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Les moulins de Gironde.

Une exposition sur le monde des moulins, du Moyen-âge aux années 1930, présentée aux Archives départementales de la Gironde en 2015, évoque un patrimoine largement représenté sur le territoire girondin. L'apparition des moulins dans le paysage s'est faite très tôt avec, sous l'Ancien Régime, une période d'activité dense et riche où le meunier a une place de choix dans la société rurale.

À partir du XVIIIème siècle, les progrès techniques améliorent la productivité des moulins. Puis sous l'impulsion de la Révolution industrielle, l'introduction de la vapeur et/ou des turbines permet de moins dépendre du régime saisonnier des rivières. L'innovation technique sécurise l'approvisionnement en farines des populations ; ce mouvement libère d'anciens moulins qui sont alors affectés à divers usages, quand d'autres sont définitivement abandonnés. Cette évolution passe par l'appropriation de l'espace hydrographique, le développement et la transmission des savoir-faire techniques ainsi que la gestion des eaux et des vents, en mettant le meunier au cœur de ce dispositif.

Les documents d'archives présentés permettent d'appréhender les pratiques liées aux moulins et à la meunerie, ainsi que les représentations de l'univers des meuniers, à travers :

* Les moulins à la conquête de l'espace, soit les dynamiques historiques d'implantation des moulins dans les territoires au regard de l'organisation économique et commerciale de la production des farines en Gironde depuis le Moyen-âge jusqu'aux années 1930 ;

* L'exploitation technique et commerciale des moulins, évocation du fonctionnement et du savoir-faire des meuniers liés autant à la gestion de l'eau et du vent qu'aux opérations de mouture ;

* Le choc de la Révolution industrielle et ses conséquences sur la meunerie historique afin d'expliquer les processus de désaffection et de reconversion des moulins ruraux et le développement de la meunerie industrielle.

Les moulins à la conquête de l'espace : c'est à la fin du XIème siècle que l'on observe les premières mentions de moulins à énergie naturelle en Bordelais. Huit siècles plus tard, on comptabilise près de 2 000 moulins à eau, à vent et à nef. Ce chiffre illustre le formidable équipement industriel mis en œuvre pour assurer le pain quotidien des populations. Pourtant, au-delà des statistiques, leur destin révèle les enjeux économiques, politiques et énergétiques qui font de ces établissements, des objets de convoitises : toujours indispensables mais souvent pillés, détruits ou abandonnés, ils sont inlassablement reconstruits jusqu'à ce que la Révolution industrielle et la vapeur viennent les condamner à la reconversion, ou au pire, à la ruine. La topographie et le réseau hydrographique ont déterminé la carte d'implantation des moulins en Bordelais : les couloirs éoliens d'origine maritime ou fluviale et les rivières, qui plus est à forte pente, ont attiré les moulins. Le fonctionnement des moulins à eau génère en outre de très nombreux conflits entre les usagers des rivières. Aux accords à l'amiable entre seigneurs propriétaires de moulins a succédé, à partir de la Révolution, une réglementation publique, technique et juridique, destinée à empêcher les pratiques abusives des meuniers. À partir de la fin du XVIème siècle, les cours d'eau commencent à être saturés de moulins. L'impossibilité, faute de place sur les rivières, de construire de nouveaux établissements amène les populations à chercher d'autres solutions.

L'exploitation technique et commerciale des moulins : au-delà du nombre d'installations, la meunerie présente une grande diversité de situations techniques : la nature de la source d'énergie, le type de moulin, le débit hydraulique à disposition, le nombre et le rendement des roues motrices, le nombre de meules, la déclivité, la hauteur de chute, autant de facteurs qui déterminent la productivité et l'attractivité économique des moulins.

La conversion de l'énergie hydraulique ou éolienne en énergie mécanique suppose une maîtrise de l'outil de production et des subtilités techniques liées à la production d'une farine de qualité. Bien que tôt formé par son père, le meunier s'appuie aussi sur un complexe technique spécifique composé d'artisans locaux et régionaux capables d'assurer l'entretien et les réparations régulières des moulins. Mais bien plus qu'un simple transformateur, le meunier se fait aussi marchand de blé, sans cesse à la recherche de débouchés commerciaux lui permettant de vendre son blé au meilleur prix. À partir de la fin du XVIIème siècle, sous le double effet de l'exode rural et de l'essor commercial du port international de Bordeaux, le métier amorce une première mutation : la répartition spatiale des forces motrices n'est plus en adéquation avec celle des populations. L'industrialisation de certaines « rivières à moulins » fait de la meunerie, une activité à deux vitesses. C'est dans ce contexte de rupture que l'Intendance de Guyenne tente, avec plus ou moins de détermination, de garantir le pain quotidien des Bordelais et des populations rurales.

Le choc de la Révolution industrielle : la meunerie girondine se heurte longtemps aux contraintes environnementales et techniques des rivières jusqu'à l'introduction, à partir de 1832, de la vapeur dans les minoteries et à l'adoption de turbines hydrauliques, puissantes et économes en eau. Les moulins peuvent commencer à s'émanciper de la saisonnalité de la rivière.

La conquête de l'énergie des rivières oblige l'État à fixer l'usage des eaux, domaniales ou non, en élaborant une abondante réglementation technique et juridique. Le destin des moulins est dorénavant scellé : périr ou se reconvertir. Si certains moulins essaient de maintenir leurs activités historiques, la proximité du port international de Bordeaux amène nombre de petits moulins à eau, à partir de l'extrême fin du XVIIIème siècle, à diversifier leur production, en aval des filières d'importation.

L'énergie hydraulique est alors affectée à des usages jusque-là peu ou pas connus en Bordelais. Puis au cours de la Première Guerre mondiale, l'État met en place une réglementation de la filière blé-pain. Des petits moulins ruraux sont remis en service pour participer à l'effort de guerre. En 1936, enfin, le gouvernement Blum créé l'Office national interprofessionnel des blés, monopole public géré par un comité interprofessionnel des producteurs et des transformateurs dont la mission est de contrôler l'achat, l'importation du blé et la vente aux transformateurs.

Avec l'instauration du contingentement en 1938, les prix remontent, la céréaliculture française est sauvée et le pain assuré mais les mesures gouvernementales ne font que retarder l'effondrement inéluctable de la meunerie girondine. Bien qu'ayant permis d'assurer la production de farines indépendamment des variations saisonnières et des aléas climatiques, la grande minoterie a condamné, un à un, tous les moulins historiques girondins. Dès lors, faute d'entretien, les ouvrages hydrauliques cessent d'être fonctionnels. Il n'en demeure pas moins qu'ils conservent un potentiel énergétique contraint par les enjeux environnementaux et réglementaires. La préservation du patrimoine meunier exige donc de répondre au défi de l'équilibre entre la naturalité et l'artificialité des rivières.

Textes de l’exposition « Le cœur des moulins », Archives départementales de la Gironde, 2015.

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