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Les procession des Rogations.

Parler du Saint-Aubin d'autrefois sans mentionner la procession des Rogations serait une grave lacune. Pour la Saint-Marc, en effet, tous les paysans croyants (la presque totalité des St-Aubinois) tenaient à implorer le Créateur, lui demandant de bénir les récoltes futures, de les préserver des divers fléaux et de les rendre toujours plus abondantes. Depuis toujours, on célébrait les Rogations, qui avaient peut-être succédé, chez nous, aux cérémonies de printemps des gallo-romains qui suppliaient les dieux d'être propices à leurs travaux. Cette coutume, reprise par l'Eglise au 6ème siècle garda toujours un petit air païen…

Partie de l'église, la procession traversait les principaux villages de la paroisse, s'arrêtant chez les propriétaires ou les fermiers qui le demandaient pour se terminer par une cérémonie à la chapelle Saint-Marc à Segonnes. Nous ne savons quand cette coutume s'est établie chez nous, mais j'ai retrouvé dans la comptabilité du Conseil de Fabrique une dépense des 29 sols pour la procession à Segonnes au début du 18ème siècle. Cette chapelle Saint-Marc, construite maintenant en dur, était autrefois en bois et surmontée d'un clocheton carré. On ne peut lui donner une date certaine, mais la tradition orale chez le propriétaire parle du « temps des anglais ». On remonterait donc au 15ème siècle, c'est à dire au temps de Pey Berland, archevêque de Bordeaux, originaire de Saint-Raphaël tout près de là. Aurait-il fait construire une chapelle là où, tout enfant, il gardait ses troupeaux ? De bon matin, le curé, en surplis, étole et chape dorée, coiffé de son bonnet carré (la barrette) organisait le cortège, flanqué de ses enfants de chœur en soutane rouge et surplis, accompagné du chantre, des chanteuses et du sacriste (sacristain) agitant la clochette. Un notable portant la croix ouvrait la marche. Juste derrière la croix, mais parfois en fin de cortège, venait la foule des fidèles, les vrais, ceux qui étaient là pour prier, mais aussi quelques autres qui saisissaient l'occasion de faire ripaille à bon compte.

Le curé chantait en latin, les litanies, longue liste d'invocations et de supplications, auxquelles la foule répondait : « Te rogamus audi nos » (Nous t'en prions, écoute-nous), ou « Te rogamus exaudi nos » (Nous t'en prions, exauce-nous). Ces « Rogamus » répétés donnèrent le nom à la fête « les Rogations ». Après un « Orémus » toujours en latin le curé tentait de faire prier les assistants avec le chapelet, disant la première moitié des « Pater » ou des « Ave », espérant entendre les fidèles continuer la deuxième partie, mais leurs réponses se perdaient dans l'air champêtre du printemps Saint-Aubinois.

Les familles avaient dressé, devant la maison ou sous le hangar, des autels richement fleuris où brûlaient des cierges tout neufs et ceux qu'on n'avait pas fini d'utiliser pour la première Communion du petit ou le décès de la grand-mère. Le curé y disait quelques prières, recouvrait les gens, leur cheptel et leurs champs d'une large bénédiction circulaire, et l'on s'accordait une pause bien gagnée. Les gobelets attendaient les assoiffés, on grignotait un petit quelque chose avant de repartir les poches bien garnies vers le prochain reposoir. Pour remercier les participants de cette cérémonie particulière à domicile, les propriétaires, en effet, leur faisaient un petit cadeau : poulet, oreille de cochon, toison de laine ou quelques pintes de vin pour le célébrant et quelques œufs pour les enfants de chœur qui les échangeraient avec leur mère contre quelques liards sonnants et trébuchants. Une charrette qui suivait recueillait les dons et parfois les assistants terrassés par l'émotion.

Le cortège se modifiait à chaque arrêt car, selon la coutume, les voisins du dernier reposoir accompagnaient la procession jusqu'au prochain. C'était une bonne occasion de goûter les vinsde la dernière récolte... ou même de l'avant-dernière. Bien ordonnée au départ, la procession, au long des chemins, perdait sa rigueur en s'effilochant. Les enfants folâtraient, les jeunes gens aussi parfois, à l'abri d'une haie d'aubépine, tandis que le curé, transpirant sous ses ornements, confiait sa lourde chape au bedeau et repoussait sa barrette sur l'occiput. Les enfants de chœur s'éventaient avec leur calotte.

 La procession se terminait à la chapelle Saint-Marc par de solides agapes avec volailles rôties, mouton en broche et cochonnailles. Après quoi, le cortège complètement désorganisé, rentrait au logis, chacun pour soi, vaille que vaille et à la grâce de Dieu.

 Texte extrait : Chronique de Saint-Aubin-de-Médoc, René-Pierre Sierra, juin 1995, éditeur mairie de Saint-Aubin-de-Médoc, p 158-161.

Pour connaitre l'origine des rogations, cliquez ICI.

 

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