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Crime à Cantinolle.

C’était en 1732, bien avant la construction de la route de Tourny entre le Vigean et Jallepont. La propriété attachée au bourdieu de Cavaille (elle appartenait alors à M. Cantinolle) s’étendait de la Jalle jusqu’au grand chemin de Soulac. Ce grand chemin étant mal entretenu, le trafic se reportait sur le Vigean par le chemin de Picot, celui de Cap de Haut ou par l’église d’Eysines. Mais les usagers, en particulier les bouviers qui effectuaient des transports vers Bordeaux, avaient pris l’habitude, pour gagner du temps, de couper au plus court à travers les biens du Sieur Cantinolle.

Le samedi 19 juillet 1732, vers une heure du matin, un convoi de treize bouviers, qui avaient chargé du vin chez le Président de la Vie au Taillan pour le transporter à Bordeaux, traverse Cavaille. Mais la propriété n’est pas endormie ; là aussi on charge du vin pour Bordeaux. Le fils Cantinolle est présent et veut arrêter le convoi. Personne ne répond et les bouviers poursuivent leur chemin. Cantinolle prend un fusil à bayonnette et les rattrape alors qu’ils sont encore sur ses terres. A Cernin Fourçan il intime « arrête ou je te tue » ; Fourçan répond qu’il passe là pour éviter le mauvais chemin. Cantinolle va vers Jean Barre, le dernier bouvier, lui crie « arrête !», et l’on entend Barre crier « ah mon Dieu ! je suis mort ! à l’aide ! au secours ! ». Le convoi ne s’arrête que lorsqu’il est sorti des possessions de Cantinolle. Jean Barre est transporté au bourg, chez Marceron le chirurgien d’Eysines qui lui fait un pansement, fait venir le curé pour le confesser et décide de l’envoyer à l’hôpital de Bordeaux. Mais il souffre trop pour être transporté et est couché chez Bernard Ferrand près de l’église. A leur retour de Bordeaux, les bouviers prennent Barre et le transportent chez lui au Taillan où il meurt le 21 au matin.

La justice commence son œuvre. Divers témoignages sont reçus. Selon Jean Meu qui chargeait du vin chez Cantinolle, ce dernier a voulu arrêter le convoi, est allé chercher son fusil, est parti à la poursuite des charrettes, est revenu la culasse de son fusil rompue en disant qu’il avait failli être écrasé entre deux charrettes et a demandé : « que l’on m’apprête mon cheval, je crois que je viens de tuer un homme » avant de partir à Bordeaux. Jean Cantinolle a manifestement préparé sa défense ; il nie avoir voulu arrêter le convoi et avoir demandé son fusil, se plaint d’avoir eu le bout du pied écrasé par la roue d’une charrette, prétend avoir ordonné à ses bouviers d’aller au secours de Barre.
La juridiction rend ses conclusions définitives le 12 février 1739. Elle demande « que Cantinolle soit  condamné à être livré ès mains de l’exécuteur de la haute justice la hart au col, pour être mené et conduit dans un tombereau dans le bourg d’Eysines et place la plus apparente d’iceluy pour y être pendu et étranglé jusqu’à ce que mort naturelle s’ensuive à une potence». Il est peu probable que la décision finale ait été la mort, déjà dans l’instruction de la prévôté d’Eysines certains témoignages à charge avaient été, sinon retournés, du moins atténués. (Rédigé d’après les registres de la Prévôté d’Eysines.)

Michel Baron.

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