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Les marais.

Dès le début du 20ème siècle, on trouve dans les archives départementales une trace de l'intérêt manifesté par nos prédécesseurs pour le marais de Bordeaux, ainsi que le précise un titre en date du 3 janvier 1509. « Les plaines qui bordent la rive gauche de la Garonne immédiatement en aval de Bordeaux et qui s'étendent sur les villages de Bruges, Blanquefort, Parempuyre et Ludon, étaient avant le 17ème siècle recouvertes plusieurs fois par an par les eaux du fleuve qui croupissaient dans les points bas et formaient des marécages, véritables foyers d'infections et d'émanations pestilentielles aux portes même de la grande cité. Cette contrée naguère impropre à toute culture et désolée par les maladies de toutes sortes, comprend aujourd'hui des terrains d'une grande valeur agricole, sur lesquels une population saine et vigoureuse fait avec profit la culture maraîchère et l'élevage du bétail. Les villages sont rapprochés et bien peuplés et servent au ravitaillement en lait et en légumes de la ville de Bordeaux. Cette transformation est uniquement due aux travaux de dessèchement et colmatage qui ont été commencés au 17ème siècle et poursuivis avec des alternances très variables d'activités et d'abandon pendant 300 ans. En raison de l'importance des travaux exécutés et des résultats obtenus, il nous a paru intéressant de retracer les phases diverses de cette œuvre qui est arrivée maintenant à son complet épanouissement ». (Archives départementales de la Gironde, réf : 3 J C6).

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Description du marais : Situé sur la rive gauche de la Garonne au Nord et tout près de celui de Blanquefort à 9 km du boulevard extérieur de Bordeaux, il fait partie de la longue et large zone des bas-fonds presqu'interrompue qui commence près de Bordeaux et s'étend vers le Nord le long de la rive gauche du fleuve. Il en est séparé par les terrains d'alluvions appelés « Palus », plus élevés que le marais proprement dit. Le niveau moyen du sol dans les marais de Parempuyre est de 3 mètres au-dessus de l'étiage de la Garonne (niveau des basses eaux qui sert de référence à la mesure des crues) et 3 mètres environ au-dessous des hautes marées d'équinoxe.

Le marais de Parempuyre est limité :

- au nord par la jalle de « Despartins », collecteur important des eaux des Landes de Chopinot et de Mirepied, qui le sépare du marais de Ludon,

- à l'ouest par le pied du côteau de Parempuyre très découpé et dont l'altitude varie de 6 à 10 mètres au-dessus de l'étiage, la limite du marais suit les contours de l'île d'Arès et de l'île d'Alesme.

- au sud par la jalle de la Lande, qui se jette dans la jalle de la Bécassine sur la commune de Blanquefort. Il est mitoyen sur toute cette frontière Sud avec le marais de Blanquefort.

- à l'est par une ligne sinueuse côtoyant la Garonne, dont il s'écarte en fonction de l'importance du bourrelet alluvial de part et d'autre du chemin de Labarde.

Le marais a une superficie égale à environ la moitié de la superficie totale de la commune de Parempuyre, soit près de 1 000 hectares.

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Historique et dessèchement du marais

Origine de la propriété du marais : au Moyen-âge, les premiers propriétaires connus sont les ducs de Duras-Durfort. Leurs terres supportent des droits de padouentage, (qui vient de padouens désignant un ensemble de biens, bois, prairies, landes etc. dont l'usage est laissé à d'autres que le propriétaire). Les droits ainsi conférés aux habitants de Parempuyre dépassent même les limites du marais et s'étendent sur une grande partie de la commune. À la fin du 16ème siècle, les seigneurs d'Alesme voulant mettre un terme aux droits de jouissance dont était grevée une assez grande partie de leur propriété au profit des habitants de Parempuyre, proposent à ces derniers de limiter les droits de chacun à des terrains déterminés, en accordant aux uns et aux autres la jouissance complète et exclusive, ainsi que la propriété des terrains. Une répartition est faite sur ces bases, les habitants de Parempuyre deviennent ainsi propriétaires des terrains qui ont formé depuis les communaux du village. Ils sont situés sur les côteaux et la partie Sud des marais comprenant l'île d'Alesme. Les seigneurs d'Alesme conservent la propriété de la partie Nord du marais qui forme l'île d'Arès. Gabriel d'Alesme porte le titre de Baron d'Arès.

Plus tard les seigneurs d'Alesme habitent le château de Caupène près du bourg de Parempuyre à la lisière des terrains macageux. Conformément à ldit d'Henri IV du 8 avril 1599, prescrivant le dessèchement de tous les marais du royaume : «Tous les palus et marais, tant dépendant du domaine royal, que ceux appartenant aux ecclésiastiques, gens nobles et du tiers-état sans exception de personne, assis et situés le long des cours de rivière ou ailleurs, seraient desséchés et essuyés par le Sieur Bradley et ses associés, ou les proprtaires, etpar eux rendus propres en prairies, labours et herbages... » (Revue historique de Bordeaux 1957).

Les habitants de Parempuyre confient dans un premier temps à Conrad Gaussens et Humfrey Bradley le dessèchement du marais. On ne trouve aucune trace du contrat relatif à cette entreprise, ni aucune trace concrète sur le terrain. Après le décès de Conrad Gaussens (1625), le privilège royal qui lui a été accordé devient caduc en 1638. Il faut attendre le milieu du siècle suivant, le 26 octobre 1642, pour que les habitants fassent appel à Guichard Duvigneaud, bourgeois et marchand à Bordeaux, pour l'assèchement du marais. Les travaux commencent en 1643, par la construction d'une digue autour des terrains macageux à l'Est, suivant le tracé sinueux du fossé de « La frenière » qui est creusé à ce moment-là et dont les terres servent à faire le remblai de la digue. Puis, Duvigneaud ne tarde pas à s'apercevoir des défectuosités de ses travaux et doit se résigner, après avoir dépensé une somme assez considérable à s'adresser à des entrepreneurs plus expérimentés que lui et disposant des fonds nécessaires.

En février 1644, après certains arrangements avec la baronne veuve Jacques d'Alesme et son fils, les habitants de Parempuyre font appel aux flamands : Jacob Alefsens et Aubin Jelmers. Le contrat de dessèchement est signé le 24 vrier 1644. Un canal dvacuation des eaux inrieures, celui de Saint-Aubin, est creusé selon une direction Est-Ouest, dans la partie Nord du marais sur la ligne de séparation de l'île d'Arès et de lle d'Alesme. Quelques canaux secondaires sont greffés sur ce canal principal. Pour empêcher l'irruption des eaux de la rivière au moment de la marée, sont construites des portes de flot au niveau du pont du chemin de Labarde. C'est à cette même époque qu'est construit le canal de Despartins sur le tracé d'un ruisseau qui partait du moulin de Poulet pour aller au lieu-dit « Le Clerc » et qui se prolonge par un estey jusqu'au fleuve.

Pour exploiter le marais, un chemin est tracé en son centre sur un exhaussement de terre qui résultait du creusement de deux grands fossés de part et d'autre du chemin. Une digue est établie sur des terrains solides en partant du lieu-dit « Le Port » vers la Garonne puis obliquant vers le Nord jusqu'au lieu-dit « Le Clerc » en suivant à peu près les tracés de l'actuelle route des Palus et du chemin de Labarde.

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Dès l'été 1644, après l'achèvement du canal de Saint-Aubin, les terrains que recouvraient habituellement les eaux stagnantes et croupissantes du marais sont rapidement découverts et la physionomie du paysage en est grandement transformée. En paiement de ces travaux, les habitants de Parempuyre donnent 300 hectares de marais aux flamands, le partage a lieu le 29 août 1644 : Jelmers garde la partie du marais situé au Sud du chemin qu'ils avaient ouvert et où se trouvent aujourd'hui les domaines de Boutaut, Olives et Bellevue ; Alefsen prend la partie Nord, de nos jours, domaines de Bordes et de France. Jelmers vend ses terrains le lendemain du partage. Le baron d'Arès achète une parcelle de 25 journaux pour l 270 livres, ce qui indique une nette augmentation de la valeur des terres asséchées (le journal est une ancienne mesure de superficie valant environ 1/3 d'hectare).

En 1651 fut créée une association de propriétaires pour la conservation des ouvrages réalisés. Elle est composée de sept membres :

• Jacques d'Alesme, baron d'Arès

• Marie Dussault, veuve de Gabriel d' Alesme

• Jean d'Arrerac, seigneur et baron d'Arsac (époux d'une fille de Jacob Alefsen)

• Pierre Boutaut

• Gérard Bordels

• Jacques Noys

• François David

Dans les années 1660, ont lieu des inondations fréquentes qui entraînent des réparations urgentes. Ainsi, en 1664, un rehaussement des digues est ali. En 1684, devant des difficultés identiques, les propriétaires ont l'intention d'établir une nouvelle digue le long de l'estey du moulin de Caze au à partir de « La Cabane » jusqu'au « Fort César ». Ces travaux ne sont pas exécutés. Au cours des années suivantes, ltat du marais se dégrade, les canaux étant presque comblés.

C'est en 1807, le 6 septembre, qu'intervient la loi sur le dessèchement du marais qui permet à l'administration de substituer au projet de règlement élaboré par les propriétaires les statuts qui régissent actuellement le syndicat.

Le 7 janvier 1812, Monsieur Both de Tauzia élabore un projet pour perfectionner le dessèchement du marais. Il meurt en 1843 sans avoir pu réaliser son programme. C'est le 21 février 1814 qu'est créée « l'Association Syndicale des Marais Flamands de Parempuyre » qui gère encore actuellement 782 hectares de marais. C'est seulement en 1850 que le service hydraulique de l'administration reprend le projet, mais les travaux ne commencent sur le terrain qu'en 1869-1870. Le canal d'Alesme, canal d'irrigation d'une longueur de 3 425 m et le canal d'Arès longeant le canal Despartins sur 5 188 m sont alors creusés. Ce dernier est actuellement fermé.

Des canaux furent utilisés pour le « colmatage » des terrains. Cette opération consistait à laisser pénétrer les eaux chargées d'alluvions de la Garonne pendant les fortes marées, puis à laisser le limon se déposer pendant une période de repos. On éliminait alors le surplus d'eau claire par les jalles dvacuation à marée basse. En répétant cette opération régulièrement on obtenait un rehaussement du niveau du sol. On a colmaté ainsi 200 hectares de terrain.

Le canal d'évacuation d'Olives (3 400 m) est ouvert à la même époque ; il pare les terrains du Recoin et du Volant, traverse le chemin de Labarde sous un pont de 2,5 m et débouche dans la Garonne après un parcours de 3 km.

Malgré quelques imperfections, ces travaux ont apporté une nette amélioration dans le dessèchement et la salubrité des marais. Toute la région avoisinante en a recueilli les effets bénéfiques : disparition des fièvres paludéennes, amélioration de la qualité des sols. Ce dessèchement entraine une augmentation de la valeur locative des parcelles de 50 francs à 200 francs l'hectare.

Exploitation du marais

Au 19ème siècle, les terres basses du marais sont plantées de saules, d'oseraies qui fournissaient le vîme ou l'osier servant à attacher la vigne, à lier les fagots ou à fabriquer des paniers. La principale activité dans le marais est l'élevage des bovins sur des pâturages naturels. Le dessèchement du marais après 1870 améliore considérablement les conditions d'exploitation de cet élevage. En diminuant le nombre des mares et des tourbières, les paysans limitent les attaques de leur bétail par les sangsues, la prolifération des moustiques et autres insectes piqueurs. Cet élevage est valoripar la vente de lait et de veaux de boucherie. La litière du bétail provient de la « bauge » des marais coupée deux fois par an. Les tiges de jonc, principal constituant de cette « bauge » sont vendues 70 francs le demi-hecto. Les fermiers vendent également le fumier de leurs bêtes aux maraîchers des alentours. De nos jours, cette activité d'élevage est toujours très importante, les deux races les plus courantes étant la Bordelaise et la Hollandaise. Il existe également quelques élevages de chevaux de qualité sur le territoire de la commune. La superficie occupée par les pâturages et les prairies servant à la nourriture des animaux représente environ 50 % de la surface totale du marais. L'autre moitié des terres cultivées est semée de maïs qui bénéficie de conditions idéales pour sa croissance. La culture de la vigne se développe à partir du début du 20ème siècle sur l'île d'Arès (Château Ségur).

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photos fonds privé François Barreau.

Marais flamands de Parempuyre.

Parmi les ressources annexes, on peut citer la chasse du gibier d'eau sur les petits étangs subsistant dans le marais ; cette chasse se pratique à l'affût, les chasseurs étant dissimulés dans de petits abris construits en matériaux naturels au bord des étendues d'eau (tonnes à canards). Les chasseurs tirent également la grive, l'alouette, le vanneau et la caille. La pêche des poissons d'eau douce s'est développée dans les différentes jalles qui venaient d'être creusées. Au but du 20ème siècle, on pêchait encore des poissons de qualité : tanches, carpes, sandres, brochets, anguilles etc. L'invasion de ces jalles par les poissons-chats venus d'Amérique, qui se fit par les ouvertures sur la Garonne, a considérablement réduit l'intérêt de la pêche en provoquant la disparition de certaines espèces. Cependant, il faut souligner que le poisson-chat constitue un mets de qualité.

On peut parler aussi d'un autre fléau venu d'Amérique, le ragondin ou myocastor. Ce rongeur prolifique creuse son terrier dans les berges des canaux entraînant ainsi l’effondrement de celles-ci. Ces animaux furent importés dans le Médoc par des éleveurs originaires de la province du Québec, qui voulaient en faire l'élevage dans le but d'en commercialiser la fourrure. Mais le climat océanique de notre région trop chaud ne permit pas à ces ragondins d'élevage de développer une fourrure de qualité. Les éleveurs devant l'échec de leur entreprise, relâchèrent les animaux dans la nature où ils se multiplièrent rapidement.

Dans le marais d'Olives, à Bellevue, se développa une population de sangsues sauvages, très dangereuses, la sangsue noire, dont la morsure provoquait une forte réaction inflammatoire. Il ne faut pas confondre ce parasite avec la sangsue verte : « Hirudo medicinalis », alors employée en médecine. C'est environ pendant dix années que l'élevage de la sangsue est florissante dans le marais de Parempuyre (1850-1860). En effet, en 1861, le domaine de Bordes ou « Tauzia » situé dans le marais fut vendu. Son ancien propriétaire était éleveur et marchand de sangsues comme le mentionne l'acte de vente de juillet 1861 : « Les vendeurs devront avoir enlevé les récoltes et les sangsues avant le 5 décembre prochain et garderont pendant ce délai le droit d'introduire dans le marais les eaux nécessaires à la pêche des sangsues ». Cet animal carnivore dans sa jeunesse est avide de sang qu'il se procure en se fixant sur la peau des mammifères. Il perfore l'épiderme et suce le sang rendu incoagulable par l'hirudine qu'il sécrète. À cette époque, la consommation nationale est de 10 à 30 millions de sangsues par an, payées 12 francs le mille en 1850. Les sangsues du Médoc étaient commercialisées sous le nom de « vertes payses ». À titre anecdotique, on peut signaler que M. Lawton, président du Syndicat du Marais de Parempuyre se souvient d'avoir été mordu par une sangsue lors d'une partie de chasse en 1958.

Le Syndicat du Marais Flamand de Parempuyre compte actuellement 72 propriétaires qui se répartissent sur les 782 hectares qu'il gère. Les terres sont divisées en trois classes selon leur intérêt économique. La principale charge sur le marais consiste à entretenir les jalles et les fossés par curage et recalibrage des berges. Le Syndicat du Marais assure également l'entretien des ouvrages d'art, portes à flot et vannes.

Pour d'autres informations sur les marais, cliquez ICI.

Texte extrait : Parempuyre, sa mémoire, ouvrage collectif édité par le Comité d’animation communale de Parempuyre, 1995, p.26-33.


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