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Le patriotisme.

Ils étaient patriotes, excellents français cocardiers, surtout quand on ne faisait pas appel à leur bourse, tellement patriotes qu'ils n'hésitaient pas, à chaque changement de régime, à prêter serment de fidélité le plus solennel aux gouvernements en place. Ils devaient envisager la chose avec une certaine sérénité. D'ailleurs, ne dit-on pas « prêter serment » ?

Chaque année, on désigne les jurés à la cour d'Assises. Un seul accepta. Tous les autres refusèrent sous prétexte de n'avoir pas assez d'instruction pour suivre les débats et surtout « ils ne pourraient abandonner leur terre pour plusieurs jours sans que les intérêts de leur famille en souffrissent un préjudice relativement très considérable, préjudice que rendrait très lourd l'exiguïté de leurs revenus ».

En septembre 1830, on assiste à une belle flambée de patriotisme. Le maire remet le drapeau tricolore à la garde nationale. Tout le monde se rend en cortège à l'église. Le nouveau drapeau est béni par M. Berteau, supérieur des Trappistes, pendant que l'assistance crie : « Vive le Roi, vive la Charte Constitutionnelle, vive la liberté des Français ! » Les vitraux en tremblèrent, paraît-il.

En 1848, le citoyen maire et les citoyens adjoints et conseillers convoquent les 87 citoyens appelés à faire partie de la Garde nationale. On élit les citoyens officiers et sous-officiers.

Quelques années plus tard, les mêmes s'appelleront Monsieur et jureront fidélité à Louis-Napoléon, président de la République, puis à Napoléon III, Empereur des Français.

Quand, en 1880, le Préfet proposa de fêter le 14 Juillet, le conseil approuva en ces termes, non sans avoir donné un petit coup de pied à son ennemi intime, le service des Eaux-et-Forêts : « considérant que le peuple Français doit son affranchissement aux conquêtes de la Révolution dont le 14 Juillet est l'anniversaire et qu'il ne saurait, sans ingratitude pour la mémoire de ses pères, ne pas s'associer à la célébration, considérant que les habitants de Saint-Aubin ont retiré leur part des libertés conquises, le conseil, malgré la pénurie des finances de la commune, due notamment à la résistance de la part de l'administration forestière, vote une somme de 50 F pour frais d'illumination ou autres que l'administration municipale jugera à propos de faire en cette circonstance ».

Trois guerres ont secoué le pays pendant le période que nous étudions. Nous supposons qu'elles ont donné beaucoup de soucis aux Saint-Aubinois. Pourtant, en lisant les comptes-rendus de leurs élus et représentants, il semble que la vie ait continué à l'arrière comme s'il ne se passait rien aux frontières... ou si peu. En attribuant quelques bons de pain aux familles des mobilisés, en leur versant une faible mensualité, en envoyant quelques colis aux prisonniers, en leur octroyant un livret de caisse d'épargne avec 2 000 F en 1944, ils considéraient qu'ils avaient fait leur devoir. En 1870 aussi, ils avaient fait acte de patriotisme en créant une garde nationale qui défila peut-être une fois ou deux, mais, le reste du temps resta chez elle. À la même époque, on versa 3 600 F pour la défense nationale, mais ce ne fut que sur les insistances réitérées du préfet.

Un autre grand moment patriotique fut l'inauguration du monument aux morts. Constatant que les finances sont prospères, on demande un devis à l'architecte Dutasta. Pour 18 000 F, on construit le monument qu'on entoure d'une barrière supportée par huit obus de 270 qui ont été accordés à la commune comme trophées de guerre, gratuitement, à condition de payer les frais de port. Le 2 Juillet 1922, c'est le grand jour de l'inauguration. Il est difficile de résumer l'article de la « Petite Gironde » qui relate l'évènement sur trois colonnes et que le secrétaire eut l'heureuse idée de coller sur le cahier des délibérations.

À l'église, l'abbé Breimann bénit la plaque commémorative des morts de guerre, puis l'abbé Lacaze, ancien « poilu » (qui d'ailleurs avait conservé sa barbe, contrairement à l'usage chez les curés de ce temps-là), monte en chaire et « dans une allocution vibrante de patriotisme, retrace la vie d'héroïsme et de sacrifice vécue par nos soldats ». Pendant la messe, on entendit plusieurs pages de belle musique sacrée avec la participation de la société musicale de Ludon dirigée par M. Carteau, à la baguette « à la fois souple et énergique ».

Ce monument en granit bleu est « par ses lignes et sa simplicité d'un effet très imposant ». Le maire, Henri Langlois, ancien combattant, adresse une vibrante exhortation, puis on procède à l'appel des morts. À chaque nom, les enfants des écoles répondent « Mort au champ d'Honneur » pendant qu'une petite fille dépose un bouquet à chaque appel. On décore M. Caborderie qui a perdu ses trois fils à la guerre. Les enfants chantent et « leurs dernières notes se perdent dans l'espace comme des voix célestes ». Discours émus, fleurs, puis « M. Brannens, de sa voix puissante et chaude... chante avec flamme les sublimes strophes de l'hymne national ». Ensuite, « pour cher les yeux et dissiper la tristesse, la musique attaque un refrain qui, lui aussi, aura gagné la guerre, et c'est aux accents de la Madelon que se termina la cérémonie ».

Tout finit par un banquet chez Élien Dubourg, l’hôtelier, « banquet parfaitement préparé, arrosé d'excellents crus et impeccablement servi ». Comme il y avait de nombreuses personnalités, dont le secrétaire adjoint du préfet, il y eut de nombreux discours, un toast au président de la République, ainsi qu'un appel vibrant à la natalité. Une journée comme on n’en verra plus à Saint-Aubin !

Texte extrait : Chronique de Saint-Aubin-de-Médoc, René-Pierre Sierra, juin 1995, éditeur mairie de Saint-Aubin-de-Médoc, p.180-185.

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