environs 1939-1945 », Catherine Bret-Lépine Henri Bret, publication du G.A.H.BLE, 2009, page 208-209.

 

 

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