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Les registres de catholicité aux 17 et 18ème siècles.

Les premiers registres d'Etat-Civil (ou B.M.S : Baptêmes, Mariages, Sépultures) consultables remontent à 1606.

Rédigés par les curés jusqu'à la Révolution, ils étaient très abîmés quand on les relia au 19ème siècle. Ils sont incomplets car plusieurs années n'ont pas été retrouvées, alors que certains actes figurent en double exemplaire. On constate aussi de nombreuses erreurs de classement qui bouleversent la chronologie. Leur exploitation s'avère parfois ardue, et nous réserve peut-être encore quelques surprises.

Ces lacunes mises à part, les B.M.S. sont une source de renseignements très précieux. Au fil des actes, on assiste à la vie d'individus nommément désignés, participant à leurs joies, à leurs souffrances, à leurs deuils. En lisant entre les lignes, en comparant les dates, on peut même en tirer des conclusions sur leur vie privée. Ce ne sont plus des abstractions, mais des hommes et des femmes comme nous.

Que penser d'un habitant de Loustauviel qui voit mourir son épouse, encore bien jeune, se remarie aussitôt après avec une voisine toute jeunette déjà enceinte d'un enfant auquel il donnera son nom ? Et s'il avait été taquiné par le démon de midi ?...  et si l'on avait aidé sa première épouse devenue gênante à partir pour un monde meilleur ?... Les contemporains ont certainement envisagé toutes ces hypothèses, car il fallait bien agrémenter la chronique locale. Et avec quoi l'alimenter, sinon avec des cancans plus ou moins bien fondés ? On peut voir quels étaient les plus misérables, mais aussi les moins pauvres. On peut y reconnaître l'aristocratie des travailleurs, ceux qui étaient employés par les châtelains : domestiques et valets, palefreniers, gardes et piqueurs. Ceux-là ainsi que les plus gros propriétaires demandaient le parrainage des familles seigneuriales, parfois, ils savaient signer leur nom. On connaît, grâce aux actes, ceux qui avaient droit de sépulture dans l'église, les charitables chez qui venaient mourir les mendiants épuisés.

On peut suivre au cours des années ceux qui accumulaient les maladies et les malchances. En découvrant leurs nouveaux malheurs, on se prend à penser « Encore... les pauvres ! ». Les cus mettaient parfois beaucoup de fantaisie dans la rédaction des B.M.S., dans l'orthographe et dans l'écriture, car les règles ne semblaient pas très strictes à l'époque. Les premiers textes rappellent le graphisme gothique du Moyen-âge, celui qu'on retrouvait dans l'écriture allemande d'avant-guerre. On y trouve des formules latines, telles que : « Obiit in Domino die 21 ejusdem mensis » (Il mourut dans le Seigneur le 21 de ce même mois).

Les noms d'une même famille étaient écrits de façon différente, au gré du rédacteur, tels qu'il les avait compris, car il n'était pas question de demander au déclarant: « Comment ça s'écrit ? » Alors, il fallait se contenter de ce qui tombait de sa bouche édentée habituée à parler gascon.

C'est ainsi qu'on peut lire : Icquen, Yquem, Ichen, Hiquem et Eyquem, alors que d'autres s'appelaient Gorrfe, Gorfre et Goffre, que les Baquey étaient enregistrés sous les noms de : Vaquier, Vacquey et Bacquey. Les Xaintou ou Xainctou sont devenus les Saintout et Sentout.

Beaucoup portaient les mêmes noms et prénoms. On a vu des jumeaux Seguin s'appeler Jean tous les deux, comme leur père et leur grand-père. Pour distinguer ces homonymes, les contemporains leur donnaient des surnoms ou « châfres » qui, souvent, devenaient héréditaires. Il y a peu de temps encore, chez les Baquey, on connaissait les « Clanquette » et les « Parette »; des Escarret portaient le surnom de « Ganga » et Marcel Eyquem était plutôt connu sous le nom de « Migaille ». Dès avant 1700, les curés inscrivaient les surnoms sur les Actes : Arrouche dit Lacrouste ou Croustet ; trois Belanguey se distinguaient en Jeanton, Jeantonnet et Bourrut ; Constantin s'appelait Le Mignon, Demanes-Migailhon ; Chauchy Le Renard, Jean-Poil de Vache, tandis que Doursi était appelé Régalin et sa femme la Régaline. Pour d'autres, il semble bien qu'on ait oublié le vrai nom pour n'inscrire que le châfre : Bienboire dont le nom est tout un programme ou Biguey (le coq). Un jour, dans un accès de jovialité, le père Bon appela son fils Jean. Quelques générations plus tard, leurs descendants s'appelaient Jambon.

Certains actes ne sont pas terminés et parfois les noms et prénoms ont été omis. Lorsque les parents n'avaient pas voulu reconnaître un enfant naturel, on laissait le nom en blanc. Ses descendants portaient naturellement le nom de Blanc.

Mon persécuteur le plus opiniâtre à titre posthume est, sans nul doute, Messire Daurat, curé de Saint-Aubin de 1668 à 1673. Au premier regard, ses actes ressemblent à des textes arabes écrits d'une plume émoussée, agrémentés de larges taches d'encre. Avec une loupe, beaucoup de patience et un peu de chance, on arrive à déchiffrer quelques mots. En dessinant séparément chaque signe, en notant leur correspondance avec les lettres de notre alphabet, on parvient à décrypter des mots, et, comme il employait souvent les mêmes formules, ses écrits deviennent exploitables. Ce n'est pas tout à fait du Champollion, mais presque.

Messire Cassaigne, au début de son ministère, notait ses interventions d'une façon très rudimentaire, à désespérer les généalogistes.

Voyez plutôt les actes figurant sur la même page d'un registre paroissial :

1) Le 7 novembre 1674 a esté ensevelie la femme de Tonin après avoir receu les sacrements.

2) Le 9 dudit a esté ensevely un enfant de fils de la Guirauchose.

3) Le 12 dudit a esté ensevely le nommé Renard après avoir receu les sacrements (Il avait d'abord écrit "a esté ensevely le renard", mais il a barré et rectifié)

4) Le 19 dudit a esté ensevelye la femme de feu Berdollet après avoir receu les sacrements.

5) Le 30 du dit a esté ensevelye la femme de Lafitte sœur de clémence après avoir receu les sacrements.

6) Le Il iuillet 1676 a esté ensevely un enfant de Gaston estant mort sans pouvoir parler.

7) Le 8 Aoust a esté ensevelye la Manon servante de Melle de Champanihac ayant receu les sacrements.

8) Ledit iour a esté ensevely un enfant de Lindras.

9) Ledit iour un enfant de Remberg.

10) Le 12 a esté ensevely un enfant de German.

11) Le 18 Octobre 1676 a esté ensevelye la sœur d'Huguet après avoir receu les sacrements.

12) Le 22 Octobre 1677 a esté ensevelye Yzabeu Balengue après avoir receu les sacrements, en foy de quoy, Atguie de la Roche, prestre, vic. de Saint-Médard, pour M. le curé.

13) Le 25 Octobre 1677 est décédé Pierre de Jacques agé de 60 ans ou davantage après avoir esté muny des SS sacrements... un peu plus loin, on a enregistré la sépulture de « la vieille de Segonnes »...

L'état-civil fut créé en 1539 mais, dans la paroisse, les actes ne commencèrent à être rédigés qu'en 1600 environ, en deux exemplaires dont l'un était envoyé à Bordeaux. Puis l'administration décida qu'ils seraient écrits sur des papiers visés et paraphés et, bien sûr, payants. Le premier papier timbré en notre possession est visé par « François d'Albessart, conseiller du Roy en ses conseils, président présidial, lieutenant général en Guyenne, conservateur des privilèges royaux, prévôt de l'Ombrière et professeur royal en l'université de Bordeaux - Fait à Bordeaux en notre hôtel, le neufviesme mars 1739 ».

Les curés n'enregistraient que les actes relevant de leur ministère, donc n'intéressant que les seuls catholiques. Les autres, juifs, protestants, n'ont pas été inscrits, mais il y en eut certainement très peu dans notre région.

Le dernier acte rédigé par le curé de Saint-Aubin, le chanoine Barbé date du 26 novembre 1792, alors que le premier acte de l'officier public provisoire Hornon est du 26 décembre 1792.

 

Texte extrait du livre du René-Pierre Sierra, Chronique de Saint-Aubin-de-Médoc, juin 1995, éditeur mairie de Saint-Aubin-de-Médoc, p 61-68.

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