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La nuptialité avant la Révolution à Blanquefort.

Extrait de la maîtrise d'histoire soutenue en 1973 à l'Université de Bordeaux III par G. Lemoine, intitulée « Blanquefort, étude de population 1660-1799 » ; pour lire l’étude démographique, CLIQUEZ ICI.

L'étude des documents permet de faire apparaître que le célibat définitif, tant pour les garçons que pour les filles, reste un fait rare au XVIIIe siècle et que, par contre, on se marie plus d'une fois dans sa vie, à cause essentiellement de la mortalité élevée qui laisse des époux survivants encore jeunes. La moyenne du remariage des hommes est de 20 %, celle des femmes est de 10 % environ. La proportion des remariages restera tout au long du XVIIIe siècle à près de 20 %. La nécessité d'élever les enfants pour un veuf, celle d'exploiter la terre pour une veuve, expliquent la plupart de ces remariages.

Si l'on s'intéresse aussi aux activités professionnelles des Blanquefortais, on peut noter que « Blanquefort offre l’image traditionnelle d’une grosse paroisse viticole d’ancien régime. Les paysans sont de très loin les plus nombreux (trois habitants sur quatre), encadrés par une gamme d’artisans et de marchands, chargés de fournir le strict nécessaire à leur vie quotidienne, le tout chapeauté par une poignée d’hommes appartenant aux plus hautes catégories sociales (chirurgiens, notaires, procureurs d’offices…) Le relevé des mentions de profession nous a également permis de mettre, une nouvelle fois, en valeur le rôle et la place de la vigne contre la faible part des céréales dans les exploitations agricoles blanquefortaises ».

Et si l'on rapproche les professions des conjoints et celles des parents des époux, il se dégage l'idée d'une stabilité de fond : plus de deux mariages sur trois sont contractés entre personnes appartenant au même milieu social. Cependant, une mobilité limitée affecte le tiers restant des mariages ; mobilité limitée car il n'y a pas d'ascension sociale spectaculaire, mais qui prouve tout de même l'absence de clivage dans la société blanquefortaise d'ancien régime.

La recherche porte ensuite sur l'origine géographique des personnes qui se sont mariées à Blanquefort de 1660 à 1799, soit 2 130 mariages, aussi bien sur l'origine « étrangère » que sur la résidence « étrangère » qui ne coïncide pas nécessairement. Un quart de ces mariages peuvent être qualifiés de « mixtes », quand l'un des deux conjoints au moins est d'origine extérieure à la paroisse. Et quatre sur cinq de ces étrangers sont des hommes...

L'étude précise, à l'aide de tableaux, l'origine des personnes extérieures : une écrasante majorité provient d'une zone d'un rayon inférieur à 12 km centrée sur Blanquefort. Et la vieille coutume qui veut que le mariage soit célébré dans la paroisse de l’épouse est parfaitement respectée, c'est l'homme qui se déplace à l'occasion du mariage. Ces micro-déplacements occasionnés par le mariage sont marqués par le rôle particulier de Bordeaux (un homme sur cinq et deux femmes sur trois en viennent), mais le fleuve constitue une barrière, car peu de personnes viennent de la rive droite.

« En guise de conclusion, si on analyse l’évolution de la mobilité occasionnée par le mariage, on constate que cette mobilité s’accroit considérablement tout au long du XVIII° siècle. Au cours du dernier tiers du XVII° siècle, les étrangers venus se marier à Blanquefort ne représentent que 6 % du nombre total des conjoints ; ce pourcentage s’élève à 10 % lors de la première moitié du XVIII° siècle, pour atteindre 18 % à la fin du siècle (trois fois plus d’étrangers viennent alors convoler à Blanquefort). Cet accroissement incontestable peut s’expliquer, en premier lieu, par un défaut d’enregistrement (ne pas oublier que tout au long du XVII° siècle, les actes de mariage sont enregistrés très succinctement ; le risque de sous-enregistrement des origines ou des résidences des conjoints est réel). Cependant, pour le XVIII° siècle, la qualité des registres s’améliorant, il faut chercher ailleurs d’éventuelles explications, notamment dans le progrès des voies de communication, favorisant les déplacements. On peut également invoquer les troubles de la période révolutionnaire qui ont jeté sur les routes un grand nombre de déracinés ».

Le dépouillement des actes de mariage permet aussi d'apprécier le niveau moyen d'instruction. Pendant la période 1660-1669, seul le procureur d'office de la paroisse a signé au bas de l'acte. À la fin du XVIIe siècle, de 1690 à 1702, on peut relever sept signatures d'époux et six d'épouses, soit 5 % du total des conjoints et 4,25 % de celui des épouses. Sur ces sept contractants, deux sont marchands, un est chirurgien, un est greffier, les deux autres sont qualifiés de « sieurs » ; il s’agit là de notables de la paroisse. Les six femmes sont toutes les épouses de ces mêmes personnes, et fort probablement de la me catégorie sociale : l'instruction reste alors le domaine exclusif des hautes couches de la société.

La coupe 1740-1749 semble victime du sous-enregistrement : seulement cinq signatures d'époux et deux d'épouses. On retrouve des notables (un conseiller à la cour du roi, un bourgeois négociant, un maître chirurgien), mais commencent à apparaître des signatures dans les milieux moins favorisés (un laboureur et un homme de Ludon). Pendant la période prérévolutionnaire, 1780-1789, 9 % des époux ont signé leur acte de mariage ainsi que 2,6 % des épouses : dix-sept hommes et cinq femmes. On y trouve trois tailleurs, un menuisier, un maçon, un cordonnier, un tisserand, un perruquier à coté des notables. Les cagories les plus modestes sont aussi représentées avec deux laboureurs et un vigneron.

L'ultime tranche du XVIIIe siècle est marquée par un accroissement très sensible du nombre des signatures, tant du côté masculin (trente-huit) que du côté féminin (seize). Un quart des époux et un dixième des épouses ont signé, progression en rapport avec les progrès de l'instruction parmi les basses couches de la société : dix-huit de ces hommes et cinq de ces femmes sont laboureurs, vignerons, et même non-possédants (journaliers, travailleurs de la terre). Les rudiments de base de l'instruction sont désormais accessibles à toutes les catégories de la population, les hommes en profitant malgré tout le plus.

Henri Bret, décembre 1988, article paru dans le bulletin du G.A.H.BLE n°13 de décembre 1989

 

Pour consulter l’article sur la natalité et mortalité, CLIQUEZ ICI.

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