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Les croix de missions.

Au détour de nos routes, nous rencontrons à l'angle de la rue des Palus et de la rue Camille Montoya, un socle de pierre surmonté d'une croix en fer ouvragé, entouré d'une grille datant de 1864.

croix-degaulle2 croix-degaulle

Plus loin, toujours rue des Palus, un calvaire en pierre et ciment datant de 1923.

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photos-fonds privé-François Barreau.

Enfin, à l'entrée de la ville à l'angle de la rue de la Gare et route de Macau, un monument plus important appelé monument de Jeanne d'Arc.

monument photo-fonds privé Bret

De mémoire des plus anciens, ces trois croix ont toujours été désignées sous le vocable « Croix de Mission ». Néanmoins, nous n'avons pas trouvé beaucoup d'archives communales sur le sujet.

Rappelons que la croix s'érige en tant que symbole du Christianisme évoquant le supplice et la mort du Christ. Toutefois, étant donné que la crucifixion représentait chez les Grecs et les Romains un supplice infamant, les premiers chrétiens hésitèrent longtemps à représenter le Christ mourant sur la croix. Cependant, durant les périodes de persécutions, la croix s'affirme peu à peu comme un signe de reconnaissance et devient un signe de ralliement avant d'être l'objet d'une grande vénération. C'est ainsi qu'on la trouve partout dans les églises, au-dessus des clochers, sur l'autel où se renouvelle chaque jour la commémoration du sacrifice de la Croix, dans les cimetières, sur les tombes et au carrefour des routes.

1864 : Nous sommes au second Empire. Napoléon III (1852-1870) gouverne les Français.

À Parempuyre, il semble que les habitants, bien que très pauvres, vivent mieux que dans les grandes villes. La vie des paysans dans un pays essentiellement rural n'évolue guère ; elle demeure très monotone. Peu de distractions malgré le développement des transports. Les demeures restent souvent inconfortables ; toute la famille vit dans la même pièce, parfois en compagnie du cheptel. Les vêtements sont simples. Les plus pauvres vont souvent pieds nus ou chaussés de sabots en bois ; les souliers sont rares. L’urbanisme commence à se manifester. À Paris, se construisent de nombreuses maisons nouvelles (74 597), cependant que l'on en démolit beaucoup (24 404). La capitale articule ses grandes artères et beaucoup de quartiers sont modifiés. C'est l'époque où Parempuyre lui aussi bouge. De grands chantiers se dessinent tels : l'église, le château et ses dépendances, les deux « Chalets », la « Vacherie » et tout le quartier de Gossemot réservé aux ouvriers et charretiers du château. À cette époque, le maire de la commune est M. Maurice Aîné Rondeau, désigné par M. le préfet tout comme ses onze conseillers municipaux. Le conseil s'est réuni en Mairie le 17 février 1863. Le maire a prêté serment d'obéissance à la Constitution et fidélité à l'Empereur. Il est décédé dans l'exercice de ses fonctions en fin d'année 1868, mais il semble qu'il fut nommé également à des périodes antérieures tel en 1849. Le curé de la paroisse serait l’abbé Broussard, précédé de l’abbé Martin Bourdoncle. Il est difficile d'écrire en détail cette histoire lointaine. Pour la mener à bien, il faudrait toujours se référer aux contextes humains dans lesquels elle se vivait. Un récit ne peut être complet que s'il évoque à tout instant le monde, les situations historiques, économiques et sociales, la culture du moment, l'esprit d'une époque. De plus, les hommes ont toujours eu le devoir d'exercer leur jugement, sans cela ni les années, ni l'addition des siècles ne leur servirait à rien. Il n'en demeure pas moins que l'intelligence humaine, son pouvoir d'enquête, sa capacité d'apprécier les causes en matière contingentée ne sont eux, ni infinis, ni infaillibles.

Laissons les livres d'histoire et mettons-nous à rêver. Imaginons un groupe de nos aïeux du 19ème siècle dialoguant entre eux : la conversation est en patois médocain. Écoutons-les-nous expliquer les raisons de cette croix en ce lieu. Leurs informations sont réduites à ce qu'ils vivent malgré l'essor de la presse qui subit une surveillance très sévère jusqu'en 1867. De surcroît, peu de gens savent lire et écrire.

Au XIXème siècle, les missions prennent une extraordinaire ampleur. Elles s'inscrivent comme un des grands faits du christianisme. En effet, la religion est ébranlée par le siècle des Lumières au cours duquel 1' effort missionnaire est intimement lié à la colonisation espagnole et portugaise ; ces deux pays ont reçu mandat du pape Grégoire XVI pour évangéliser les pays conquis. Les nominations ecclésiastiques sont faites par leurs gouvernements. Mais, face à l'essoufflement de leur vitalité missionnaire, la France et l'Angleterre prennent le relais. Aussi, l'Eglise catholique développe l'œuvre missionnaire dont le rôle est de promouvoir l'Évangile et la Propagation de la foi. Cette volonté de reconquête religieuse se manifeste non seulement à l'intérieur du territoire français mais aussi à l'extérieur. À la suite du traité de Vienne en 1815, s'opère une redistribution de l'équilibre des forces dans le monde européen. Une rivalité s'installe bien vite entre Français et Anglais. En conséquence, la France s'associe au catholicisme et l'Angleterre au protestantisme. Autrement dit, lorsqu'un missionnaire part, est-ce pour Dieu ou pour son pays ? Pour beaucoup, les deux. Les rivalités s'exacerbent avec les missions protestantes. Il devient alors facile de faire vibrer la corde patriotique chez les Français en décrivant la situation désespérée de certains nationaux. Toutes les régions de France se mobilisent pour apporter de l'aide à ces valeureux missionnaires dynamiques, entreprenants et généreux qui rêvent d'apporter à ces pays lointains une chrétienté à établir. En 1817, les missions étrangères de Paris ressuscitent une association de prières et de bonnes œuvres fondées à la fin du 18ème siècle pour le salut des infidèles dans les missions d'Extrême-Orient. Pauline Jaricot à Lyon s'en occupe activement et organise si méthodiquement ses collectes, que les résultats obtenus suscitent l'admiration de tous ceux qui s'intéressent aux missions. Entre 1820 (elle n'avait alors que 20 ans) et 1822, elle peut envoyer 7 620 francs (53 340 francs de 1985). De ces efforts, naît en 1822 l'œuvre de la Propagation de la Foi que le pape Pie IX (1846-1878) encourage vivement. Ainsi, dès que les missionnaires arrivent sur un territoire pour éviter que se créent des zones d'influences rivales, ils plantent croix et drapeaux. Ces signes religieux missionnaires sont pour les uns de remarquables et positives réactions de défense voulues par les plus humbles, animées par les grandes nations chrétiennes et organisées par les églises dans lesquelles l'évangile trouve son compte ; pour d'autres, il s'agit d'abord d'un élément majeur de la stratégie inconsciente par laquelle la civilisation européenne investit les autres mondes. Les deux hypothèses sont vraies et se vérifient encore aujourd'hui par delà les multiples colonisations !

Selon les cas et souvent en même temps, la mission chrétienne est dénoncée comme signe de colonisation et reconnue comme lieu d'un avenir ecclésial nouveau. En effet, tout comme aujourd'hui, les chrétiens de cette époque paraissent quelquefois désemparés. Ils ont le sentiment qu'une société inhumaine, amorale, jouisseuse et sans lois se construit sans eux. Face aux mouvements du temps, des catholiques ont voulu montrer par l'immense effort de catéchisation des masses, par la multiplication des « œuvres », par les progrès décisifs de l'enseignement, par la qualité de l'effort missionnaire, mais aussi par un grand courage, qu'ils existent. C'est pourquoi, les habitants de Parempuyre à la suite de journées de prières, de propagandes et d'aumônes en faveur des missions, ont voulu matérialiser leurs efforts en édifiant cette croix du souvenir. Nous sommes donc en présence d'un témoignage de foi chrétienne et probablement devant le plus vieux monument resté en l'état dans notre commune.

Continuons notre promenade pour arriver au calvaire qui se trouve au lieu dit « Le Port ». Bien des jours ont passé entre ces deux monuments : 1864-1923, bien des peines aussi. La France a connu deux guerres franco-allemandes : c'est la fin de la grande guerre et un terrible appétit de vivre anime tous les cœurs. L'immense soulagement de l'après-guerre, la fin du cauchemar, le retour de millions d'hommes dans leur pays, le délire de joie tempéré par les larmes : on n'oubliait pas ceux qui ne rentreraient jamais.

Pour Parempuyre, 52 soldats sont morts pour la Patrie. Le pays a perdu 27 % des hommes de 18 à 27 ans, presque 1 sur 3. Sur l'ensemble de la population active, 105 personnes sur 1 000 sont mortes. On obtient un total de 1 900 000 morts (militaires et civils), ont survécu 600 000 invalides, 60 000 amputés. Après cette période tragique, la France et Parempuyre dansent et s'amusent ; ce sont les années folles : musiques nouvelles, rythmes inconnus, blues, tango. On se marie beaucoup. Les femmes portent la robe aux genoux, le cheveu coupé court : on disait « à la garçonne » et l'on trouvait cela audacieux. Une génération nouvelle s'épanouissait.

Alexandre Millerand est président de la République (1920-1924), Aristide Briand est le chef de cabinet, le maire de la commune est Philippe Durand-Dassier (1900-1935) ; son fils Hubert lui succède (1935-1971). Ce monument conserve sa mémoire et s'inscrit dans une œuvre missionnaire paroissiale. Nous avons encore des témoins pour relater les fêtes qui ont contribué à son inauguration. Le prêtre de la paroisse est l'abbé Pommier (1907-1927). Les quelques paroissiens qui sont encore là en 1998 témoignent avec force et reconnaissance de la valeur spirituelle et humaine de cet abbé. C'est à lui, en effet, que nous devons cette croix à cet emplacement qui marque la fin du village à l'orée des marais. Avec l'appui des missionnaires, il a voulu protéger et sauver les âmes dont il a la charge en implantant un Christ aux deux extrémités de la commune afin de délimiter sa paroisse. Un an avant, en 1922, il inaugurait un monument plus imposant appelé Jeanne d'Arc à l'entrée ouest de la commune. Il croit très fort à l'avenir du christianisme et à l'utilité de sa mission. La guerre a meurtri les cœurs, il veut ressusciter les âmes à la foi de Jésus-Christ, non pour tenter une synthèse doctrinale impossible ou pour se perdre dans un œcuménisme inconsistant, mais pour s'ouvrir au Dieu plus fort. Cette période de notre histoire lui permet de le faire et il ne s'en privera pas. Ces croix sont pour lui une manière visible de le rappeler efficacement à tous ses paroissiens.

Pour le réaliser, il organise des journées de rencontre avec des missionnaires venus du monde entier. À la fin de ces cessions de travail spirituel, une belle cérémonie de clôture a lieu avec de grandes processions dans les rues. Les petites filles portent à la taille de jolies panières finement décorées de rubans et remplies de pétales de fleurs à l'odeur suave, qu'elles jettent sur leur passage. L'ensemble de la procession chante à pleine voix la gloire de son Dieu. Un parrain est désigné : Léonce Dupeyrat, une marraine Léa Dupeyrat. Les enfants sont impliqués dans le service religieux et la prière. Monsieur Élie Cardin, habitant rue Marcel Bensac, se rappelle le rôle qu'il a joué lors de la cérémonie clôturant cette inauguration. Il dut monter en chaire avec deux de ses camarades (ce n'était pas à l'époque une mince affaire) pour expliquer leurs impressions et ce qu'ils en avaient retenu. Pour ces jeunes, ce prêtre s'occupait d'animer les rencontres récréatives et elles étaient nombreuses.

On a souvent raconté les difficultés qui surgissaient entre l'instituteur et le curé d'un même village. De semblables querelles n'enfiévraient pas notre commune. Pour cette fête paroissiale, un congé fut donné à tous les enfants fréquentant l'école communale. Chacun avait à cœur de respecter les convictions de son voisin. Les éducateurs donnaient l'exemple et de ce fait un bon esprit se dégageait pour emmener une douce sérénité et un art de vivre heureux chez nous.

classe 1er rang : Camille Dugay, René Lussac, Jean Pécastaing, Raymond Puertolas, Gabriel Delaube, Jean Métayet (ancien garde-champêtre), Norbert Royer, Italien, René Richard.

2ème rang : Pierre Geindre, André Chaussat, Jean Bayle, Gabriel Élie, Francis Segonne, René Seguin, Jean Jeantillac, Élie Cardin.

3ème rang : Marcel Faget, Edgard Castet, Maurice Delaube, Henri Laroza, Robert Guichard, Henri Dauriac, Gérard Gautrat.

1922 : revenons en arrière. L'inauguration de l'installation du calvaire de Jeanne d'Arc avait lieu un an avant l'inauguration de cette croix du Port que nous venons de décrire. Il avait été implanté à l'entrée de Parempuyre, côté ouest, au carrefour de la route du cimetière et de la route de Macau. Dès 1919, un de nos concitoyens a gracieusement fait don du terrain. L'emplacement avait été judicieusement choisi à l'entrée principale du village. Le financement de l'ouvrage venait d'une collecte demandée par l'abbé Pommier en concertation avec les présidents des sociétés de la commune : « Société du Secours Mutuel et la Renaissance du Poilu » dont il était membre très actif. La réalisation et les plans sont dus à l'opiniâtreté de cet abbé qui en fut le maître d'œuvre. Le Maire, M. Philippe Durand-Dassier et son conseil municipal, profitent de cette opportunité pour lui demander d'y ajouter une plaque commémorative à la mémoire des soldats morts pour la France, en donnant une subvention de 1 000 francs. M. le curé en est très heureux, unir le sacrifice de ces soldats à celui du Christ en croix et Jeanne d'Arc, qui vient juste d'être canonisée en 1920, ne peut que réjouir le cœur de ce bon Pasteur. L'inauguration est religieuse.

1994 : M. Yvan Bric est Maire de la commune (1974-1994), M. Jean-François Bric lui succède. Les nécessités de la circulation ont amené les pouvoirs publics à prévoir un rond-point à l'emplacement même de ce monument. Le calvaire a été démonté, puis mis à l'abri dans les ateliers municipaux jusqu'en 1997 et grâce à des interventions et une pétition, le Christ en croix et la statue de Jeanne d'Arc ont été réhabilités. Pour conserver cet héritage culturel une association se crée (Saint-Pierre de Parempuyre) le 1er août 1997. Elle va œuvrer pour aider à sa reconstruction. Une collecte est ouverte, une mobilisation se fait jour, une grande générosité apparaît notamment chez ceux qui avait perdu un de leur parents au cours de la guerre 1914-1918. En effet, de 1922 à 1931 ce fut le monument aux morts de la grande guerre en attendant la construction de celui qui existe sur la place de la Libération. L'association va aider au financement de l'ouvrage ; un emplacement est choisi, route de Bordeaux. Le monument aura la même orientation que le précédent et le même accueil : à l'entrée de la ville comme l'avait voulu nos aînés avec leur pasteur.

1998 : Parempuyre inaugure cette réinstallation le Il novembre, grâce à l'aide de son maire Jacques Laroza qui coupe le ruban symbolique, entouré de son conseil municipal Replacer cette image de l'époque 1922 a été difficile. Il faut bien se rendre à l'évidence qu'aujourd'hui, le chrétien est amené à côtoyer des hommes et des femmes d'une autre croyance ou d'une autre tradition de pensée. Deux tentations nous guettent : le refus de l'autre dans un repli frileux sur sa propre foi, ou bien la recherche de communication. La seconde a prévalu dans l'effacement des différences. La foule était nombreuse pour fêter le retour de cet ouvrage. Bien sûr, il y avait surtout beaucoup d'anciens mais il faut noter avec plaisir la présence de nouveaux Parempuyriens qui ont montré par leur civisme à nos jeunes, que Parempuyre avait su donner l'image d'être une grande famille ouverte et respectueuse de son histoire.

Notre promenade autour de Parempuyre s'achève là pour aujourd'hui. Nous espérons avoir réveillé, pour les anciens habitants des souvenirs, pour les nouveaux une connaissance, afin de leur faire mieux aimer le coin qu'ils ont choisi.

À tous, nous disons dans la langue de nos grands-parents « Bélèu Au Rebeyre » (Peut-être Au Revoir).

Texte extrait : Les feuillets n°2 de la mémoire, ouvrage collectif édité par le Comité d’animation communale de Parempuyre, 1995, p.49-58.

Une cohabitation décidée par les anciens après la guerre de 1914-1918. L'ancien maire évoque les origines du calvaire associant Jeanne d'Arc et le Christ.

Dans son dernier journal, Apardelo (directeur de publication Bernard Bret) publie un article qui pose la question de la cohabitation sur un même calvaire d'une statue de Jeanne d'Arc et d'un Christ en croix, l'ensemble installé à l'extrémité du parc de la salle l'Art-y-show sur la route de Bordeaux. Cet article n'a pas manqué de faire réagir Jacques Laroza, ancien maire de Parempuyre : « En fait, après la guerre de 14-18, une collecte a été faite afin d'ériger un monument aux morts en l'honneur des 52 morts de la commune sur une population de 300 à 400 habitants, ce qui signifie que pratiquement chaque famille était éprouvée par un deuil. Les Parempuyriens d'alors avaient choisi un calvaire de Jeanne d'Arc assorti d'un Christ. C'était alors le monument aux morts de la commune jusqu'à la création de l'actuel devant l'église. Les impératifs d'urbanisme ont contraint Yvan Bric, ancien maire, de démonter le monument. En ce qui me concerne, après de multiples réunions publiques, commissions et délibérations du Conseil municipal, nous avons à la majorité décidé de rétablir le calvaire sur son emplacement actuel. Pourquoi les anciens ont-ils choisi cet assemblage bizarre ? On ne sait pas vraiment. »

Enfin, à la question d'y apposer une plaque commémorative et explicative, Béatrice de François, le maire, a donné son accord aux associations d'anciens combattants, Souvenir français, Saint-Pierre, Notre-Dame-du-Rosaire, Saint-Vincent-de-Paul…

Article du journal Sud-ouest du 11 février 2013. Marie-Françoise Jay.

 

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