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La Fabrique et son conseil.

La FABRIQUE était, jusqu'à la séparation de l'Eglise et de l'Etat en 1905, un organisme chargé d'administrer les biens de l'église paroissiale. Ses membres étaient appelés des fabriciens, fabriciers, ouvriers (membres de luvre) ou marguilliers. Avant la Révolution, ils étaient au nombre de deux, nommés pour un an mais leur mandat était renouvelable. Après le Concordat, ils furent plus nombreux. Leur nomination était entourée de solennité. Après avoir été annoncée au prône du dimanche précédent, elle avait lieu un dimanche après les vêpres. Sous la présidence du curé « en surplis et étole », nous disent les textes, en présence du procureur d'office et du Seigneur, devant le peuple « assemblé à son de cloche » les fabriciens de l'année écoulée proposaient leurs remplaçants que l'assistance acceptait. Tous les deux ans, on nommait de la même façon, un syndic honoraire, bien souvent le notaire, chargé de superviser les comptes des marguilliers. Les comptes de l'année précédente étaient arrêtés, on donnait quitus aux anciens gestionnaires, ou on les constituait débiteurs.

Pour ces gens qui parfois savaient à peine lire et écrire, devenir marguillier était un honneur car ils avaient droit à certains égards lors des cérémonies, ainsi qu'à un banc spécial à l'église, dit banc-d'œuvre. Mais c'était aussi une charge. Ils devaient gérer les biens de la paroisse et se procurer les recettes permettant les réparations, parfois très onéreuses, de l'église et du cimetière, financer l'achat des chaises et du mobilier de l'église et du presbytère, des ornements, luminaires et chandelles, huile à quinquets, encens, vin de messe et hosties, et même le bonnet carré dont monsieur le curé se coiffait pendant les cérémonies. Si le curé possédait des biens personnels, ou confiés à lui par la paroisse, il pouvait en vendre les fruits au conseil de Fabrique. Celui-ci les revendait aux fidèles, en général le dimanche à la sortie de la messe et les fabriciens comptabilisaient soigneusement la recette.

Les registres comptables de Saint-Médard de 1711 à 1844 montre que le conseil de Fabrique de Saint-Aubin fonctionnait de la même façon puisque, bien souvent, les curés étaient les mêmes. Jusqu'à la Révolution, l'église possédait plusieurs vignes et quelques prés, un troupeau de brebis et de chèvres donné à ferme moyennant une redevance annuelle fixée par contrat, ainsi que des « moches à miel » (abeilles) afferes à un « mochier ». Les propriétés foncières qui furent confisquées à la Révolution semblent provenir de legs à la paroisse, car on ne trouve pas de traces d'achats ou de ventes de biens immobiliers. Les autres recettes sont très variables, provenant surtout des dons des fidèles, ou peut-être de la dîme, mais ce terme ne figure jamais sur les livres de comptes. En recettes, on voit souvent la vente de poulets, d'agneaux, de « toisons de lenne » (toisons de laine) d'oreilles et de têtes de « couchoun » (cochon) mais jamais le reste du corps comme si l'usage s'était établi de ne donner à la Fabrique que les têtes, en gardant pour soi les meilleurs morceaux. On vendait de la cire, du miel, de l'ail, des cordes d' « ougnouns » (oignons), et parfois du vin. Lorsqu'on démolissait un bâtiment pour le rénover, on trouvait toujours un acheteur pour les pierres, les ferrailles ou les bois de récupération. Tous les ans, l’herbe du cimetière, vendue à l'amiable ou aux enchères, procurait une recette intéressante.

Les fidèles payaient leur chaise à l'église, avec tarif double pour les grandes fêtes. Pour éviter les comptes d'apothicaires, on les affermait au « sacriste » à l'année. Ils versaient à la Fabrique un montant fixé par contrat et faisaient la quête le dimanche pour en récupérer un bénéfice appréciable. Gageons qu'ils n'oubliaient personne dans les coins sombres ! Les cloches aussi étaient données à ferme, mais nous ne savons pas comment le sonneur rentrait dans ses fonds. C'est probablement le curé qui le payait pour les sonneries religieuses habituelles et les familles pour les fêtes qui les concernaient. Pour la fête des Rogations, où il passait une partie de la journée suspendu à sa corde, il recevait une légère prime qui était inscrite en comptabilité. On trouve aussi en recette le produit de diverses amendes infligées par les autorités civiles, comme ce cabaretier qui dut payer cinq livres pour avoir servi à boire pendant la messe.

Les dépenses sont, elles aussi, très vares. On y voit celles qui concernent l'exploitation des vignes, prés ou forêts, les honoraires des enfants de chœur, de « celui qui a porté la clochette à la procession », des notaires pour frais de justice, mais pas ceux du curé qui ne figurent nulle part. La blanchisseuse, Mme Balanguey, dite la Balangueyre, était payée au forfait. Pour les frais de port : pierres, tuiles, sable, chaux, on sait qu'une journée de bœuf, avec sa charrette et son bouvier était facturée quatre livres. En dépenses, on trouve, en outre, les grosses réparations à l'église et au presbytère qui vidaient souvent les caisses d'un seul coup.

Les historiens nous disent que, avant la Révolution, l'Église de France était riche. Peut-être, mais les livres de comptes nous démontrent exactement le contraire. Les déficits étaient fréquents et, bien souvent, ils étaient comblés par les dons du curé ou des fabriciens ; c'est un honneur qui leur revenait parfois bien cher. L'arrêté des comptes de 1748, par exemple, se solde par un « en caisse » de zéro livre, zéro sol, zéro denier et pas un liard. Une balance parfaite, en quelque sorte !

 

Texte extrait : Chronique de Saint-Aubin-de-Médoc, René-Pierre Sierra, juin 1995, éditeur mairie de Saint-Aubin-de-Médoc, p 98-102.

 

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