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Le personnel municipal.

Lorsqu'en 1861, le Préfet demanda aux communes de nommer un garde-champêtre, ce fut une belle protestation. On n'en a pas besoin car le garde-forestier surveille les propriétés communales, les trois grands propriétaires ont leur garde particulier et les autres « peuvent surveiller leur terrain qu'ils embrassent d'un seul coup d'œil. Il n'existe sur la commune ni vagabond, ni mendiant, ni gens sans travail ». Ah les heureux Saint-Aubinois !

Mais le préfet insiste et accorde une subvention de cent francs. Alors, on nomme un garde-champêtre. Celui-ci, dès sa nomination dresse un procès-verbal à deux notables : Sémédard et Capsec qu'il accuse d'usurper huit hectares de fot communale à Boutuges, et d'avoir fait inscrire « subrepticement » ces terrains à leur nom sur le cadastre. Pour 800 F par an, il exerce une surveillance policière, calmant quelques disputes de voisinage, verbalisant les propriétaires de chiens errants et mordeurs qui sont les bêtes noires des gens de nos campagnes, surtout quand les propriétaires sont plus hargneux que leurs animaux. Il passait dans les hameaux pour « faire assavoir à la population » les avis officiels. Suivant son humeur, il rassemblait son monde à son de trompe ou avec des roulements de tambour et, dans les grandes occasions, il exhibait son képi et sa plaque en laiton gravée « la loi ».

En 1880, il a l'aplomb de demander une augmentation. Alors, on exige qu'il note toutes ses activités sur un carnet, on supprime ses fonctions de cantonnier et son salaire est réduit de 800 à 200 F par an. Non mais... Oser demander une augmentation... ! Alors, il démissionne et pendant six mois, c'est l'instituteur, secrétaire de mairie, qui assume les fonctions de garde-champêtre. On lui accorde généreusement une prime de 50 F.

Le nouveau garde, Baquey, se voit, lui aussi, l'année suivante, refuser l'augmentation, mais on consent à rémunérer les travaux supplémentaires qu'il « accomplit avec beaucoup de dévouement » pour deux francs par jour. Quelques années plus tard, on fixera avec précision les travaux supplémentaires qu'on lui demande, par exemple, nettoyer les abords de l'église jusqu'à une largeur de quatre mètres. Pour assurer une retraite décente au garde Coiffard, en 1923, on lui confie l'entretien de la route de la Vierge à Barreau pour 1 200 F par an en ajoutant : « le conseil est heureux de pouvoir exprimer, de cette façon, la reconnaissance de toute la commune à un bon et loyal serviteur ». Aujourd'hui, on offre aux nouveaux retraités un fauteuil ou une bicyclette.

 Les cantonniers et les résiniers furent souvent les mêmes, employés de façon différente suivant la saison. Lorsqu'ils demandèrent une augmentation, à la veille de la Grande Guerre, le maire hésita car « il s'agit des cantonniers les moins recommandables par leur zèle et leurs aptitudes professionnelles ». Peut-être, comme beaucoup de cantonniers en ce temps là, avaient-ils tendance à téter le « cujot », car il fait soif au bord des routes.

Peut-être s'asseyaient-ils trop souvent à l'ombre, battant le fauchon pour en affûter le taillant. Peut-être s'appuyaient-ils trop souvent sur le manche de la pelle, ou prenaient-ils leur temps pour rouler une cigarette. Néanmoins, dans un geste de générosité que personne n'attendait, le conseil accorde une augmentation générale. Tous les membres du personnel communal auront le même salaire de 850 F par an. C'était en 1913.

Deux ans plus tard, ils refusent de reprendre le travail s'ils ne sont pas augmentés. C'est la première grève en pleine guerre. La prochaine n'aura lieu qu'en 1926. Mais, à cette époque, le droit de grève n'est pas encore entré dans les mœurs. Ils sont tous considérés comme démissionnaires. Ah mais!

 Quant au sonneur de cloches, jusqu'à la séparation de l'Église et de l'État, il était payé par le conseil de Fabrique. Le préfet admet, plus tard, qu'il soit rémunéré par la mairie, à quinze francs par mois, à condition de ne sonner la cloche que pour les besoins municipaux. Alors on l'appelle « sonneur civil », moyennant quoi il continuera à sonner l'Angélus trois fois par jour, comme autrefois !

 Les instituteurs étaient traditionnellement secrétaires de mairie. Comme le bureau n'avait pas d'heures d'ouverture bien fixes, on allait les voir pendant les récréations, ou chez eux à n'importe quelle heure pour un acte d'état-civil, pour déclarer sa récolte de vin, remplir sa feuille d'impôts ou demander un conseil. Connu de tous, connaissant tous les habitants dont beaucoup étaient ses anciens élèves, il était leur confident et, plus encore que M. le Maire, il connaissait les petites affaires de chacun. Il savait qu'une indiscrétion de sa part aurait pu faire se battre une partie du pays contre l'autre. Il ne disait rien, il était de l'avis de tous, il ne prenait jamais parti. On l'aimait bien.

Quand Rigal, père, prit sa retraite d'instituteur en 1898, il garda le secrétariat tandis que son fils lui succédait à l'école. Aussitôt, le fils écrivit au maire pour obtenir le poste de son père, mais sans succès. Quand, en 1909, le père, fatigué par 28 ans de services, abandonne son poste à la mairie, il propose pour lui succéder, un instituteur autre que son fils, pour 400 F par an. La commune, reconnaissante lui accorde une rente de 150 F par an, à vie. Il a juste le temps de rédiger une lettre de remerciements. Il meurt avant de recevoir sa première mensualité. Dans un nouvel élan de générosité, le conseil lui accorde une demi-concession gratuite au cimetière.

Les Saint-Aubinois savaient parfois marquer leur estime à ceux qui s'étaient dévoués pour eux, et c'était d'autant plus remarquable qu'ils étaient plutôt enclins à la critique.

En 1891, Jean Eyquem, conseiller depuis trois ans seulement, mais jouissant de la considération générale, reçoit cet hommage à titre posthume : « c'était un homme doux, sage, juste, de bon conseil. C'était l'homme de bien dans toute l'acceptation du terme. Il était digne de l'estime et de la confiance dont il jouissait. Aussi, tous ceux qui le connaissaient, l'aimaient... » J'ai recopié un extrait du texte à votre louange. Vous l'avez bien mérité Jean Eyquem ! Lorsqu'en 1974, le maire Henri Langlois est mobilisé, l'adjoint tient à évoquer « notre bon maire qui présidait nos séances avec autant d'humour que de distinction et à formuler les vœux que nous formons pour le succès de la lutte terrible que nous soutenons, pour la santé de notre maire et son retour au milieu de nous, qui apprécions également ses qualités d'homme et d'administrateur ».

Texte extrait : Chronique de Saint-Aubin-de-Médoc, René-Pierre Sierra, juin 1995, éditeur mairie de Saint-Aubin-de-Médoc, p.174-177.

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