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L’origine des rogations.

« Que les Rogations, ou processions de trois jours dans les champs, avec bénédictions et prières, pour obtenir leur fertilité et leur préservation, soient l'une des plus anciennes cérémonies agraires de l'Europe, est un fait qui a été mis en lumière pour la plupart des régions christianisées par un grand nombre de folkloristes et d'ethnographes. Ici, la théorie de. la survivance par adaptation chrétienne semble valable, bien qu'en Gaule, on puisse parler aussi d'un parallélisme probable. Des cérémonies printanières de protection ont pu y exister, avant la conquête romaine, sans avoir attiré l'attention des auteurs classiques, parce qu'elles sont collectives, populaires et, non pas théologiques, ni ésotériques. Elles ont pu faire partie du système religieux des druides, mais elles ont pu exister aussi à côté de lui. Partout dans le monde, les peuples agriculteurs ont éprouvé le besoin de régler magiquement le cours de la Nature ; partout aussi ce besoin collectif a déterminé l'invention de cérémonies collectives dont la procession circumambulatoire est regardée, dans le plan de la "mentalité primitive" ou participationniste, comme l'une des plus efficaces.

Même si les Rogations ne sont pas une survivance pré-romaine, ou un emprunt au folklore romain, elles répondent morphologiquement au scénario universel : réparties sur trois jours, elles doivent garantir successivement trois des principales récoltes de la région ; d'où quelques variations locales, selon les cultures et le climat. Pour obtenir ce but, tout le territoire de la paroisse doit être immunisé : c'est pourquoi la procession, ou bien exécute le circuit total du terrain, ou bien se contente d'aller d'un lieu saint à un autre d'où la vue s'étend sur ce territoire, ou sur les parties cultivées, céréales ou vignes, lieux saints qui peuvent dater comme tels de très loin en arrière, mais qui sont de nos jours signalés par des croix fixes ou temporaires. Partout en France, l'évolution a été la même : très anciennement, on faisait le grand tour ; peu à peu plus ou moins vite selon les régions ou même les paroisses, on s’est contenté du petit tour n'englobant que les jalons consacrés, puis la procession n'est allée qu'aux jalons proches de l'église et du chef lieu ; et depuis la loi de séparation, elle ne se fait plus qu'autour de l'église ou seulement à l’intérieur. De même, peu à peu, les trois jours primitifs se sont réduits à un seul. De sorte que le rite essentiel, qui était primitivement autant musculaire qu'oral, n'est plus maintenant qu'oral, sans avoir d'ailleurs, en théorie pure, perdu de sa vertu.

Les Rogations ont été officiellement instituées en l'an 469 par saint Mamert, évêque de Vienne en Dauphiné. Saint Gontran, petit-fils de Clovis, en ordonna l'exécution dans tout son royaume de Bourgogne ; de là, l'injonction se répandit dans toutes les campagnes de France. Les prières étant dites pour obtenir « la sérénité de l'air et la fécondité de la terre », cette diffusion a dû se faire assez vite, en profitant des cérémonies printanières à processions, là où il en existait. Comme je l'ai dit à maintes reprises, les documents historiques du Moyen Âge, de ses débuts à la fin, ne renseignent que peu sur la vie des « rustres » ; pour la période gallo-romaine, les inscriptions ne fournissent guère de données que pour les grandes cités, moins pour les petites, et presque jamais, pour les villages et les hameaux. C'est donc plutôt comme une vue de l'esprit, d'apparence logique et surtout esthétique, que l'on doit admettre pour les rogations la théorie de la survivance païenne par christianisation.

Le nom latin, rogations, demandes humbles et prières, a subi des transformations dans les divers dialectes. La forme populaire correcte est rovaisons, rapidement transformé en rouaisons dans la plupart des régions du centre.

Les processions des trois jours aux points traditionnellement fixés, se présentent partout en France sous le même aspect. Si ces points sont sacralisés par une croix, ancienne ou de mission, cette croix est ornée de guirlandes, de couronnes, de croix plus petites faites avec les fleurs de la saison ; et la règle générale aussi est que ces décorations florales doivent rester là, pourrir sur place. Je n'ai pas rencontré de cas où les dévots en auraient emporté des fragments dans un but magico-religieux. Régulièrement, le cortège de chacune des processions est précédé d'un enfant de chœur agitant la sonnette de l'église. On peut supposer qu'elle augmente la vertu magique à la fois des prières, des litanies et de la cir­cumambulation (réelle ou symbolique) du territoire paroissial, et qu'elle a pour but spécial d'écarter, comme le font aussi les cloches, les orages et la grêle.

La plupart des folkloristes donnent en détail, l'itinéraire suivi autrefois par les processions, au cours des trois jours et nomment les lieux d'arrêt d’ordinaire décorés en manière de paradis ou de reposoirs ; à certains d'entre eux, clergé et fidèles se reposaient quelque temps et s'offraient une collation que les témoins s’accordent toujours à nommer « frugale ». C'est là, dans quelques régions, peu nombreuses au XIXème siècle mais qui ont dû l’être davantage aux siècles antérieurs, qu'étaient déposées les offrandes en nature destinées à payer le curé et ses clercs de leurs peines.

En Gironde, partout autrefois, les paysans plaçaient sur les reposoirs des œufs, volailles, fruits, légumes et même du vin, des liqueurs, du sucre, du café, etc., que le sacristain, qui marchait immédiatement derrière le curé, enfermait après la bénédiction dans un grand panier, don qui avait pour but « que le curé ne négligeât aucune des prières nécessaires à la protection des champs ».

Il est normal que les trois jours des Rogations étant consacrés à trois sortes de cultures différentes, il se soit établi un présage correspondant à ces trois jours et qui est qu’il fera le même temps qu'à chacun de ces trois jours lors de la récolte, des fenaisons, des moissons, et des vendanges ou de la culture de remplacement. Ce dicton peut être considéré comme universel, en France, et ne donne lieu à aucun commentaire : le déclenchement météorologique est pour ainsi dire regardé populairement comme automatique.

En Chalosse (Landes), au pied de la croix en pierre ou en bois du carrefour, qui est ornée de guirlandes et de bouquets, il y a une table recouverte d'une nappe blanche où les habitants des maisons voisines déposent leurs offrandes pour le prêtre lors des tournées des Rogations. Elles sont devenues moins importantes à partir de 1914-1918.

En Agenais (Lot-et-Garonne), on voit [écrit en 1902] de nombreuses croix de bois près des habitations isolées, aux carrefours, etc., toutes avec une large pierre plate au pied, sur laquelle les habitants voisins déposaient des offrandes en nature, poulets, œufs, etc., que le curé ramassait au cours de la procession. »

Extraits de l'ouvrage de Arnold Van Gennep, Le folklore français, Paris, Bibliographie méthodique, 1937 ; réédité à Paris par Robert Laffont, 1998-1999, collection Bouquins, tome 2, p. 1356 à 1361. Le "R" majuscule utilisé par l’auteur pour le mot rogations est ici respecté. Ce texte figure en annexe 3 dans l’ouvrage La vie religieuse à Blanquefort au XX° siècle, Henri Bret, Publications du G.A.H.BLE, 2004, p. 139-142.

Pour lire des témoignages sur les rogations, CLIQUEZ ICI.

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