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La démographie avant la révolution.

Blanquefort a la chance de posséder une collection d'archives d'état-civil paroissiales et municipales, remarquablement conservées. Les généalogistes peuvent faire remonter leurs recherches jusqu'en 1660, ce qui n'est pas si fréquent en France car la plupart des communes n'ont d'archives d'état-civil qu'à partir de 1737, date d'une obligation nationale de tenir des registres. Grâce à des méthodes de relevés systématiques, les historiens peuvent explorer la démographie de la commune et son évolution. Une maîtrise d'histoire a été soutenue en 1973 à l'Université de Bordeaux par G. Lemoine, intitulée « Blanquefort, étude de population 1660-1799 », document de 303 pages dont 181 pages d'annexes et de notes, déposé à l'Institut d'Histoire de Bordeaux III.

Nous proposons ici un abrégé de ce document pour le rendre accessible aux Blanquefortais intéressés par l'histoire de leur commune. Ce résumé se compose de quatre chapitres :

- présentation physique, historique et humaine,

- méthodologie, mouvements longs et saisonniers,

- la nuptialité,

- la natalité et la mortalité.

Nous terminerons par une page significative d’un historien, M. Dupaquier, sur les changements démographiques en France dans la période qui a précédé la Révolution. Les parties en italiques sont des citations du travail de G. Lemoine.

1. Présentation physique, historique et humaine

La présentation générale montre que Blanquefort est de très ancien peuplement et a servi de frontière entre la ville et la campagne, tout autant que de terre nourricière pour Bordeaux, avec sa forteresse garantissant des attaques venant du nord par le fleuve.

Le relevé des professions citées sur les registres est net : la vigne est l'activité principale, entre 45 % et 60 % des professions connues, les cultures maraîchères et céréalières, entre 7 % et 10 % des professions, sont à peine suffisantes pour faire vivre la population. D'où la nécessité d'être relié aux paroisses voisines, à partir de deux grands axes, l'un vers le Médoc par Eysines et Le Taillan, l'autre vers l'océan par Saint-Médard-en-Jalles. Toutes les autres paroisses sont reliées entre elles, bien que les chemins soient souvent dans un triste état. Le marais de Blanquefort ne fut traversé par une route convenable qu'à partir de 1750. Par ailleurs, il ne faut pas négliger le trafic par la Garonne (transport et pêche).

Blanquefort a connu un marché important dès le XVe siècle et fut célèbre aussi pour ses quatre foires annuelles, avec deux caractéristiques notables au point de vue économique :

-  « Le caractère rural très prononcé de la paroisse, dominé par la viticulture.

- L’emprise bordelaise sur les terres avoisinantes, imposante à plusieurs niveaux. Les campagnes doivent contribuer au ravitaillement de la ville (les réquisitions se multiplient au cours de la Révolution). L’essor économique de la région est entravé par les privilèges des bourgeois bordelais. Le sol de ces paroisses est aux mains de ces mêmes bourgeois : nous l’avons déjà constaté en ce qui concerne le vignoble, cela est également vrai pour les marais qui appartenaient en partie à la ville de Bordeaux. »

La population de Blanquefort compte 2 000 habitants en l'an XII ainsi qu'en 1810. Elle a dû évoluer de 1 500 à 2 000 habitants au XVIIIe siècle, avec en moyenne 68,5 naissances annuelles et 61,5 décès.

La répartition de cette population est celle d'un habitat de type semi-dispersé : un gros bourg de 300 personnes environ, un réseau dense de hameaux et des maisons isolées, surtout dans les zones insalubres. Nous retrouvons encore aujourd'hui, autour du centre ville, ces nombreux hameaux devenus des lieux-dits : Breillan, Linas, Andrian, Solesse...

La population est généralement catholique, bien que les registres paroissiaux fassent apparaître l'existence d’un noyau d'adeptes de la religion réformée, impossible à chiffrer.

Une autre caractéristique essentielle de cette population est sa hiérarchie en pyramide : au sommet, le « seigneur de Blanquefort », de la famille Durfort de Duras, qui détient, outre la forteresse, de nombreuses terres, mais qui n'y réside pas souvent ; la bourgeoisie blanquefortaise est celle des châteaux, souvent résidences secondaires de Bordelais ou d'étrangers, comme l'irlandais Dillon ; les marchands et artisans représentent 10 % de la population au début du XVIIIe siècle, 17 % en 1780 ; et près de 60 % des paysans sont vignerons et laboureurs.

« Quant au niveau de vie de cette population, il était très bas. Le relevé ecclésiastique de 1773 révèle que le tiers des paroissiens est très pauvre. La situation matérielle du peuple est précaire. Sous le Consulat, 1 900 habitants sur 2 000 ne consomment pas de viande de boucherie et n’ont point d’autre boisson durant le courant de l’année qu’une eau acidulée. La municipalité dut prendre des mesures strictes pour canaliser le flot des errants et mendiants qui ne cesse de croitre. Une décision du 30 mai 1790 précise que nul mendiant, même muni de passeport, ne pourra, sous peine de prison, séjourner plus de deux heures sur l’étendue de la paroisse. Afin de distinguer les mendiants de la commune des étrangers, on fit fabriquer pour les premiers des médailles de cuivre destinées à les identifier.
Blanquefort offre l’image d’une paroisse à fondement rural, conforme à la tradition d’ancien régime. La vie de cette paroisse est conditionnée par l’exploitation de la vigne qui procure au moins les trois-quarts des activités de la population pendant une période plus ou moins longue de l’année. De nombreuses professions artisanales (tonneliers, charpentiers de barriques…) et l’emploi de nombreux non-possédants (prixfaiteurs, journaliers…) sont liés à la vigne. Les produits de la récolte servent de monnaie d’échange avec l’extérieur et permettent de récupérer les grains indispensables à la paroisse. Une mauvaise récolte se fait sentir durement, plusieurs mauvaises saisons successives prennent une tournure catastrophique. »

 2. Méthodologie

L'auteur explique la méthode de travail utilisée : il a fallu, à partir des registres d'état-civil conservés à la mairie (plus complets que ceux des Archives Départementales), relever ·le maximum de renseignements portés sur les actes des baptêmes, mariages et sépultures. La recherche a porté sur 156 années, avec une vision satisfaisante de la période 1660-1812, complète depuis 1696. Bien sûr, certains actes sont difficiles à lire et on trouve, surtout au début, des ratures, un aspect confus et incomplet. La situation s'améliore nettement à partir de 1700, et surtout après 1737 comme partout en France.

Le premier acte connu à Blanquefort est celui de la sépulture de Marie Roubin, le 16 septembre 1656. La notation restera à peu près la même jusqu'à la Révolution où l'état civil sera sécularisé le.premier janvier 1793. Le premier acte enregistré par le maire Saincric est la naissance de Jean-Baptiste Bret.

Il ressort que la valeur des registres de Blanquefort est remarquable, malgré l'absence d'indication sur les âges des mariés et quelques turbulences à la période révolutionnaire. Il suffit de temps et de patience ! La méthode de dépouillement préconisée par M. Poussou, directeur de ce mémoire, consiste à relever par coupes décennales les actes (baptêmes, mariages et sépultures), en notant l'année et le mois ainsi que tous les autres renseignements indiqués (professions, âges, origines...)

Les coupes choisies pour l'étude ont été : 1660-1669, 1690-1702, 1703-1712, 1750-1754, 1790-1799, et le comptage des actes a été fait aussi dans les intervalles. L'évolution générale des mouvements démographiques montre qu'à la fin du XVIIe siècle la poussée des conceptions est ralentie par de très fréquentes et fortes poussées de mortalité, si bien que l'on peut parler de période difficile pour la population de Blanquefort. En ce qui concerne la nuptialité, malgré les crises multiples, la tendance est à la progression, avec cependant un palier, voire un fléchissement à la fin du siècle.

« Au XVIIIe siècle, Blanquefort présente une évolution assez excédentaire, malgré le retour périodique d’importants développements de la mortalité. La crise des années 1709-1710 arrête net le mouvement ascendant des conceptions. Il fait attendre 1740 environ pour retrouver le niveau du début du siècle. Cette lente reprise est favorisée par un affaissement sensible de la mortalité pendant ces mêmes années. Le milieu du siècle connaît une nouvelle crise qui freine sensiblement l’expansion pendant environ une décennie (1745-1755). La reprise se fait très rapidement, et, de nouveau, l’expansion reprend. Cependant, elle est désormais plus le fruit de la baisse du niveau des mortalités que de la hausse des conceptions. À partir des années 1760, les conceptions chutent irrévocablement jusqu’à la fin du siècle, alors que les mariages se maintiennent pratiquement au même niveau (utilisation des méthodes contraceptives ?) »

Ce n'est donc plus la mortalité qui dirige l'évolution démographique de la paroisse de Blanquefort elle est désormais commandée par la baisse des conceptions. D'un autre côté, la mortalité est rythmée par les crises, du très fort accident de 1709-1710, à celles de 1748-1752, de 1772-1773, de 1778-1781 et enfin de 1789-1792. Des graphiques représentent l'évolution par différentes courbes et permettent de mieux repérer les crises, les périodes de calme et de comparer les évolutions respectives. D'autre part, une étude des paroisses voisines a permis de vérifier qu'il s'agit le plus souvent de mouvements d'ensemble : ainsi Parempuyre, le Pian, Le Taillan, Eysines et Bruges ont des courbes proches ; toutefois, Blanquefort offre un rythme particulier différent de celui de la population haut-médocaine où l'on ne retrouve pas la cassure dans le régime des conceptions après le milieu du XVIIIe siècle. Et si l’on compare avec d'autres paroisses éloignées, telles qu’Uzeste, la Brède, Montpon... on retrouve partout le haut niveau des conceptions à la fin du XVIIe siècle ; il s'agit bien d'un phénomène aquitain, natalité élevée, malgré des crises de mortalité fortes mais brèves.

« Dans l’ensemble, Blanquefort présente une évolution sensiblement identique à celles des autres paroisses aquitaines. Deux faits, cependant, la singularisent : l’impact de la crise 1709-1710, et la cassure brutale des conceptions après 1760, alors qu’ailleurs on ne constate qu’une baisse de niveau ou l’accentuation d’un processus de baisse ».

L'auteur étudie encore le mouvement saisonnier, tout d'abord celui des naissances. « Au cours de l’ensemble de la période 1660-1800, février et mars voient les naissances les plus nombreuses, suivis, à égalité, par janvier et novembre, puis octobre, décembre et avril. En queue de liste, nous trouvons en douzième position juin, précédé de juillet, mai et août ».

À Blanquefort, nous avons affaire à une natalité de printemps et de fin d'hiver. Ces maxima sont conformes à l'image traditionnelle de la mentalité des sociétés rurales : en hiver, les travaux agricoles sont moins accaparants, l’homme peut se concentrer à son foyer. Le maximum de printemps est la manifestation naturelle d’un phénomène biologique. Et si l’on compare avec d’autres paroisses aquitaines, Blanquefort est fidèle à l’orientation d’ensemble de la natalité d’ancien régime.

La nuptialité connait un sommet incontestable au mois de février, qui voit se dérouler le quart des mariages de l’année. En trois mois, février, janvier et novembre (les plus propices au mariage), la moitié des unions sont célébrées. Aux trois dernières places, nous trouvons par contre « octobre, mars, décembre. Ces trois mois réunis ne regroupent que 6 % du total des mariages. Ce rythme saisonnier s’explique aisément par des impératifs de deux ordres :

- les interdits religieux qui sont, à l’époque, scrupuleusement observés. Les creux prononcés de mars (période du carême) et de décembre (période de l’avent) sont imputables au profond respect de la règle religieuse.

- le creux d’octobre, auquel on peut joindre l’éclipse estivale de juillet et d’aout, coïncide avec les grands travaux de la terre et surtout de la vigne en octobre.
Les impératifs religieux et économiques apparaissent très contraignants au XVIII° siècle à Blanquefort. Aussi se marie-t-on avant ou après ces périodes d’interdit : janvier et février, avant le carême et novembre précédent l’avent ».

La comparaison avec d'autres paroisses rurales du royaume montre que Blanquefort reste fidèle à l'image traditionnelle du rythme d'ancien régime. Enfin, c'est septembre qui arrive en tête des mois de forte mortalité, suivi de peu par octobre et novembre, ces trois mois totalisant 35 % du nombre des décès.

« En queue de liste, juin apparaît en douzième position, précédé des deux mois qui l’encadrent : mai et juillet (18 % des décès au cours de ces trois mois). Ainsi, nous voyons se dessiner une saison à très forte mortalité : fin de l’été, début de l’automne, et une saison à faible mortalité : fin du printemps, début de l’été. Les autres mois (janvier excepté) sont légèrement inférieurs à la moyenne mensuelle. Le maximum automnal est le fruit d’un environnement particulièrement néfaste à la vie. Nous avons déjà observé la présence de marais et d’étendues d’eaux stagnantes très développées situées sur le territoire de la paroisse. Or, l’automne est la période d’exhalaison des eaux mortes, provoquant fièvres et épidémies. L’environnement ne saurait tout expliquer. À cette cause importante, il faut ajouter une très mauvaise hygiène alimentaire, favorisée par le manque de ressources céréalières. Ce manque alimentaire était alors compensé par l’absorption de raisins plus ou moins verts et de fruits plus ou moins mûrs, provoquant des dysenteries qui ne pardonnent pas. Les mouvements saisonniers de Blanquefort sont donc conformes au schéma général du régime de la mortalité d’alors. Le décès des enfants, et surtout des jeunes enfants, à la fin de l’été et à l’automne, s’expliquent par le manque de soins apportés aux enfants non-sevrés : toutes les forces disponibles dans la paroisse sont consacrées aux travaux agricoles (moissons et surtout vendanges), les femmes et les jeunes mères n’échappent pas à la règle, les enfants en subissent lourdement les conséquences. Les pointes d’hiver et de début de printemps, qui affectent les adultes, sont à mettre en relation avec la froidure hivernale qui occasionne de nombreuses maladies pulmonaires ».

Pour bien fixer le problème, on peut dire qu'à Blanquefort, au XVIIIe siècle, on meurt deux fois plus d'août à janvier que de février à juillet.

Henri Bret, décembre 1988, article paru dans le bulletin du G.A.H.BLE n°13 de décembre 1989.

Après cette étude des mouvements longs et saisonniers des conceptions, des naissances, des mariages et des décès de la paroisse aux XVIIe et XVIIIe siècles, l'auteur présente les caractéristiques essentielles de la nuptialité, puis de la natalité et de la mortalité.

Pour  consulter Nuptialité CLIQUEZ ICI .

Pour  consulter Natalité-Mortalité CLIQUEZ ICI .


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