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Les bourgeois et notables en 1789.

Aux côtés de cette noblesse appartenant à la classe des privilégiés, Blanquefort compte, parmi ses habitants, quelques bourgeois qui sont aussi les notables du village. Ils doivent leur fortune au négoce ou à leurs domaines coloniaux ou aux deux réunis.

Raymond Acquart fait partie de cette dernière catégorie. Sa famille est fixée à Blanquefort de longue date où elle possède de nombreuses terres, bois, vignes et aubarèdes à Carpinet, Birehen, à Marpuch, à Vigney et dans la palus près de Mataplane, biens relevant de la maison noble du Luc. Il a acheté à Alexis Cholet son domaine situé non loin de l'église. Né vers 1719, Raymond Acquart a sept enfants dont certains sont fixés aux Antilles. La famille possède à Saint-Domingue des plantations de café, des indigoteries et des cotonneries lui procurant de confortables revenus. Saint-Domingue, la « perle des Antilles », est la pièce maîtresse du domaine colonial du royaume et Bordeaux doit une bonne partie de sa prospérité au commerce exercé avec cette colonie. Le tiers des importations de la France est d'origine coloniale et la moitié des exportations provient de la vente faite aux colonies ainsi que des produits coloniaux réexportés. Bordeaux est devenu le premier port de commerce français et la troisième ville du royaume.

Cette prospérité est due en partie au commerce « triangulaire » qui s'effectue en faisant trois escales à travers l'océan, dans le but de fournir aux colonies la main-d’œuvre nécessaire à l'exploitation des plantations, c'est-à-dire les esclaves. De Bordeaux, les navires se rendent sur les côtes de Guinée avec à leur bord une cargaison d'eau-de-vie, d'armes et de cartouches qui est échangée contre des nègres capturés parfois assez loin des côtes au prix de cinq cents livres environ par esclave. Le navire, après avoir fait son chargement variant de deux cents à six cents esclaves, se dirige vers les Antilles. Arrivés à destination, les nègres sont vendus de neuf cents à trois mille livres en fonction de leur âge et de leur état de santé. Les morts sont nombreuses en cours de transport ainsi qu'à l'arrivée. C'est surtout à Saint-Domingue que la demande de main-d’œuvre est forte en raison de l'accroissement du nombre et de l'importance des plantations : le nombre d'esclaves des Antilles françaises est passé de quarante mille au début du siècle à cinq cents mille en 1789 ! C'est qu'une plantation exige suivant son importance de cent cinquante à cinq cents hommes. La vente des esclaves effectuée, les commissaires de l'armateur achètent la production coloniale (sucre, café, indigo, coton) qui est ensuite débarquée à Bordeaux, entreposée et revendue en partie en France et en partie en Europe continentale. Une expédition rapportant à l'armateur du navire un bénéfice de trois cents à quatre cents pour cent, la richesse de Bordeaux s'extériorise par la construction des belles demeures des Chartrons. Ce commerce triangulaire, appelé aussi « trafic du bois d’ébène » enrichit non seulement les armateurs mais aussi les colons, les négociants et, en fin de compte et par contre coup, une importante partie de la région bordelaise dont fait partie Blanquefort qui en reçoit quelques retombées. En effet, le train de vie des familles bourgeoises de Bordeaux nécessite une main-d’œuvre domestique importante ainsi que l'appel fréquent aux artisans locaux pour la construction et l'entretien des hôtels particuliers qui s'érigent dans le nouveau Bordeaux des Chartrons.

Blanquefort est un village bien placé géographiquement pour y établir sa résidence de campagne. Ainsi, le négociant Daniel Christophe Meyer, né à Hambourg en 1751 et établi à Bordeaux en 1780, ne tarde pas à acheter des terres à Blanquefort, au lieu-dit de Fongravey. Peu de temps après, il y a fait édifier une « manière de villa à l’italienne », d'où il peut voir « flotter les pavillons des navires » sur la Garonne.

Un autre négociant des Chartrons, Pierre Lemit, a choisi en 1786 de faire du château de Bel-Air sa maison de campagne. Tanays, négociant bordelais lui aussi, fait démolir en 1767 de vieilles bâtisses dans son bien de campagne de Clapeaux pour y construire une demeure neuve à un étage. Jean Dutasta, qui a son domicile au lieu-dit de Darreyrac à Blanquefort, [un bourdieu consistant en maison, grange, aubarède, appartenant au bourdieu appelé d'Arreyrac, au lieu anciennement appelé à Saint-Aphon » (AD.33 G 1196 fol. 28)] est également négociant mais est souvent absent de Blanquefort où il a pourtant les fonctions de syndic de la fabrique de la paroisse, charge à laquelle il a été élu par les Blanquefortais. En son absence, c'est son maître valet Guillaume Dejean qui gère ses biens.

Parmi les notables qui appartiennent à la petite bourgeoisie, Pierre Caussade, apparenté à la famille Acquart, et né à Blanquefort en 1757, exerce la profession de chirurgien à l'Hôpital Saint-André de Bordeaux en 1776 avant de passer neuf années à l'Hôpital de la marine de Brest. Il fait ensuite des études de médecin à la faculté de Toulouse où il est reçu docteur en 1788, puis il devient pendant quelques années chirurgien-major du régiment de Noailles-Dragon avant de revenir à Blanquefort où il demeure dans sa maison de Tujean. Jacques Philippe Duportail est monnayeur pour le roi et possède le domaine de Maître Arnaud à l'ouest du bourg ; la maison de maître est entourée de vignes et possède un chai, un pressoir et un logement pour le vigneron. Un avocat, Degrange Tauzin, qui demeure rue Désirade à Bordeaux, possède aussi le domaine de Montigny et un petit vignoble. Le notaire du village, maître Pierre Berninet, fait également partie des notables bien qu'il n'ait pas une grande fortune ; il connaît, aussi bien que le curé, les secrets de famille des Blanquefortais et a l'estime des habitants. On vient également d'Eysines ou de Parempuyre pour le consulter et faire établir les actes habituels de la vie courante : les contrats d'accordailles, les testaments et donations, les baux pour les habitations et les terres, les accords divers entre voisins ainsi que les prêts que les plus aisés consentent aux autres. Pierre Berninet, qui est né en 1725, a succédé à son père Dominique, lui aussi notaire à Blanquefort. Il a eu de nombreux enfants après son mariage avec une blanquefortaise, Louise Tartas, mais il n'en a plus que trois au seuil de la vieillesse : son fils Antoine, né en 1754, qui exerce en fait la même profession que lui, et deux filles, Thérèse et Marie. On le sollicite également pour rédiger une lettre ou une requête car à Blanquefort tout le monde ne fréquente pas l'école tenue par les « régents » Ferry frères ; seulement neuf pour cent des époux et trois pour cent des épouses ont su signer leur acte de mariage durant la période 1780-1789. Il est vrai que l'enseignement n'a pas les faveurs de l'époque. L'abbé Fleury à la fin du siècle précédent disait : « Les pauvres n’ont pas besoin ni de savoir lire, ni de savoir écrire ». L'académie de Rouen quant à elle s'interrogeait en 1746 de savoir s'il est « avantageux ou préjudiciable au bien de l’état que les gens de la campagne sachent lire et écrire ».

Extrait du livre « Blanquefort et son canton », 1789-1799 ou « Saincric, curé révolutionnaire », Publications du G.A.H.BLE, 1989, p.27-31.

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