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Les naissances et les baptêmes.

Les registres de catholicité : ils constituent, de 1600 à la Révolution, notre principale source de documentation et, comme les moyens de communication rudimentaires ne permettaient pas de vastes mouvements de populations, les familles restaient sur place et s'unissaient entre elles. On peut donc les voir évoluer pendant plusieurs générations et même suivre ceux qui, marqués par la misère donnaient le jour à de futurs miséreux, dont les descendants furent, ou sont encore, au bas de l'échelle sociale.

On naissait beaucoup à Saint-Aubin, mais une grande partie des enfants mourait aussitôt, comme on le verra dans les pages suivantes. Le phénomène paraissait tellement banal, tellement fatal, tellement peu important aux yeux des tiers que, jusqu'en 1670, on n'inscrivait pas la sépulture des tout petits enfants sur le registre. Mais on était tellement conscient du danger que le premier réflexe du nouveau papa était de bondir à l'église le jour même de la naissance, ou le lendemain à la pointe du jour et Monsieur le curé était prêt à baptiser à toute heure. S'il était absent, on s'adressait au curé de la paroisse voisine. Les parrains et marraines étaient avertis si possible à l'avance et, s'ils habitaient loin, ils étaient sur place avant la naissance. Les témoins étaient en général des voisins rameutés à la hâte, voire le bedeau ou ceux qui habitaient à proximité de l'église, car un témoignage est un service qui ne se refuse pas. En cas de danger, la sage-femme pouvait ondoyer le nouveau-né, c'est à dire pratiquer l'essentiel du baptême. Il ne restait plus au curé, dans l'heure qui suivait, qu'à compléter le rituel de la cérémonie.

Les témoins étaient toujours des hommes. Mais, le 13 novembre 1683, au baptême de Françoise Lalande, il n'y avait pas d'autre homme que le parrain. Le curé Cassaigne a noté, après le nom des témoins « femmes à défaut d'hommes », ce qu'on pourrait traduire par : « il n'y a pas d'homme... tant pis, on prend des femmes... » Sauf en cas de complications graves, on ne faisait pas appel au chirurgien de Saint-Médard. En général, l'accouchement était confié à la sage-femme ou, à défaut, à la matrone la plus proche. Mais les fonctions de sage-femme officielle n'étaient pas confiées à n'importe qui. On exigeait d'elle une certaine compétence. Outre les naissances, on pouvait aussi l'appeler pour les soins vétérinaires, si elle en avait le talent. C'est elle qui s'occupait de la dernière toilette des morts.

On déchiffre péniblement sur le registre : « Le 31 (?) d'avril 1754 Louise Briandeau femme de Pierre Ducasse a prêté le serment de femme sage puis a promis sur les Saintes Escritures ce qui est porté par le formulaire dudit serment après avoir été choisie et troue la plus capable par les autres femmes convoquées dans lglise exprès pour ça. En foy de quoy j'ay signé Laroche Curé ». Les Saint-Aubinoises de l'époque auraient-elles inventé, bien avant la Révolution, le suffrage des femmes, ou le C.A.P. ? Pour être élue sage-femme, Louise semble avoir été particulièrement qualifiée. À quarante-huit ans, au seuil de la vieillesse, c'était une femme pleine d'expériences. Mariée d'abord à Arnaud Peyrou, tailleur d'habits à Loustauvieilh, à la mort de son premier mari, elle épousa Pierre Ducasse. Des neuf enfants qu'elle eut de ses deux maris, elle n'en perdit que deux, l'un bébé, l'autre à douze ans, ce qui était nettement au dessous de la moyenne de l'époque. Elle devait avoir quelques notions d'hygiène et connaître les préparations qui sauvent, comme par exemple, le verre de vin avec une gousse d'ail écrasée qu'on donnait aux enfants contre les convulsions et pour tuer les vers. Après une vie bien remplie, elle s'éteignit en 1761, à l'âge de cinquante cinq ans.

Devenir parrain ou marraine était une marque d'amitié, certes, mais aussi une charge éventuelle, car ils s'engageaient à prendre soin de l'enfant en cas de disparition ou d'incapacité des parents. Il est vrai qu'en ces temps de misère, nos ancêtres avaient le cœur beaucoup plus large que leurs descendants d'aujourd'hui. Ils avaient le sens de l'entraide familiale. Le partage n'était pas un vain mot et l'on ne se débarrassait pas de ses vieux à l'hospice. On leur demandait seulement dtre utile à la collectivité, selon leurs forces jusqu'au dernier soupir.

Pour être parrain ou marraine, il fallait être chrétien. C'est pourquoi on vit un curefuser un parrain pour « n'avoir pas su prier Dieu » et le noter sur le registre pour ldification des générations futures. Accepter un parrainage était aussi une joie, celle de donner son prénom au nouveau-né car les garçons s'appelleraient comme leur parrain et les filles comme leur marraine.

On relève plusieurs naissances illégitimes, alors que la contraception était déjà connue, bien que très dangereuse et interdite par la loi et par l'Eglise. Nous pouvons saluer cette mère au sang un peu chaud, peut-être, mais qui eut le courage de déclarer plusieurs enfants naturels, et surtout de les élever, malgré la réprobation qui poursuivait les « filles-mères ». Elle a encore aujourd'hui des descendants qui portent son nom et qui pourront rendre hommage à son choixd'assumer la vie si, au cours de leurs recherches généalogiques, ils découvrent leur aïeule. Des errants, mendiants ou marginaux demandaient le baptême pour leurs enfants. On leur trouvait parrains, marraines, et témoins, mais on les enregistrait comme « gens sans aveu ».

Texte extrait : Chronique de Saint-Aubin-de-Médoc, René-Pierre Sierra, juin 1995, éditeur mairie de Saint-Aubin-de-Médoc, p 103-107.

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