Accueil
Le Canton
Blanquefort
Eysines
Parempuyre
Le Pian-Médoc
Ludon-Médoc
Macau
Saint-Médard-en-Jalles
Le Haillan
Le Taillan-Médoc
Saint-Aubin-de-Médoc
Bruges
-------------------------------
-------------------------------
Mode d'emploi
-------------------------------

Lettre d'information




Joomla : Porte du Médoc

Rechercher sur le site

Préambule.

L’histoire d’Eysines est marquée par le développement de la viticulture sur son territoire des Graves de Bordeaux, aux portes du Médoc. Cette activité, aujourd’hui oubliée, est restée vivace jusqu’au début - et même au milieu - du XX° siècle où quelques châteaux jouissaient encore d’une très bonne réputation ("Statistiques de la Gironde" Feret 1889).

On trouve, dans les registres paroissiaux de la première moitié du XVIII° siècle à Eysines, la trace de plusieurs verriers ou autres travailleurs attachés à l’activité verrière. Il était intéressant d’établir la présence de cette industrie intimement liée au vin sur le territoire d’Eysines.

Bordeaux au début du XVIIIème siècle.

A la mort de Louis XIV en 1715, Bordeaux est une ville puissante. Les soulèvements de la Fronde ont été mâtés après les derniers soubresauts qui ont entraîné la ruine de l’agriculture et des maisons sur le passage des troupes et notamment au Vigean.

Le port de Bordeaux partage son activité entre la traite négrière, le commerce avec les îles d’Amérique et celui du vin. Les bourgeois de la ville en tirent de grands profits qu’ils investissent dans les propriétés viticoles et les résidences dans la banlieue.

Le vin : Le 10 janvier 1718, le Conseil du commerce désire être informé sur l’état de l’industrie du verre à bouteilles dans le Royaume de France. Une enquête est lancée en Guyenne par l’Intendant Boucher. Dans sa réponse du 7 juillet, il précise qu’il existe bien quelques verreries en pays bordelais mais

  • que leur production est faible et de qualité médiocre : « les ouvrages qui s’y font sont très vilains et très mauvais… et les ouvrages de verre qui viennent de Normandie coûtent moins ».

  • qu’elles ont ruiné les forêts en y prélevant le bois nécessaire à leur activité.

Il n’existe donc pas, dans notre région, de verrerie capable de satisfaire les besoins croissants du négoce bordelais.

Qui est Pierre Mitchell ?

Irlandais, Pierre Mitchell est né à Swords près de Dublin. Capitaine d’un régiment irlandais, il prend parti pour le roi Jacques II Stuart qui, catholique, veut restaurer sa religion comme religion d’état à la place de l’église anglicane. Guillaume III d’Orange chasse Jacques II (qui, en 1682, se réfugie en France où il est accueilli à la cour) et remplace l’absolutisme par la monarchie constitutionnelle.

Les partisans de Jacques II qui le suivent en France prennent le nom de « Jacobites ». Les noms de plusieurs d’entre eux sont connus dans les milieux viticoles de Bordeaux : Clarck, Dillon, Mitchell….

Pierre Mitchell, fils du précédent, époux de Jane O’Hicky, vient à Bordeaux où il obtient du roi, en 1723, des lettres patentes pour construire « un fourneau pour fabriquer des bouteilles ». Il est ainsi, au moment où débute timidement la commercialisation du vin en bouteilles, le créateur de la verrerie « moderne » à Bordeaux.

Son fils François-Patrice, né vers 1740, épouse en Irlande Elyse-Peggy Lynch et serait, selon des sources contestables, à l’origine de l’implantation à Bordeaux de cette grande famille de négociants et de viticulteurs.

Pierre Mitchell verrier.

En septembre 1723, Pierre Mitchell, prétendant qu’il connaît « un secret pour la fabrique d’un verre propre pour les bouteilles, d’une telle force et épaisseur qu’elles résistent aux impressions de l’air en sorte qu’elles contiennent les liqueurs les plus fortes et les contiennent sans risque », demande que lui soit accordé un privilège de verrier. Le 7 septembre, l’intendant Boucher transmet cette requête au Conseil d’Etat avec un avis très favorable car « cet établissement ne peut qu’être très utile pour le public ». Il insiste dans son avis sur le fait que Mitchell s’engage « à ne consommer aucun bois ni charbon du Royaume et de n’employer que du charbon d’Angleterre ». Les lettres patentes du Roi en date du 16 septembre 1723 sont enregistrées à Bordeaux le 26 janvier 1724.

lettres

Pierre Mitchell fait construire un fourneau « dans la maison du sieur Lavaud à la Palu des Chartrons. Mais le peu de convenance du terrain et le prix excessif des loyers de cette maison l’engagèrent à la quitter ». ( Selon « La vie quotidienne à Bordeaux au XVIIIème siècle ». de MM. Butel et Poussou, Lavaud est propriétaire de La Salle dans les palus des Chartrons.)


Son installation à Eysines.

Depuis 1720, Mitchell avait commencé son implantation à Eysines par l’acquisition de deux bourdieux. Le plus important est celui de « Bessanes » dans la rue Raoul Déjean actuelle ; des pièces de vigne, de terre labourable, de bernèdes et de lande en dépendent.

Ce patrimoine foncier continuera à s’accroître par l’achat de « Trianon » le 11 mars 1734 (bourdieu mitoyen de « Bessanes ») et « Huguerie » en 1752 (autre bourdieu à Lescombes, séparé des précédents).

Sa famille dispose d’un banc dans l’église d’Eysines à laquelle il a offert la « maîtresse porte ».

Mitchell fait construire « des fourneaux dans la paroisse d’Ezines ». Deux questions se posent : quand ? et où ? Il est difficile d’y répondre.

  • Il est fait allusion à la verrerie Mitchell (toujours notée Michel à Eysines) dans les registres paroissiaux entre le 12 septembre 1733 et le 10 mars1738.

    • Aucun texte n’a permis de situer l’implantation de cet établissement, aucune trace n’a pu être retrouvée sur le terrain. Une piste qui semblait sérieuse est donnée par le Ferret (biographies) de 1898 : « …une verrerie qu’il établit à Eysines, près du village de Lescombes, dans la propriété possédée   actuellement par M. Dumas, à proximité de vastes forêts favorables au chauffage nécessaire à son industrie». Vérification faite, il apparaît qu’en 1898 aucun Dumas n’est propriétaire à Lescombes mais que Bertrand Dumas a été propriétaire, de 1861 à 1896, de « Rosario » entre l’avenue du Taillan et la rue Michel. Au début du XVIIIème siècle, ce bien dépendait de la Maison noble de la Plane  à laquelle il était toujours attaché en 1811.

    • Il reste aussi, comme localisation possible le bourdieu de Bessanes (celui de Trianon ayant été acquis trop tardivement). Son emprise au sol est suffisante pour accueillir un four. Mais Bessanes a été démolie, les propriétaires actuels n’ont retrouvé aucun tesson ou débris intéressant.

La « terre grasse » pour la confection des moules et le sable pour la fabrication du verre sont tirés du grand plantier de vigne aujourd’hui « le Puch ».

mitchell

La verrerie part à Bordeaux.

« Mais ayant reconnu les inconvénients qu’occasionnaient les transports des matériaux et des bouteilles, ils l’obligèrent d’acheter un terrain situé au lieu des Pradets joignant la manufacture de fayance ».

Le 6 avril 1738, Mitchell obtient du roi un privilège pour établir à Bordeaux une verrerie royale. Le 19 septembre 1738, il acquiert par échange le terrain sur lequel il va construire sa nouvelle verrerie (M° Bolle notaire).

Après son décès, sa famille conservera longtemps ses biens à Eysines ; sur ces biens on continue à extraire l’argile et le sable pour alimenter les fours de Bordeaux jusqu’en 1779.

Ce n’est qu’après 1738 que la verrerie a donc pu s’établir dans la rue de la Verrerie. Mais le « Plan de Lattré de 1733 » représente la verrerie au milieu des vignes, en bordure de la Rue de la Verrerie actuelle. En 1733, la verrerie serait donc déjà installée aux Chartrons et non à Eysines ? Il faut savoir que le vrai titre de ce plan est « Plan de la Ville de Bordeaux telle qu’elle était en 1733 et dans lequel on a observé ses différents accroissements » et qu’il a été gravé en 1759, date portée dans le cartouche. Il ne constitue donc pas, comme celui de 1755, un état des lieux fiable, établi par un témoin direct.

Le souvenir de Pierre Mitchell et de ses verreries est perpétué à Bordeaux par la rue Mitchell et la rue de la Verrerie.

Mais les explications données dans les différents guides des rues de Bordeaux passent souvent sous silence la verrerie d'Eysines".
A Eysines, l'ancien "chemin Michel" devenu rue Michel a été débaptisé sur sa plus grande partie pour devenir la rue Raoul Dejean.

Mais qui, à Eysines, connait l'origine de la rue Michel ?


 

 

Les Hommes de la verrerie.

Les données relatives aux employés de la verrerie Mitchell proviennent principalement:

  • des registres paroissiaux d’Eysines.

  • des archives de la Prévôté d’Eysines.

  • de minutes notariales.

Ces informations sont regroupées ci-après. Elles mettent en évidence la présence d’ « étrangers » pour l’exécution des tâches spécialisées et la continuation des liens entre Eysines et la verrerie alors que cette dernière avait rejoint Bordeaux. Certains Eysinais sont alors devenus souffleurs de verre.

 

- Les employés de la verrerie d’Eysines.

Souffleurs de verre.

Jean Campaigne : Le 10 janvier 1734 à Eysines, est baptisé « Nicolas Campaigne, fils n. et leg. De Jean Campaigne verrier chez Mr. Michel et de Jeanne Elisabeth Pastoureau ». Son parrain est Nicolas Galernau marchand et sa marraine Toissesse ( ?) Rozier femme de Guillaume Arborier. L’acte de baptême est signé par le père et par Francois Joseph de Wanzoul. Jean Campaigne décède à Eysines le 13 novembre de la même année à l’âge de 33 ans ; il est alors porté souffleur de bouteilles chez Mr. Michel.

Signalons le mariage du Sr. Léopold Ferdinand Dewansoul, gentilhomme verrier natif de Liège près de Tours (Le Liège, arrondissement de Loches ?), le 29 juin 1750 à Bordeaux Sainte Eulalie. Ce Léopold était directeur de la verrerie royale installée à La Magine, à la sortie sud de Bazas. Il mourut à Bazas en 1772.

Mr. Ozouil : il est souffleur de bouteilles chez Mr. Michel et est cité sur l’acte de décès de son fils le 10 décembre 1736.

Guillaume Scolis : Irlandais. Il est souffleur de bouteilles chez Mr. Michel. Il décède le 10 mars 1738 à Eysines âgé de 30 ans.

Fondeur :

André Royé : il est fondeur dans la verrerie de Mr. Michel dans cette paroisse (Eysines). Il décède le 22 avril 1736 à l’âge d’environ 40 ans ; il est marié « proche Paris ».

Tizeur :

Pierre Joly : tizeur de la verrerie, du diocèse de Périgueux, il est parrain à un baptême le 30 août 1737.

Fonctions diverses ou non définies.

Antoine Guigon : cité le 12 septembre 1733 dans les registres paroissiaux d’Eysines.

Henry Toussains : il est originaire de Sainte Véronique au pays de Liège (Belgique ou Indre et Loire ?). En mai 1734 sa femme et trois de ses quatre enfants meurent empoisonnés par des potirons.

Lui-même, travaillant à la verrerie de Mr. Michel décède le 18 octobre 1738 .

Nicolas Chopin : travaille à faire des bouteilles à la verrerie du Sr. Michel à Eysines. Il dépose le 4 janvier 1736 une plainte auprès de la Prévôté d’Eysines : « La femme de Seguin, tonnelier à Eysines a répandu le bruit qu’ils sont voleurs et fripons et qu’ils envoient à Bordeaux des bouteilles dont ils détournent le profit ».

Jacques Legeay : garçon verrier dans la verrerie du Sr. Michel située dans la paroisse d’Eysines. Il est cité dans l’information relative à la plainte de Nicolas Chopin. Henry Toussains l’est également.

Héliès Bourdon : décédé le 16 janvier 1739 à 72 ans, ancien bouvier de Mr. Michel.

Louis Tigney : époux d’Anne Sarrazin, de la verrerie, cité le 6 juillet 1737 dans les registres paroissiaux d’Eysines.

Thomas Tallon : né à Dublin, depuis peu à Bordeaux, il s’engage à servir Pierre Mitchell comme commis pour tenir ses livres. (Acte du 2 mars 1723 chez M° Thomas, 3.E.1223).

- Eysines et la verrerie de Bordeaux.

Des Eysinais ont suivi la verrerie Mitchell à Bordeaux.

Raymond Bartalot : il est fondeur à la verrerie royale de M. Mitchell. (acte du 30 juillet 1766, côte 3.E.17582. aux Archives départementales).

Pierre Curat : Il est porté verrier dans un acte de donation (acte du 15 septembre 1770, côte 3.E.28255. aux Archives départementales).

Pierre Guiraut dit « Superbe » : Il semble originaire d’Eysines. Le 29/11/1788 il passe chez. M° Despiet. (3.E.24894 F° 363.) un acte dans lequel il est « ci-devant fondeur à la verrerie royale de M. Clamageran sur le port près de l’Estey Majou demeurant sur son bien de campagne à Eysines ».

Jean Raymond : Décédé à Eysines le 19 avril 1765 âgé de 24 ans ; il est verrier.

Pierre François Grenier : Garçon verrier chez Mme. Mitchell, il est originaire de la paroisse de Charrou, diocèse de Poitiers et décède à Eysines le 17 février 1754, âgé de 30 ans.

Hinelibert Robert : Verrier, témoin au mariage de Jacques Carme le 21 janvier 1749 à Eysines.

Inglebert Gérard : Verrier chez la veuve Mitchell, il est parrain d’Inglebert Caudéran, le 4 août 1751.

Louis Momorillon : De la verrerie royale des Chartrons, il épouse Marguerite Saux d’Eysines (acte du 1er août 1780, côte 3.E.28265 aux Archives départementales).

Texte de Michel Baron.

 

joomla template