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La petite vérole et la vaccination au début du XIXéme siècle.

La variole que l'on a longtemps appelée la petite vérole est une fièvre éruptive infectieuse épidémique très contagieuse, due à un virus. Responsable pendant des siècles d'effroyables pandémies, elle semble avoir été importée d'Asie par les Sarrasins au VIème siècle (Grand Larousse universel 1992). En 1803, une circulaire préfectorale adressée aux maires de la Gironde indiquait : « de toutes les maladies qui affectent notre espèce, il n'en est peut être aucune de plus meurtrière que la petite vérole. Elle enlève par année commune le sixième ou le septième des sujets qu'elle attaque » (Archives G.A.H.BLE FGO 1 à 19). Elle se manifeste par l'éruption de boutons, au niveau de la face et des muqueuses, qui évoluent rapidement en pustules qui suppurent avant de se dessécher en laissant subsister une tache déprimée, blanche : c'est une cicatrice indélébile. Certaines formes de la maladie entraînent la mort ou laissent des séquelles invalidantes. Les vaccinations sont destinées à protéger des individus contre des maladies infectieuses. Elles participent aussi à sauvegarder la Santé publique en évitant le démarrage ou la propagation d'une épidémie. Elles sont pratiquées en inoculant des germes tués, ou même des germes vivants mais atténués, c'est à dire capables de provoquer une maladie légère, sans suites graves, mais suffisante pour amener l'organisme à produire naturellement des anticorps.

Le premier vaccin a été découvert par Édouard Jenner (1749-1823), médecin anglais, qui eut l'idée d'inoculer la vaccine pour protéger contre la variole ; il publia en 1798 un ouvrage sur l'inoculation de la vaccine qui est une maladie bénigne ressemblant à la variole. Jusqu'à la découverte de Jenner, on se protégeait contre la variole en s'inoculant une forme peu grave de cette maladie : c'était la variolisation. Malheureusement, la variolisation n'était pas sans danger et il arrivait qu'elle dégénère en une variole mortelle.

À la fin du XVIIème siècle, les paysans contractaient souvent la vaccine en trayant leurs vaches, cette maladie se manifestait par l'apparition de croûtes brunâtres sur les pis des bêtes. Or les personnes atteintes de la vaccine étaient toujours, ensuite, épargnées par la variole. C'est la constatation que fit Jenner, qui eut alors l'idée d'inoculer à ses clients, pour les protéger de la variole, non une variole atténuée, mais la vaccine. Jenner réalisa en 1796 la première vaccination contre la variole en inoculant à l'homme l'exsudat de la vaccine ou « cow-pox ». La maladie en question était ensuite retransmise à une génisse, afin de conserver la souche de virus et de procéder aux vaccinations avec les pustules apparaissant lorsque la maladie était déclarée. Ainsi la vaccination remplaça la « variolisation ».

Le terme vaccination a subsisté depuis, bien que la vaccination inventée par Jenner soit un cas particulier, puisqu'elle consiste à immuniser contre la variole en inoculant non pas le virus de cette maladie, mais celui de la vaccine. Un siècle plus tard, Pasteur, se servant des travaux de son prédécesseur, prépara un vaccin en 1885, capable de vaincre une maladie jusqu'alors mortelle : la rage. D'autres vaccins allaient suivre, ceux de la diphtérie, du choléra, de la peste.

Moins de dix ans après sa découverte, la vaccination commença à être pratiquée en France. En effet, les pouvoirs publics, préoccupés des ravages que la petite vérole occasionnait dans la population, firent campagne pour essayer de généraliser la pratique de la méthode de Jenner. Le préfet mobilisa en 1804 tous ceux qui avaient du crédit auprès de la population : les maires, le clergé, les instituteurs et les médecins (AD 33 5M129). Aux membres des conseils municipaux, il conseilla de donner l'exemple en faisant vacciner leurs enfants, le zèle des curés et desservants fut sollicité par l'archevêque qui voyait dans la vaccination « une œuvre de bienfaisance et de charité ». Les médecins se voyaient « appelés à rendre un grand service à l'humanité par l'extinction de la petite vérole, la certitude d'être utiles à l'humanité devait soutenir leur conscience » et « être le digne prix de leurs travaux ». Aucune mesure indemnitaire n'était prévue par l'État ; cependant, un décret de 1810 (Bulletin des lois 1810) autorisa le vote de centimes additionnels pour financer « la propagation de la vaccine », et dans chaque département (1804 pour la Gironde), puis dans chaque canton fut créé un Comité de Vaccine, M. De Matha, le maire de Blanquefort, en fut le président pour Blanquefort, M. Portal était membre de celui de la Gironde où il siégeait aux côtés du préfet et de l'archevêque.

Dés 1801, le docteur Caussade vaccinait gratuitement de village en village dans les communes de Blanquefort Ludon, Parempuyre et le Pian, en 1810, c'est chez lui à Blanquefort, le dimanche à deux heures de relevé, que les enfants pouvaient être conduits pour y recevoir la vaccine, ce jour ayant été jugé par le médecin le plus favorable pour les gens de la campagne. De son coté, le docteur Barada qui fut le témoin de la première vaccination pratiquée à Passy « s'intéressait à tout ce qui avait un rapport à la propagation de l'heureuse découverte de Jenner qu'il adopta avec enthousiasme et que depuis son retour à Blanquefort en l'an 8 (1800) il n'a cessé de prêcher et de pratiquer avec succès, toujours gratis... » (Pathologie médicale A. Moulinier 1961).

Le vaccin était disponible à Bordeaux où le comité central le distribuait aux médecins vaccinateurs. On vaccinait « avec succès de toutes les manières comme : les incisions légères, les piqûres sanglantes ou non, superficielles ou profondes, faites avec une aiguille, des instruments d'acier, d'or, d'ivoire, des plumes à écrire, une lancette ou un dard » (Pathologie médicale A. Moulinier 1961).

Pratiquée par les médecins, officiers de santé et les chirurgiens locaux, la vaccination eut quelques difficultés pour recueillir l'adhésion de la population, particulièrement à Eysines, au Pian, à Macau et à Saint-Aubin où les maires respectifs de ces communes ont écrit en 1814 : « Aucune vaccination dans la commune d'après le refus des habitants » (Eysines). « Naissances 15, vaccinations zéro, cette réponse trop concise est le résultat des informations que j'ai faites dans les villages, elle prouve la stupide indifférence de mes administrés ou, j'aime mieux le croire, leur trop forte dépendance de leurs travaux et de leurs besoins. Pour aller utilement à leur secours, il faudrait les aller trouver dans leurs asiles. » (Le Pian). Au Taillan, les médecins venaient d'Eysines ou de Blanquefort, et le maire Lassalle est bien en peine en 1813 de fournir quelque renseignement que ce soit sur la vaccine dans sa commune. « Avec l'officier de santé, je prêche la vaccine mais jusqu'à ce moment nous avons prêché au désert, nos paysans ne sont pas aisés à persuader. » (Saint-Aubin). En revanche, dans les communes où résidaient des médecins (Saint-Médard, Blanquefort, Macau et Ludon) convaincus de l'utilité et de l'efficacité de la vaccination, les choses se passèrent beaucoup mieux. À Saint-Médard, où le maire Leclercq donna l'exemple en faisant vacciner ses propres enfants, il y eut 35 vaccinations pour 35 naissances en 1812. Il est vrai que Pierre Lasserre, le chirurgien de la commune  « s'est montré un des premiers et plus zélés partisans de la vaccine... il a non seulement adopté avec empressement le préservatif de la vaccine et répandu autant qu'il a été en son pouvoir mais qui a porté le zèle de son état et l'amour de ses semblables au point de vacciner gratis depuis la découverte de cet heureux préservatif ».

Pour Parempuyre, c'est M. Barada, chirurgien de Blanquefort, qui « donne le plus de propagation à la vaccine » (1814) alors qu'à Macau et Ludon ce sont les chirurgiens Saubolle (de Macau), Guimberteau et Courtade (résidant à Macau). Le docteur Abeillé d'Eysines vaccinait dans sa commune mais aussi au Taillan.

En 1806, une épidémie de petite vérole toucha Blanquefort où 107 personnes âgés de 16 mois à 45 ans furent atteintes, l'état nominatif des personnes indique qu'il y eut 6 morts et 9 infirmes (surdité, perte totale ou partielle de la parole). Cette même année 1806, les sieurs Caussade et Barada, médecin et chirurgien de la commune, procédèrent à la vaccination de 64 personnes, presque tous des enfants, le plus jeune était un nourrisson d'un mois. En 1812, 26 enfants de 2 mois à 1 an reçurent les 4 piqûres habituelles destinées à les protéger, 3 d'entre eux ne développèrent pas de réaction positive qui se manifestait par l'apparition de boutons. Les médecins indiquent dans leur rapport annuel qu'ils n'ont pas eu l'occasion de voir de cas de petite vérole dans la commune et qu'ils croient qu'il n'en a pas existé. À Eysines, le maire signale 6 enfants qui en ont été atteints. Le docteur Barada indique que dans sa commune « il ne reste à vacciner cette année-là que les récalcitrants et les nouveau-nés ». L'année suivante, en 1813, une nouvelle campagne gratuite conduite par les mêmes médecins permit d'inoculer la vaccine à 34 enfants âgés de 2 mois à 9 ans ; parmi eux, 30 seront considérés comme vaccinés avec succès après examen des boutons qui en résultèrent. Il y eut bien entendu des détracteurs de la vaccine, dans son rapport au Ministre, le préfet signale en 1805 : « on a répandu le bruit que des enfants précédemment vaccinés étaient atteints de la petite vérole. Ce bruit, répandu avec rapidité et affectation par des femmes et par les détracteurs habituels de la vaccine, en a fait abandonner momentanément la pratique dans certains cantons notamment à Blanquefort où les grands-succès qu'avait eu M. Caussade ne purent arrêter quelques clameurs mensongères ». Encore vers 1857, un livre intitulé : « La dégénérescence de l'espèce humaine sous l'influence de la vaccine » jeta l'inquiétude dans quelques esprits, à tel point qu'un Conseil général supprima dans son département, l'allocation annuelle pour l'encouragement de la vaccine... (Conclusions statistiques contre les détracteurs de la vaccine Dr Bertillon Paris 1857 (http://gallica.bnffrlFonds).

Prés de 200 ans de pratique de la vaccination de Jenner ont été nécessaires pour que disparaisse la variole. Cependant, la France n'a pas été constante au cours de cette période dans la pratique de la vaccination ; ainsi, en 1870, la variole atteint 175 000 soldats français non vaccinés, causant 24 000 décès alors qu'elle ne provoque que 299 morts dans l'armée allemande qui était vaccinée (Pathologie médicale A. Moulinier 1961).

La vaccination antivariolique longtemps obligatoire pour les enfants dés leur première année a été abandonnée en 1980, trois ans après la déclaration officielle par l'Organisation Mondiale de la Santé, de l'éradication de la maladie. Le docteur François Barada, médecin et chirurgien né en 1769, avait fait ses études de médecine à Paris. Il revint à Blanquefort en 1800 où il est décédé en 1847. Il est inhumé dans la partie ancienne du cimetière de Blanquefort.

Pierre Caussade, né à Blanquefort en 1757 d'Antoine Caussade, médecin et de Marie Dugay, est décédé en 1818 dans son domaine de Tujean, il avait été reçu docteur en médecine à la faculté de Toulouse en 1788 et fut interne de l'hôpital Saint-André de Bordeaux, il passa neuf ans à l'hôpital de la marine de Brest et fut chirurgien-major du régiment de dragons de Noailles avant la Révolution (Pathologie médicale A. Moulinier 1961). Son fils Bertrand (1796-1879) et son petit fils Jules (1825-1882), eux aussi médecins, jouirent d'une réputation flatteuse dans le milieu médical bordelais (Pathologie médicale A. Moulinier 1961). Le tombeau de la famille Caussade existe toujours à Blanquefort.

Article du bulletin du G.A.H.BLE n° 36, p.10.12, Jean Lafitte.

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