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Description de la paroisse de Blanquefort en 1789.

L'abbé Baurein, dans les « Variétés bordeloises » publiées en 1784, écrit sur Blanquefort : « Cette paroisse soit très belle et très considérable… Le territoire de cette paroisse se divise naturellement en deux parties, dont une et située dans la grave, et l'autre dans le palu. Celle-ci, qui est placée vers le levant, est d'une étendue considérable, qui est bordée par la rivière de Garonne ; elle s'étend depuis la Jalle qui coule à son midi, jusqu’à la paroisse de Parempuyre, qui borne Blanquefort vers le nord. La majeure partie de ce palu est en pacages ou en prairies, qui produisent du foin très estimé. L'autre partie, placée au couchant de cette première, est en vignobles, en terres labourables, en bois ou en landes. En général, cette paroisse est très bien cultivée, ce qui annonce qu'il n'y manque pas de bras. Il y existe d'ailleurs quantité de maisons nobles ou bourgeoises, très bien entretenues, et qui appartiennent à différents particuliers, qui n'y habitent que pendant un certain temps de l'année, ainsi qu'il est d'usage ; ce qui n'empêche pas que le séjour dans cette Paroisse ne soit très agréable… »

Les « domaines » de campagne sont nombreux à Blanquefort. Ils appartiennent pour la majorité d’entre eux à des parlementaires bordelais, mais depuis le milieu du siècle, des commissionnaires britanniques ont acquis certains vignobles et leurs demeures. Ces acquisitions offrent le double avantage d'être situées aux portes de Bordeaux et de rapprocher le négociant étranger des propriétés des parlementaires dont ils assurent la commercialisation des vins à l'exportation. La richesse de la paroisse repose en effet sur le vignoble dont la production peut être estimée entre cinq cents et huit cents tonneaux, dont un peu plus de dix pour cent proviennent des vignes de la palus. Le vin de palus est beaucoup plus estimé que celui donné par les vignes de graves. « En premier lieu, le tonneau de vin de palu coûte moins cher en culture que celui de graves, par la raison que le terrain de palu est plus fertile ; en second lieu, le vin de palu est d’une plus facile défaite que celui de graves, parce que les vins de palu sont les seuls qui conviennent à nos colonies où la consommation est immense.

Ce qui dérange, au contraire, les propriétaires de vins de graves, c’est de ne pouvoir s’en défaire de bonne heure et d’être quelquefois obligés de les garder longtemps… les vins de palu sont plus en état que tous les autres de supporter le transfert par mer, surtout lorsque les traversées se font de long-cours. Le mouvement continuel de la mer, que ces vins éprouvent pendant le trajet, les décharge de la grossièreté qui leur est propre et fait que leur finesse se développe en sorte qu’ils deviennent beaucoup plus portables que s’ils eussent restés sur les lieux », explique l’abbé Baurein. C'est ainsi que le vin de palus est estimé à trois cents livres le tonneau, tandis que le vin de graves récolté à Blanquefort vaut cent livres. Ces valeurs sont toutes relatives, car elles concernent la valeur fiscale que déclare Saincric et qu'il a donc tout intérêt à minorer ; elles indiquent cependant la suprématie des vins de palus sur les vins des terres hautes. Le vignoble de Blanquefort est aussi coté que celui de Cantenac, de Margaux, de Ludon ou de Macau où en 1762 certains particuliers le vendent jusqu'à mille cinq cents livres le tonneau.

Le vin blanc est abondamment produit dans la paroisse où il atteint le même prix que celui de Barsac, Preignac, Langon. Sauternes, Branne ou Sainte-Croix du Mont. Dans toutes ces paroisses, c'est un vin blanc sec, issu de sauvignon entre autres cépages, qui est mis en barriques et exporté en majeure partie. Les grands domaines possédés par les Dulamon. les Dillon, Maignol, Besse ou Dupaty utilisent l'abondante main d'œuvre locale et font vivre de nombreux artisans de la paroisse. À côté de ces propriétés importantes, une multitude de vignerons ou petits exploitants possède quelques « règes » (environ 32 ares) de vignes très souvent morcelées par suite des héritages successifs. Les coteaux de Canteret sont couverts de vigne et le bourg est cerné de ceps de toutes parts.

À moins de cent mètres de l'église, ce ne sont que vignes : au Clos, à Carpinet, à Corn, Solesse, Maurian, Gallochet, La Plantille, Clapeau, Linas, Breillan, Caychac, Peybois, et encore vignes... Il reste peu de place pour les autres cultures ; cependant, chacun a son jardin potager où sont cultivés artichaut, oignon ail, fève, mongette (haricots), carotte, chou et autres légumes. Les Blanquefortais ont bien sûr entendu parler de ce légume qui, dit-on, peut remplacer le pain et que l'on nomme pomme de terre, mais ils sont réticents à l'adopter, bien que leur roi en consomme régulièrement depuis 1770 (la culture de la pomme de terre semble avoir commencé à Blanquefort pendant la disette). Le maïs que l'on nomme généralement blé d’Espagne, le froment, le seigle et l'avoine ne suffisent pas aux besoins du village, particulièrement lors des mauvaises années où l'on est obligé d’en acheter dans les paroisses voisines et surtout à Bordeaux où le blé est importé de Bretagne.

La production de la paroisse peut être estimée d’après les revenus de la dime en 1789-1790 en année moyenne à : Fèves et mongettes : 120 boisseaux (15 hectolitres) - Mais : 500 boisseaux (62,5 hectolitres) – Froment : 1 200 boisseaux (150 hectolitres) – Seigle : 1 000 boisseaux (125 hectolitres) - Avoine : 500 boisseaux (62,5 hectolitres)

La partie la plus humide de la palus est cultivée en prairies dont le foin sert de fourrage aux nombreux chevaux et bœufs utilisés pour les transports et les travaux agricoles. L'excédent est vendu à Bordeaux où la demande est soutenue. C'est dans la palus que se trouvent les « padouens », biens communs des paroissiens de Blanquefort à l'usage de pacages pour leur plus grande superficie. Plusieurs fois par an, selon un usage bien établi, les Blanquefortais « enlèvent sur la partie la plus grasse des communaux une superficie de terre de trois ou quatre doigts au moins d’épaisseur et la transportent sur leurs domaines respectifs pour l’améliorer. On cultive également le chanvre qui, après les opérations de rouissage à la fin de l'été, est transformé en filasse puis en fil, surtout utilisé pour la fabrication des voiles de navires. Les vimières et aubarèdes font partie du paysage de la paroisse. Le vîme, variété d'osier, fait l'objet d'une culture attentive car il sert à attacher les rameaux de la vigne sur les « lattes » faites de branches de vîme, ou le plus souvent d'aubier. Les « lattes » doivent être elles-mêmes placées horizontalement et fixées sur les « carrasonnes », piquets de chêne ou de pin disponibles dans les environs. Le jonc pousse en abondance dans les terres humides de la palus, il est utilisé lui aussi pour lier la vigne : ces deux végétaux sont donc indispensables à la culture et l'entretien du vignoble. Si chaque famille a son potager, elle possède aussi un cochon, parfois plusieurs en fonction de ses besoins et de ses moyens. On ne saurait vivre sans ce précieux animal, pas trop difficile à nourrir et si utile pour tout ce qu'il peut donner, bien malgré lui, à ses maîtres. Les cochons sont laissés en semi-liberté, mais sont parfois attachés à une chaîne de fer à proximité de l'habitation où s'ébattent poules et canards. Quelques Blanquefortais possèdent des moutons mais il ne s'agit pas de grands troupeaux, c'est tout au plus trois cents têtes qui fournissent viande et laine à leurs propriétaires. Les communaux de la palus et de Plassan permettent d'élever quelques vaches mais, ici encore, la finalité est uniquement la production laitière nécessaire aux besoins des familles de la paroisse. On ne peut tout faire : l'économie blanquefortaise étant résolument tournée vers la viticulture, les autres activités agricoles sont, de ce fait, réduites aux besoins locaux. La Garonne, nommée la « rivière » qui limite Blanquefort à l'est comporte une île que l'on nomme Grattequina. Sur cette île, on peut voir deux moulins à vent qui appartiennent à François Arnaud de Saige, avocat général au Parlement de Bordeaux.

Mais il existe d'autres moulins alimentés par les eaux de la Jalle. Le moulin de Plassan appartient en 1787 à Paul Marie Arnaud de Lavie, du Taillan, qui l'a acheté à François Arnaud de Saige lequel l'avait acquis en 1785 du duc de Durfort Duras pour la somme de trente-six mille livres. Le président de Lavie possède aussi les deux moulins de Majolan qu'il a payés soixante douze mille livres à Julien Gabriel de Flavigny en 1781, ainsi que le moulin du Gua situé non loin, en aval des moulins de Majolan. Un peu plus bas et plus près du bourg, le moulin de Canteret, certainement le plus ancien de tous, est le plus actif. Le président de Lavie qui a le monopole des moulins à eau de Blanquefort le loue deux mille livres par an en 1787. Les meuniers sont soit fermiers directs des propriétaires, soit sous-fermiers des boulangers de Blanquefort, d'Eysines ou de Bordeaux. Les particuliers qui font moudre leur grain au moulin paient au meunier la valeur de quinze sols par boisseau alors que les boulangers ont un tarif préférentiel fixé à douze sols. Ce service n'est pas payé en numéraire, mais en nature par l'équivalent de sa valeur en grain, souvent et même généralement hors de la vue du client, d'où la mauvaise réputation dont jouissent les meuniers qui sont qualifiés de voleurs dans tout le royaume.

La Jalle, qui est navigable, est utilisée pour le transport des foins et du bois que l'on retire de la palus mais sert également à apporter à Bordeaux rapidement et à bon compte les marchandises à y livrer. Pour faciliter les chargements et déchargements des gabarres, plusieurs ports ont été aménagés entre la Garonne et Canteret. Les plus proches du bourg sont ceux de Canteret et de Solesse mais plus en aval, le port d'Haubert qui appartient à Monsieur de Maignol est le mieux entretenu. Le port du Roy, qui avait été donné par le duc de Duras à la communauté des habitants de Blanquefort en 1497, n'est plus utilisé depuis longtemps, au moins depuis 1773. Jean Dubergé qui habite à la Gravette et exerce la profession de batelier, possède une gabarre de quinze tonneaux avec laquelle il effectue les transports qui lui sont demandés.

Le curé Saincric et son vicaire Jean Baptiste Saintpé rappellent régulièrement en chaire aux Blanquefortais l'observance qu'ils doivent faire de l'abstinence chaque vendredi et pendant le Carême. Pour s'y conformer, ils trouvent chez les « marchands » de Blanquefort du poisson séché comme la morue que Bordeaux produit en abondance. Le poisson frais provenant des « jalles courantes de Blanquefort » ne peut être pêché que par le fermier du droit de pêche ou son représentant. Ce droit appartient aux seigneurs dans les rivières non navigables mais il peut être affermé, ce qui est le cas à Blanquefort où Antoine Tartas, marchand domicilié à Bruges, donne à ferme pour sept ans ce droit de pêche pour la modique somme de dix-huit livres par an.

Le gibier est abondant dans la région mais le droit de chasse appartient exclusivement aux ducs de Durfort Duras, seigneurs hauts justiciers de Blanquefort, et à chaque seigneur dans son fief. Ce monopole seigneurial jalousement défendu interdit à la quasi totalité des Blanquefortais la possibilité d'améliorer l'ordinaire mais surtout les empêche de défendre leurs récoltes contre les ravages que peuvent causer les innombrables lapins ou autre gibier tant à poil qu'à plume. Des peines sévères existent pour dissuader d'éventuels contrevenants. Il ne fait pas de doute que ce droit seigneurial fort impopulaire dans tout le royaume soit également mal accepté dans la paroisse où cependant les fusils ne manquent pas.

Un autre sujet de mécontentement occupe bien des conversations dans la paroisse, comme ailleurs dans le royaume. Il s'agit du montant des divers impôts, taxes et droits à acquitter tout au long de l’année, si lourds à supporter particulièrement dans les années où les intempéries ou la maladie n’ont pas permis de vendre le surplus de récolte destiné essentiellement à payer les impôts. Car certains de ceux-ci sont payables exclusivement en numéraire tels la taille, la capitation et le vingtième.

Les vingtièmes sont perçus par l’intendant pour le compte du roi sur tous les revenus, mais essentiellement sur les revenus fonciers. Les nobles et le clergé y sont assujettis.

L’année 1788, Blanquefort paye neuf mille deux cent cinquante-cinq livres pour cet impôt.

Quelques chiffres permettent de situer un certain nombre de personnages résidant à Blanquefort ou ayant simplement des biens fonciers dans la paroisse :

M. de Duras 787 livres - Dulamon 350 - Dupaty 220 - Veuve Dillon 175 - Saige, ancien avocat 140 - Veuve Acquart 129 - O’Conord 120 - Maignol 109 - Dutasta 100 - Cholet 83 - Billatte 75 - Saige avocat général 60 - Marquise de Coublaye 55 - Roberic 50 - Marraquier 45 - Day ingénieur 45 - Maurian 40 - Abbé Richon 35 - Veuve Saige 30 - Sicard marchand de morue 23 - Castera marchand droguiste 18 - Dutasta négociant 12 - Laveau 10 - Romefort Jean 3 - Castera pêcheur 2 livres 5 sols - Coutoula Jean 1 - Guillemot tonnelier 17 sols - Delhomme Guillaume 12 sols - Laloubeyre Pierre 12 sols - Nonie François vigneron 4 sols

[suit une longue descriptions des impôts directs ou indirects…]

Le casuel : le curé Saincric, comme d'ailleurs tous les curés du royaume, ajoute à ces revenus une redevance perçue lors des baptêmes, mariages et sépultures. Cette redevance est payée en numéraire mais son montant annuel n'est pas connu avec exactitude car, disent les curés, les habitants sont pauvres et de ce fait ne paient pas, la plupart du temps. Comme on peut le constater, les impôts sont nombreux et, ajoutés les uns aux autres, leur poids représente une lourde charge pour ceux qui y sont assujettis, c'est à dire les moins fortunés qui ne font pas partie des classes privilégiées de la noblesse ou du clergé. Cette catégorie de Français, c'est le tiers état, « taillable et corvéable à merci ».

Blanquefort, nous l'avons vu, est peuplé de deux mille habitants en cette fin de siècle, ce qui représente environ trois cents familles tirant leurs revenus, pour la plus grande majorité d'entre eux, de la culture de la vigne, soit directement soit par les professions annexes. La majorité de ces familles exerce donc la profession de vigneron et exploite de petites parcelles souvent fort dispersées du fait des héritages successifs. Une autre partie des Blanquefortais exerce le même métier mais sur les métairies des propriétaires résidant soit dans la paroisse, soit à Bordeaux. Enfin, la catégorie des manouvriers ou des journaliers qui ne possède rien travaille pour les autres, petits et gros propriétaires, pour un salaire très modeste, du lever du soleil à son coucher. Le salaire journalier des hommes est de douze sols en 1738, il passe à seize en 1789. Quant aux femmes journalières, leur salaire passe de cinq sols à sept.

On estime à soixante-quatre pour cent environ le nombre de vignerons et laboureurs de la paroisse vers 1780. Le reste de la population se compose de près de dix-sept pour cent d'artisans et marchands, les vingt pour cent restants étant constitués par un large éventail de professions libérales, de fonctionnaires, de rentiers et de domestiques. Toutes les professions sont représentées : charpentier de haute futaie, menuisier, scieur de long, tonnelier, serrurier, forgeron, maréchal-ferrant, tailleur de pierre, tuilier, maçon, vacher, bouvier, sabotier, cordonnier, tailleur d'habits, tisserand, cocher, officier de santé, chirurgien, sage-femme, notaire, juge, batelier, garde-écluse, matelot, pêcheur, receveur de loterie, servante. Parmi ceux-ci, Jean Criq est tonnelier aubergiste au bourg, François Lacaussade débitant de vin, Pierre et Jean Massé tisserands, Bellon forgeron, Jean Bonnard boucher, Jean Dubourdieu, ancien maître de postes, est marchand au bourg. Ravrnond Dubertrand, à Linas, exerce la profession de maître-chirurgien, Caussade celle de médecin et Catau Lavigne est « sage-femme » sans diplôme.

Le cadre de leur activité dépasse souvent celui de la paroisse ; la proximité de Bordeaux, où l'on peut se rendre par la nouvelle chaussée que l'intendant Tourny a fait construire au milieu du siècle, favorise les échanges avec la grande ville. Même en hiver, on peut maintenant se rendre à Bordeaux ce qui n'était pas toujours possible auparavant lorsque le seul « camin bordales » passant par la Forteresse et le Vigean était recouvert par les eaux. Cette proximité de la ville procure aux Blanquefortais quelques revenus supplémentaires par la garde d'enfants en bas âge que les Bordelaises mettent en nourrice à la campagne ; elle leur permet également de recruter, pour la durée des vendanges, l'importante main-d'œuvre temporaire dont les grands domaines ont absolument besoin. Ainsi, le domaine du Luc qui possède un imposant vignoble sur les coteaux de Cimbats et à « Peyastruc » emploie trois troupes de vendangeurs pendant huit à treize jours, ce qui représente cent six coupeurs, huit faiseurs de baste, trente-et-un porteurs de baste et sept vide-paniers. Au pressoir du domaine, quatorze hommes sont utilisés pour presser le raisin et il faudra encore trente journées d'homme pour « couler » la vendange. Cette population temporaire, bien qu'elle n'effectue qu'un court séjour dans la paroisse, a des contacts avec les habitants de Blanquefort et le curé Saincric célèbre plusieurs mariages unissant des Bordelais à des Blanquefortaises.

À Blanquefort comme ailleurs, de nombreux mendiants parcourent la campagne et quémandent leur pain. Quel autre recours peut avoir le vieillard ou l'infirme ? Lorsque l'ouvrage manque, le journalier n'a lui non plus d'autre moyen pour survivre ; donc, aux pauvres de la paroisse, s’ajoutent les vagabonds dont certains meurent à Blanquefort sans que l'on sache parfois qui ils sont ni d'où ils viennent. Saincric leur consacre plus de vingt pour cent de ses revenus au titre de l'aide aux pauvres qui fait partie des attributions dévolues au clergé. À la campagne, il est bien pratiquement le seul à s'intéresser au sort des défavorisés. Il n'y a point d'hospice ou d'hôpital dans les campagnes et, à Bordeaux, ils sont peu nombreux et surpeuplés. Selon une enquête sur la mendicité effectuée en 1790 dans le royaume, « une famille de cinq personnes disposant d’un gain annuel de quatre cent trente cinq livres n’a que le minimum strictement vital si l’on fixe en effet à deux cents livres environ les dépenses annuelles autres qu’alimentaires (loyer, vêtements, éclairage, chauffage) ».

Si le coût de la vie a augmenté de quarante-cinq pour cent de 1771 à 1789 et de soixante-deux pour cent de 1785 à 1789, il n'en a pas été de même pour les salaires qui accusent un retard important en 1789. Il fallait dans la période 1726-1741 le prix de douze à treize journées de travail pour deux boisseaux de seigle, il en faut de dix-sept à dix-huit en 1789. En outre, le prix du vin est tombé de moitié depuis 1781 et il reste encore à ce niveau en 1788, ce qui ne fait pas l'affaire des Blanquefortais, quelle que soit leur catégorie sociale.

Extrait du livre « Blanquefort et son canton », 1789-1799 ou « Saincric, curé révolutionnaire », Publications du G.A.H.BLE, 1989, p.3-19.

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