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La noblesse blanquefortaise en 1789.

Blanquefort a dans sa paroisse des représentants de la noblesse. Tout d'abord, le plus titré d'entre eux sans être le plus fortuné est Emmanuel Félicité Durfort de Duras ; duc de Duras, pair de France, chevalier des ordres du roi, premier gentilhomme de la chambre, maréchal de France et marquis de Blanquefort, il est né à Paris en 1715. Il vit surtout à Paris et à Versailles où il fréquente l'Académie, ce qui lui vaudra d'y être reçu en 1775 grâce à son ami Buffon. Il possède encore des biens importants à Blanquefort où la demeure de Curegan est édifiée non loin des ruines de la Forteresse qui fut célèbre au Moyen Age du temps de ses aïeux. Son fils, Emmanuel Céleste Augustin, est né à Bordeaux en 1741 et y mène la vie de la noblesse titrée de son temps.

Jean-Jacques de Besse de Maurian est à Blanquefort le représentant de cette petite noblesse de province qui vit sur ses terres. Il est bien intégré à la vie de la paroisse où il possède terres et métairies qui, à défaut de l'aisance, lui donnent un revenu honnête.

Non loin du château de Maurian, les Dillon sont encore une catégorie particulière de la noblesse locale. Résidant depuis 1754 à Terrefort après avoir acquis le domaine du comte de Marcellus, Robert Dillon est originaire du royaume d'Irlande où il a épousé Marie Diconson, native d'Angleterre dont il a plusieurs enfants : Théobald né en 1747, reçu page de la grande écurie en 1763, Robert Guillaume né le 4 septembre 1754 à Bordeaux, Guillaume Henri né en 1760, Édouard né en 1750, lui aussi page de la grande écurie, Arthur Roger né à Blanquefort en 1758, Éléonore Anne et Marie Adélaide. Robert Dillon qui a le titre d'écuyer est le descendant d'une noble et ancienne famille irlandaise qui par ses mérites s'est élevée aux grades militaires les plus distingués. Le domaine de Terrefort possède un important vignoble démembré de celui du Luc, qui produit un excellent vin et dont la récolte est certainement exportée en grande partie en Angleterre. Robert Dillon est un cadet de famille et ses revenus proviennent essentiellement du négoce des vins. Ce n’est pas par hasard qu'il s'est fixé à Blanquefort, à proximité des producteurs et des acheteurs. Son décès survient à Bordeaux en février 1764.

Une autre famille irlandaise, les O'Connor, famille bourgeoise originaire de Dublin, se fixe à Blanquefort en 1757. Mathieu O'Connor, écuyer, seigneur de Breillan, s’occupe lui aussi de négoce de vin. Il décède â Blanquefort le 12 octobre 1781 après avoir épousé deux jours avant Hélène Connel, et son domaine de Breillan passe par héritage entre les mains de la famille Lynch.

En continuant le tour de la paroisse, nous parvenons au château du Luc, situé au sud-ouest du bourg. Le domaine est la propriété de Philippe Dulamon après l'achat que sa mère en fait en 1773 pour deux cents mille livres au chevalier Julien Gabriel de Flavigny. Le château n'est pas en très bon état, mais les vignes du domaine sont réputées, surtout depuis l'époque où elles appartenaient â la famille des parlementaires bordelais les Pontac. Il est vrai que leur situation sur le versant sud de Blanquefort leur donne la meilleure exposition possible. Philippe Dulamon augmente son domaine en 1786 en y ajoutant le fief de Bel-Air autrefois démembré de la maison noble du Luc. Les Dulamon font partie de la catégorie des riches bourgeois bordelais anoblis par l'achat de charges, moyen classique de parvenir â l'état de noble. C'est ce qu'avait fait un Dulamon en achetant la charge de « président trésorier de France ». Le Luc est un placement financier qui, en outre, permet d'accéder au titre moqueur mais envié de « seigneur des vignes » donné à cette époque aux possesseurs d'importants vignobles. Les Dulamon résident eux aussi à Bordeaux la majeure partie de l'année, tout comme leurs voisins du Taillan qui possèdent le domaine et le château du Taillan, les de Lavie.

C'est encore un autre type de noblesse que nous abordons avec Paul Marie Arnaud de Lavie : la noblesse de robe. Le marquis de Lavie est président à mortier au Parlement de Bordeaux depuis 1768 et descend d'une famille de parlementaires (les Lavie sont membres du parlement depuis 1540), il a le titre de baron de Nontron, comte de Belhade Moulinet, seigneur de la Roque, marquis du Taillan, Lagorce et autres lieux. C'est un puissant seigneur parlementaire mais c'est aussi un homme bon et cultivé. Cette culture, il la doit en partie à son père Jean Charles de Lavie, décédé en 1773, auteur d'ouvrages estimés de droit public et de morale qui « dénotent une profonde connaissance de l’histoire ancienne et moderne, un jugement sain et un grand amour de l’humanité ». Il ne mit jamais, par modestie, son nom sur aucun de ses ouvrages « quoi qu’ils lui fissent beaucoup d’honneur ». Il a légué à son fils une importante bibliothèque que celui-ci s'emploie à augmenter. Estimé de ses pairs, le marquis de Lavie l'est également des gens du peuple et des Blanquefortais en particulier car il possède de nombreuses terres à Blanquefort où il est en contact avec les fermiers et métayers de la paroisse à qui il ne ménage pas conseils et justes arbitrages lorsqu'on lui demande son avis. Arnaud de Lavie épouse en 1769 à Blanquefort Marie Adélaïde Dillon, une des filles de Robert Dillon (on disait plaisamment que Dillon n'avait d'autre fortune que la beauté de ses filles). Un jour que la jeune marquise de Lavie était venue rendre visite à sa sœur à Versailles, « celle-ci lui montra la reine Marie-Antoinette à travers une porte ». Le président de Lavie en l'apprenant se mit fort en colère et dit que « sa femme était d’assez bonne maison pour être présentée à la reine ». Après son veuvage, il épouse en septembre 1786 Anne Françoise Lattin née à Dublin et petite-nièce de Marie Diconson, veuve de Robert Dillon. Le mariage est célébré par le curé Saincric dans la chapelle domestique du château Dillon ; à ce mariage assiste un noir, Léonine Scipion Talibe, né en Afrique, qui a reçu du président de Lavie « les soins et l’éducation qu’il a donnée à ses propres enfants ». Le château que les Lavie ont fait construire il y a peu de temps sur une croupe qui domine toute la plaine jusqu'à Bordeaux est environné de bois, de jardins à l'italienne et d'autres embellissements.

Il y reçoit son ami et voisin l'avocat général au Parlement Charles Jean Baptiste Mercier Dupaty qui possède le château du Dehez, au sud-est du bourg de Blanquefort, à la limite de la palus. Cette belle demeure, Dupaty l'a acquise pour cent vint-cinq mille livres en 1775 alors qu'il est avocat général au Parlement de Bordeaux depuis 1768. Le domaine comprend, outre ce château, un vignoble, des prés, des terres et marais ; sacrifiant à la mode du temps qui veut que tout membre du Parlement possède un vignoble et une « maison de campagne », Dupaty a donc choisi Blanquefort, peut-être en raison de son voisinage avec le président de Lavie, avec lequel il a beaucoup.de points communs. Né à La Rochelle, Dupaty possède d'importants revenus qui lui sont procurés par la propriété de famille à Saint-Domingue qui, dit-on, lui donne quatre-vingt mille livres de revenu par an et en fait une des cent personnes les plus riches du royaume. La famille Mercier Dupaty a accédé à la noblesse depuis très peu de temps, c'est un lourd handicap dans le milieu des parlementaires où le nom et le titre passent généralement avant la valeur des individus. Pourtant, la valeur de l'avocat Dupaty est reconnue. En 1769, Diderot écrit à son sujet, à l'occasion d'un procès : « Dupaty a pris la défense d’une veuve… contre des héritiers avides. Son plaidoyer sent encore le jeune homme. Il y a dans le style de l’emphase et de la diffusion. On lui désire plus de nerf, de précision, de sévérité ? Malgré ses défauts, on a peine à concevoir qu’à 22 ou 23 ans, on possède autant de connaissances, d’éloquence et de logique ». Mais Jean Baptiste Dupaty acquiert une renommée nationale au moment de la « fronde parlementaire » qui oppose le roi Louis XV aux Parlements de Paris et de province. C'est lui qui suscite au cours de l'été 1770 la motion dans laquelle le Parlement déclare que les ordres royaux sont illégaux et qu'ils « ne peuvent être considérés que comme des actes passagers d’une volonté séduite et non comme des actes permanents d’une volonté raisonnée, libre et légale ». Cet acte de rébellion est sanctionné et Dupaty est incarcéré sur lettre de cachet à la forteresse de Pierre Encize à Lyon. Il revient à Bordeaux en février 1775 où il reçoit un accueil triomphal lors du rétablissement du Parlement bordelais. C'est encore lui qui prononce le 13 mars 1775 le discours de la première audience de la Grande Chambre après le rétablissement du Parlement. Mais Jean Baptiste Dupaty n'est pas seulement un brillant avocat et un remarquable parlementaire. « Il apparaît comme le plus généreux et le plus noble représentant de cet esprit nouveau, plein d’aspirations grandioses, travaillé de rêves humanitaires touchant si souvent à l’utopie ». Il correspond avec Voltaire qui lui prodigue «  les marques de la plus fraternelle et touchante affection ». En 1779, se sentant affaibli, il quitte le siège du ministère public et achète pour le prix de cent vingt-six mille livres la charge de président à mortier. Mais le Parlement refuse d'enregistrer les lettres de provision et ne s'exécute enfin que contraint et forcé.

On reproche à Dupaty sa noblesse de fraîche date pour occuper un emploi de cette importance mais c'est surtout en raison d'intérêts particuliers que le président Le Berthon, premier président au parlement de Bordeaux, s'oppose à l'accès de Dupaty à cette charge. Au cours d’un de ses fréquents voyages, le président Dupaty rencontre chez des amis communs liés à Turgot (intendant à Limoges) un jeune homme de 26 ans né à Limoges, avocat sans clientèle qui s'appelle Vergniaud. Au printemps 1780, il accepte de le prendre comme secrétaire avec un salaire de quatre cents livres par an. Vergniaud loge rue du Hâ, mais voyage avec le président dans ses déplacements, prend ses repas à sa table et l'accompagne à Blanquefort lors de ses séjours. L'amitié et la protection d'un homme aussi connu et estimé que Dupaty est une aide considérable pour un jeune avocat sans fortune. Vergniaud devient donc avocat à Bordeaux où il conquiert une juste renommée d'orateur enflammé et virulent « inconnue jusque-là dans les calmes et solennels sanctuaires du parlement ». Plus tard, Vergniaud ne fera pas mentir Dupaty et sa gloire dépassera celle de son maître...

En butte à l'hostilité incessante de ses confrères et affaibli par la maladie, Dupaty se fait charger de mission à Paris par le garde des sceaux Miromesnil en mai 1784. Une nouvelle carrière s'ouvre à lui. Il adhère à la franc-maçonnerie, comme d'ailleurs Durfort Duras et le président de Lavie, et entreprend une longue lutte pour la réforme de la procédure criminelle et une meilleure défense des accusés. En 1786, il rédige un « Mémoire justificatif pour trois hommes condamnés à la roue », qui fait sensation et suscite une grande émotion dans le public. Après de nombreuses démarches à Paris, à Versailles et en province, Dupaty parvient à faire acquitter au bout de trois ans de lutte trois paysans innocents que le baillage de Chaumont avait condamnés aux galères à perpétuité. La défense de ces trois innocents est surtout pour Dupaty le moyen d'alerter l'opinion publique dans le but d'exercer une pression sur le gouvernement et de réformer les lois criminelles du royaume. Il y parvient en partie mais l'essentiel des réformes qu'il demande interviendra plus tard... Le président Dupaty, alors qu'il est chargé de mission par Miromesnil, entreprend un voyage en Italie dans le but de constater sur place quelles sont les lois criminelles qui sont en vigueur. Il rédige à partir de 1785 ses « Lettres sur l’Italie » qui sont publiées en juillet 1788. Dupaty songe alors à l'Académie française, plusieurs de ses amis y sont déjà. En fait, c'est un autre honneur qui lui échoit, il est pressenti en septembre 1788 pour être nommé par Louis XVI garde des sceaux en remplacement de Lamoignon. Hélas, on apprend sa mort survenue à Paris le 18 septembre 1788 à la suite d'une « fièvre putride » ; Dupaty a 42 ans.

Tout près du domaine du Dehez, un autre domaine, celui de Mataplane, est la propriété des Maignol, noblesse de robe de fraîche date (1733). Étienne Maignol est magistrat à la cour des aides de Bordeaux qui est chargée de juger souverainement au civil et au criminel les affaires relatives à la levée des impôts. Le rôle de la cour des aides et son renom sont évidemment sans comparaison avec ceux du Parlement mais être membre de la cour des aides confère un prestige certain, surtout lorsque l'on est, comme Maignol, procureur général. Comme ses confrères, Maignol demeure généralement à Bordeaux où il possède une maison rue de la Taupe. À Blanquefort, les Maignol tiennent en fief une grande partie du bourg dont les tenanciers lui sont redevables d'agrières et autres droits. De caractère fort impétueux, très jaloux de ses droits, Étienne Maignol possède également le port d'Haubert que les Blanquefortais nomment aussi le « Port de Maignol » et qu'il entretient régulièrement tout en en interdisant l'accès aux habitants de la paroisse.

Là ne s'arrête pas la liste de la noblesse locale. À la Rivière, la maison noble de Gaujac tient en fief la partie ouest du bourg ; le seigneur en est Pierre de Robéric qui a le titre d'écuyer et demeure à Bordeaux. En revanche, Claude Clément Ange Marraquier, seigneur du Grava, la Rivière et Arboudeau, demeure dans sa maison de la Rivière. Sa famille a été anoblie par les charges et son père est décédé à Blanquefort en 1776, âgé de 90 ans, après avoir passé sa vie à agrandir ses terres. A son décès, il laisse à ses héritiers un vignoble homogène et d'un bon rendement. Marraquier est lui aussi écuyer et capitaine aux canonniers de Guyenne. Il épouse en 1789 Antoinette Rosalie de Bonnefont, dite Toinette, née vers 1756 à Saint-André de Cubzac. Devenue veuve, elle épousa Joseph Pépe le 6 mars 1795, successeur de Saincric à la mairie de Blanquefort.

Dans le bourg, la belle demeure de la Dimière appartient à la famille Billate et, depuis le décès de Pierre Billate, à sa veuve Cécile Grenier et à ses fils, Joseph Théophile, Pierre et François Jacinthe. Les Billate possèdent également une maison rue de la grande Taupe à Bordeaux et plusieurs pièces de vignes autour de la Dimière ainsi qu'à « Saulesse ». Les Billate vendent la Dimière et son important domaine à Alexis Réaud en décembre 1790.

Extrait du livre « Blanquefort et son canton », 1789-1799 ou « Saincric, curé révolutionnaire », Publications du G.A.H.BLE, 1989, p.19-27.

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