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Les carrelets.

À l’origine, le carrelet désigne l’outil rudimentaire composé d’une nappe carrée accrochée au bout d’une perche. Le mot figure dans la première édition du dictionnaire de l’Académie parue en 1694. Il donnera son nom aux petites cabanes en bois construites au XVIIIème siècle dans le port de Bordeaux pour abriter le matériel des pêcheurs. Juchées sur des plates-formes sur pilotis, vers 1900 on y installera un mécanisme simple pour remonter le filet. Leurs propriétaires aisés souhaitant en faire des lieux de repos, elles évolueront au fil du temps, dans des sites privilégiés, sur les berges de la Dordogne et de la Garonne jusqu’à l’estuaire.

Après une période de démocratisation et de pêche plaisir, vient le déclin lié à la raréfaction du poisson et au développement de nouveaux loisirs. Beaucoup de cabanes sont alors délaissées et se dégradent. Les tempêtes de1996 et 1999 auraient pu les rayer définitivement du paysage. Heureusement, des pêcheurs amoureux de leur patrimoine et ardents défenseurs de leurs traditions se sont émus de la situation et ont sollicité l’aide des élus locaux.

L’association des pêcheurs au carrelet de l’estuaire est ravie. Le député de Gironde Philippe Plisson annonce la reconstruction et la réparation des éléments détruits par la tempête Xynthia en 2010. Les carrelets, éléments emblématiques du paysage fluvial girondin, vont retrouver leur intégrité pour continuer à nous enchanter.

La Garonne clapote. Plouf ! Un bruit de plongeon ? Est ce un ragondin timide ou bien une carpe joueuse qui s’entraîne ? Des trilles joyeux percent la masse de verdure. Non, ce ne sont pas les merles rieurs qui ont quitté leurs nids, c’est Pierrot qui s’installe dans son petit paradis.

Une fine passerelle qui repose sur la berge dérange à peine le tapis de renoncules et de fritillaires pintades. Elle conduit à une plate-forme dont les piliers enfoncés parfois jusqu’à huit mètres de profondeur dans la roche calcaire et dans l’estran (partie du rivage découverte à marée basse) sont en bois d’acacia, quasiment imputrescible. Une petite cabane artisanale aussi bleue qu’un ciel d’été abrite le treuil qui actionne le système de levage du filet carré que l’on hisse à marée montante.

Pierrot raconte : «  J’ai utilisé le bois d’une vieille cuve à vin de 200 ans pour faire la passerelle et du chêne d’Étauliers récupéré après la tempête. Mon ami René et moi sommes nés ici et respectons les traditions. Nous avons connu le carrelet par la famille depuis notre plus jeune âge. Nous aimons nous y retrouver, au calme, comme sur un bateau. On est tranquille, je me sens bien. Le matin avant le casse-croûte, on installe son attirail pour pêcher ; c’est le meilleur moment, même si carpes, brèmes, gardons, barbeaux et lamproies se font rares à cause de la pollution.

C’est une histoire de famille et de copains. Certains viennent pour aider au maniement des filets, d’autres en profitent pour lire au calme ou s’abandonner à de longues siestes. Ce lieu inspire mon épouse aquarelliste. Mon petit-fils a six ans, il adore me suivre ici. Si quelques crevettes imprudentes se laissent prendre, il s’amuse à les récupérer avec la sallebarde (épuisette à long manche). Il est heureux. J’espère qu’il continuera après nous. Le plus important est de passer de bons moments sur l’eau et de vivre au rythme de la nature et des marées. » Pierrot ne peut s’empêcher de fredonner comme Francis Cabrel «  Partager un peu de chaleur, là, dans la cabane du pêcheur, moi, j’attends que le monde soit meilleur. »

Texte de Solange Bergougnoux.

Site de l’université du temps libre Bordeaux-CUB. Dossier Au fil du fleuve n°80 - juin 2011.

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