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La matelassière.

Si l'on demandait à un enfant en 1998 ce qu'évoque pour lui le terme de « matelassière », il est certain qu'il ferait facilement le rapprochement avec le « matelas » mais resterait muet quant à tout ce que ce terme peut contenir d'autre. Un dictionnaire lui apprendrait qu'il s'agit là d'une profession, mais ce sont ses parents et plus encore ses grands-parents qui l'instruiraient de façon plus complète sur ce vieux métier, presque totalement inexercé de nos jours, bien que très présent dans nos villes et nos campagnes il y a seulement 50 ans.

En ce demi-siècle, avec l'avènement du progrès, la vie ouvrière verra ses habitudes séculaires bien bouleversées. Les façons de travailler comme les façons de vivre seront radicalement modifiées. L'homme, maître de son outil rudimentaire, dût accepter de n'être que le serviteur de la machine à laquelle il devra se soumettre. Artisans et petits métiers seront dans l'obligation de s'adapter ou de disparaître : cette dure loi du progrès changera complètement la physionomie de nos métiers. Parempuyre n'a pas échappé à ce bouleversement. L'atelier de la matelassière a fermé ses portes.

Dans notre localité, au début du XXe siècle, Mme Castaing née Vedrenne, exerçait cette profession à l'angle de la rue Henri Founeau (maison Duprat). Bon nombre de ses descendants vivent encore dans notre commune, et c'est vers eux que nous sommes allés puiser les renseignements et les témoignages sur ce vieux métier. La succession dans le travail de la matelassière fut assurée par sa fille et par le mari de celle-ci, Émilien Suire, dans le quartier de Gossemot. De leur atelier, sortait des matelas, édredons, couvre-pieds et sommiers entièrement fait main. Depuis toujours, chaque individu passe en moyenne le tiers de sa vie à dormir. Le lit représente donc et de loin, le meuble le plus utilisé de la maison. Une raison supplémentaire pour lui accorder la plus grande attention. « Comme on fait son lit, on se couche », ce dicton populaire ne se trompe pas en associant la qualité du sommeil à celle du couchage. Les sommiers et les matelas avaient tous la même longueur : cent quatre-vingt dix centimètres, mais leur largeur différait : les dimensions courantes étaient de quatre-vingt dix centimètres pour un couchage d'une place et de cent quarante pour deux places.

Pour confectionner un matelas, il fallait d'abord foncer de toile un chassis, le « métier » qui correspondait aux proportions voulues. On répartissait sur cette toile une épaisseur de laine soigneusement cardée. Ce travail de cardage était particulièrement insalubre, le textile étant poussiéreux et abritait de nombreux parasites (acariens). Il s'effectuait en plein air, sur la place du quartier, et cela donnait l'occasion d'un attroupement de jeunes et de moins jeunes qui devisaient gaiement. Après avoir mis la quantité de laine cardée désirée, on rabattait la toile pour le matelas. Il ne restait plus qu'à transpercer le tout à l'aide de très longues aiguilles pour empêcher la toile de pocher dans son enveloppe. Les débords de chaque piqûre se nouaient en pompons, cela pour éviter que la toile ne se déchire. Un bon matelas durait quatre à cinq ans sans se détériorer ni se tasser. Une fille de Mme Suire nous dit que ses parents groupaient le travail de quartier en quartier dans les villages pour faire ou refaire matelas sommiers et que souvent avec ses sœurs et ses frères, le jeudi, jour de congé scolaire, ils participaient à l'ouvrage. Pour la réfection des matelas, il fallait découdre la toile. On la changeait quand elle était usagée, souillée ou moisie. On retirait alors la laine ou le crin qu'on rénovait à la cardeuse. Le remontage s'effectuait selon la méthode précédente.

L'assemblage du sommier était un ouvrage plus long et plus compliqué réalisé par Émilien Suire. Il construisait d'abord un cadre, « la caisse », avec des planches de bois blanc fournies par le menuisier. Il fixait sur le cadre six traverses sur lesquelles il clouait des ressorts : trente pour un sommier de quatre-vingt dix centimètres, quarante-deux pour un sommier de cent quarante. Puis, il « guindait » ces ressorts pour les maintenir en position avec un entrecroisement de cordes reliées au bâti par des cavaliers. Huit cordes devaient se croiser sur la tête de chaque boudin. Il recouvrait ces ressorts dûment cordés en tendant une toile, adoucissait le saillant des arêtes supérieures de la caisse. L'espace intérieur, délimité par le bourrelet était comblé de crin puis caché sous un parement de coutil cloué sur les flancs du cadre. Il tapissait enfin le dessus du sommier avec une toile fantaisie au goût du client. Il arrivait parfois qu'un ressort casse à l'usage. Le matelassier devait alors démonter complètement le sommier pour remplacer cette pièce. Une telle réparation demandait presque autant de travail que l'assemblage d'un sommier neuf. Mme Suire accueillait aussi chez elle sa clientèle pour la confection des couvre-pieds et des édredons. On lui portait alors laine ou duvet nécessaires à cet ouvrage. Rares étaient donc ceux qui à Parempuyre achetaient des sommiers métalliques ou des matelas en magasin. Ils préféraient le bel ouvrage fait à la main, calmement fignolé et que l'on conservait plus longtemps, mais la dure concurrence du travail industriel a été impitoyable. Le métier de la matelassière comme beaucoup d'autres métiers a été peu à peu contraint à s'effacer devant l'autre façon de fabriquer. Aujourd'hui, les médecins et plus particulièrement les spécialistes en « rééducation fonctionnelle » constatent qu'un lit inadapté peut favoriser certaines affections telles que lombalgies et dorsalgies, qu'on appelle plus communément « le mal au dos ». Fruit de recherches très approfondies, la nouvelle gamme de literie est largement diffusée et occupe une vaste place publicitaire.

 

Texte extrait : Les feuillets n°1 de la mémoire, ouvrage collectif édité par le Comité d’animation communale de Parempuyre, 1995, p.35-38.

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