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La natalité et mortalité avant la Révolution à Blanquefort.

Extrait de la maîtrise d'histoire soutenue en 1973 à l'Université de Bordeaux III par G. Lemoine, intitulée « Blanquefort, étude de population 1660-1799 » ; pour lire l’étude démographique, CLIQUEZ ICI.

Nous poursuivons ce tour passionnant de Blanquefort au XVIIIe siècle en observant que le rapport de masculinité est de 106, chiffre comparable aux autres paroisses, et que le taux des naissances illégitimes est très faible mais en augmentation constante : zéro au XVIIe siècle, 0,26 % au XVIIIe siècle pour passer à 1 % au cours de la période révolutionnaire, où un lent mouvement de déchristianisation s'esquisse, avec diminution des tabous religieux et sexuels.

Enfin, si on regarde les causes des baptêmes d'étrangers à la paroisse, on note l'absence imprévue du curé d'une paroisse voisine, la quête d'un travail complémentaire et saisonnier, ainsi que la possession de résidences secondaires (bourgeois bordelais qui laissent leur progéniture en nourrice).

On n'observe pas de surmortalité masculine trop nette, mais par contre tout au long du XVIIIe siècle le recul de la mortalité de la jeune population, dû à l'assèchement des marais, au meilleur rendement agricole malgré les périodes de pénurie d'avant la Révolution, peut-être aussi à un mauvais enregistrement des enfants morts en bas-âge. En effet, la mortalité infantile reste dramatique, l'environnement et une mauvaise hygiène alimentaire en sont les deux facteurs essentiels. Outre ces causes principales, la naissance elle-même constitue un grave danger pour la mère et pour l'enfant, tant par la précarité des méthodes d'accouchement que par le manque de personnes qualifiées. La mauvaise alimentation de la mère favorise le mauvais allaitement des nourrissons, et à cela s'ajoute de nombreuses maladies qui ont raison de la fragilité physique des enfants...

« Blanquefort a connu une série d’années difficiles constatée par de fréquentes poussées des sépultures : 1673-1674, 1679-1680,1685, 1693, 1706, 1709-1710, 1716, 1722, 1736-1737, 1742, 1748-1751, 1759, 1772, 1780-1781, et 1789-1793 offrent un lourd déficit démographique. Ces crises sont le fruit, en grande partie, d’épidémies et de maladies endémiques qui se montrent plus virulentes qu’à l’accoutumée. Seules les années 1709-1710, 1748-1751 et 1789-1793 connaissent une véritable crise démographique ».

Ainsi celle de 1709-1710 fut d'une rare violence : vingt-six décès en septembre, trente-deux en octobre, trente-deux en novembre, dix-neuf en décembre et vingt-cinq en janvier, soit cent trente-quatre sépultures en cinq mois de crise, alors qu'il meurt en moyenne soixante personnes par année civile. La moitié de ces décès concerne des enfants de moins de cinq ans : la mortalité de crise se développe avec une prédilection marquée pour les jeunes enfants plus fragiles physiquement.

La crise de 1748-1751 est marquée par une flambée de décès de mars à mai 1748 (cinquante-neuf décès), première et seule crise de printemps à Blanquefort, et qui frappe surtout les adultes. Enfin, les dernières périodes de crise, ou plus exactement de troubles démographiques répétés, marquent les automnes des années 1789, 1790, 1791 et 1792.

« En conclusion, il faut admettre que la natalité blanquefortaise offre peu d’originalité. Le rapport de masculinité est identique à ceux des autres paroisses, les naissances illégitimes sont aussi peu nombreuses que dans la plupart des paroisses rurales d’ancien régime.

L’étude de la mortalité montre en évidence le recul incessant de l’âge du décès, la part des plus de soixante ans ne cesse d’augmenter sans pour autant atténuer une mortalité infantile toujours aussi importante. Le bilan naturel est largement excédentaire au cours du siècle, malgré le retour périodique de graves crises de mortalité. Le rythme démographique est marqué par le déclin très sensible du niveau des conceptions à partir des années 1760-1761. Cette date charnière correspond à la fin de l’essor démographique de la paroisse, il n’ya guère d’accroissement de population, le léger surplus de la deuxième moitié du XVIII° siècle est davantage imputable à la baisse du nombre des décès qu’au nombre de conceptions. Les autres éléments démographiques ne connaissent pas cette chute. On peut parler de déclin de la mortalité dans cette seconde moitié du siècle, avec une reprise passagère mais nette lors des années révolutionnaires, par contre la courbe des mariages présente une régularité remarquable. Le décalage constaté entre le nombre stationnaire des mariages et la baisse sensible des conceptions nous conduit à formuler l’hypothèse de l’apparition du contrôle des naissances, appliqué à Blanquefort dans le dernier tiers du XVIII° siècle.

Nous avons pu évaluer approximativement l’importance numérique de cette population, entre 1 500 et 2 000 âmes, chiffres beaucoup plus proches de la réalité que ceux proposés précédemment (3 000 habitants d’après le relevé ecclésiastique de 1770), et corroborés par les divers recensements du début du XIX° siècle, qui estiment la population blanquefortaise à environ 2 000 habitants.

Par l’intermédiaire du relevé des professions, nous avons remarqué, tout au long de ntre étude, le rôle écrasant le la culture de la vigne : elle est au centre de la vie de la paroisse. Présente à tous les niveaux, la vigne sert de monnaie d’échanges avec l’extérieur, la vente de la récolte permet d’acheter les céréales indispensables à la population, car la paroisse, reste, jusqu’à l’extrême fin du siècle, très largement déficitaire en grains. Une mauvaise récolte occasionne de multiples difficultés, plusieurs successives mettent en danger l’existence d’une partie de la population. Les secteurs professionnels non-ruraux ne progressent que très lentement au cours du siècle, ce qui dénote une certaine stagnation dans la répartition socioprofessionnelle.
Dans le domaine économique et social, il faut retenir, avant tout, l’emprise de Bordeaux sur Blanquefort. Les hautes couches de la métropole aquitaine fournissent les cadres de la société blanquefortaise ; ces notabilités n’habitent pas en très grande majorité sur le territoire de la paroisse, ou alors de façon temporaire, dans des résidences secondaires sises à Blanquefort. L’emprise bordelaise se fait également sentir au niveau de la propriété même du sol blanquefortais (marais, domaines viticoles…) Un autre aspect des liens étroits qui unissent Bordeaux et Blanquefort nous est révélé par les nombreux enfants de bourgeois bordelais confiés en nourrice à des familles blanquefortaises, ce qui laisse penser que le niveau de vie moyen de la population n’est guère élevé : beaucoup n’hésitent pas à « élever » un jeune enfant, synonyme d’un complément financier non négligeable.

Le climat moral de la paroisse est empreint du profond respect des impératifs et tabous religieux : le rythme saisonnier caractéristique de la nuptialité et le faible nombre des conceptions prénuptiales attestent cet état d’esprit, qui, il faut le dire, est commun à la majorité des paroisses rurales du royaume.

Le milieu physique joue également un grand rôle dans notre paroisse : la présence de nombreux marais insalubres conditionne en grande partie le rythme de la mortalité.

Enfin, dernière caractéristique : Blanquefort n’a rien d’une paroisse figée ; elle connaît d’importants mouvements migratoires, qui se développent essentiellement dans la seconde moitié du XVIII° siècle. La paroisse se révèle très attractive à certaines périodes de l’année (principalement pendant la période des vendanges). Malheureusement, les curés desservants ne laissent rien paraitre dans les registres des motifs du déplacement de nombreux étrangers. Le mariage reste malgré tout le facteur principal de la mobilité : l’aire d’attrait de Blanquefort ne dépasse guère les paroisses limitrophes et Bordeaux. Les étrangers de sexe masculin sont plus nombreux (les trois-quarts) que les femmes à se déplacer. Ces dernières offrent la particularité de résider, en majorité, à Bordeaux avant leur union.
Il est évident que ce travail a souffert des nombreuses imperfections des registres (omission de l’âge au mariage, pour ne citer que la plus gênante). La reconstitution des familles n’entrait pas dans le cadre de ce travail, mais sa réalisation aurait toutefois ouvert un plus large horizon, permettant, entre autres, une étude de la fécondité à Blanquefort : ce travail reste à faire ».

Henri Bret, décembre 1988, article paru dans le bulletin du G.A.H.BLE n°13 de décembre 1989

Pour consulter l’article sur la nuptialité, CLIQUEZ ICI.

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