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Les rogations.

Avant d'aborder les témoignages de Blanquefortais, une précision s'impose concernant les rogations qui ne font plus partie de la pratique religieuse actuelle. À l'origine, ces cérémonies se déroulaient le jour de la Saint-Marc et pendant les trois jours précédant l'Ascension ; elles avaient pour but d'attirer les bénédictions divines sur les récoltes, les travaux des champs et les animaux (le mot est issu du latin rogatio, « demande, prière »). Instituées au Vème siècle, elles étaient encore en vigueur jusqu'au milieu du XXème siècle.

Pour l’origine des Rogations, CLIQUEZ ICI.

Témoignage de Mme Simone Baron. « Définition du Larousse : Rogations : (latin rogatio « demande ») – religion catholique. Prières publiques et processions faites pendant les 3 jours précédant l’Ascension, et en la fête de Saint Marc (25 avril) pour attirer sur les champs la bénédiction du Ciel ». Pendant ces 3 jours donc, le matin après la messe, et avant l’heure de la classe, dans chaque paroisse Caychac et Blanquefort, le prêtre, accompagné des enfants de chœur en soutane rouge et rochet de dentelle blanche, l’un d’eux portant la Croix, un autre agitant la clochette, et suivi par les enfants du catéchisme et quelques grandes personnes – des dames particulièrement pieuses et qui avaient l’habitude d’aller à la messe en semaine – allaient à travers la campagne. Ils s’arrêtaient à chaque reposoir bénir les maisons et les champs, disaient des prières et repartaient en emportant un don : soit une enveloppe contenant de l’argent, soit des denrées alimentaires, poulet, café, sucre, biscuits ou vin vieux, etc. et selon les moyens de chacun. On ramassait tous ces dons dans un panier que portaient à tour de rôle les enfants. Tout au long de la route, on chantait des psaumes et en particulier les litanies de la sainte Vierge, et à chaque verset on reprenait en chœur ora pro nobis. Les reposoirs étaient nombreux, et chacun mettait un point d’honneur à le faire et à l’orner du mieux qu’il pouvait. C’était souvent une simple petite table, recouverte d’une nappe blanche, et sur laquelle on avait posé un chandelier avec un cierge – le plus souvent le cierge de la Chandeleur – un crucifix, une statuette de la sainte Vierge, un vase avec des fleurs et une soucoupe contenant de l’eau bénite, avec une branche de buis. Souvent on faisait même une jonchée de pétales de roses sur le sol. Il y avait de nombreux reposoirs tout au long de la route chez les petites gens, mais les châteaux avaient aussi chacun un reposoir, et il y en avait souvent de très beaux. Texte rédigé pour les Amis du vieux Blanquefort vers 1977.

Entretien avec un ancien Blanquefortais. Les rogations : trois jours, ça durait. Le plus grand parcours, on passait au moulin, on passait sur la grand-route, on passait sur le petit chemin contre Dulamon, on sortait au moulin de Dulamon, on passait à Vuillaume, on passait par Linas… C’était la plus grande corvée. Alors, là aussi, quand on arrivait à l’école, dis donc, il était pas content le gonze. Je ne me rappelle plus où il y en avait ; par-ci, par-là il y avait des reposoirs, chez Gautier, à Montigny, chez Mme Lacaze, ou Lacaussade à Maurian. Il y avait des grandes fleurs pour les autels ; pour les fêtes, on allait chercher ça avec une charrette à bras. Entretien enregistré par Mme Picquot  le 12 décembre 2002, en présence de Mme Renée Martin.

Marie Destiq. Les rogations : elles avaient lieu trois jours durant, lundi, mardi et mercredi avant le jeudi de l’Ascension. Le départ avait lieu à 7 heures pour un retour vers 9 heures ; les enfants de chœur profitaient un peu d’une entente avec l’instituteur pour traîner un peu plus. Ils prenaient le temps de manger les cerises et les fraises qui garnissaient les reposoirs (ces précisions ont été fournies par M. Jean-Pierre Delhomme). Les familles disposaient de petits reposoirs très fleuris sur lesquels étaient disposés les primeurs et les fruits du jardin et des terres et le curé les bénissait ainsi que les champs, de façon à ce que les récoltes à venir soient bonnes. Souvenirs d’itinéraires : famille Robert à côté de Saint-Michel, à Corn chez Mme Dupuy, au Lout, à Laubarède, et le plus éloigné à Linas, à la croix des chemins [aujourd’hui disparue]. Marie se rappelle une promenade agréable, il faisait beau au petit matin, les odeurs, les herbes tremblantes. Sur le chemin, chants et chapelets se succédaient. Il y avait pas mal d’enfants et de paroissiens.

Philippe Déris. Les rogations : autant que je me souvienne, c'était peu de chose, sinon un parcours en campagne avec quelques jeunes filles et enfants de chœur à la suite du prêtre. On chantait les litanies des saints et on bénissait les récoltes.

Pierre Rouillard. J'assistais aussi aux processions, les Rogations, au mois de mai. Nous partions de bon matin, croix en tête, portée à tour de rôle par l'un d'entre nous. Les autres suivaient, puis le prêtre et les personnes de la suite. Des reposoirs étaient dressés chez des châtelains ou chez des personnes, qui voulaient faire bénir leurs terres afin qu'elles donnent une production abondante. Les autels étaient dressés et surmontés d'une croix tressée en jonc ou en osier. Dessus, installés, bottes d'asperges, bouteilles de vin fin, barquettes de fraises, paniers de petits pois fraîchement cueillis (tous produits du terroir.) Bénédiction terminée, nous repartions pour d'autres visites, chantant des cantiques.

Francine Marque. Les rogations : Sainte-Anne (la villa qui porte ce nom, boulevard Montesquieu) regroupait une partie des habitants du quartier. Maman érigeait un autel, une table avec une belle nappe blanche, bien repassée, une branche de buis pour le futur rameau béni, les chandeliers dont on avait fait les cuivres et de magnifiques bouquets de fleurs. Puis, M. le curé arrivait avec un enfant de chœur, bénissait l'assistance et la maison, récitait une prière. Chacun apportait un présent pour le prêtre (sucre, huile, etc.) Et moi, toute fière, j’apportais un bouquet à la maîtresse, j'avais ce matin-là le droit de manquer l'école.

Henri Bret. J’ai un souvenir très précis de la procession des Rogations, les 3 jours précédant l’Ascension quand le groupe, sorti tôt de l’église après une première prière, s’en allait à travers le village et s’arrêtait aux différentes petites tables que des fidèles dressaient près de leur habitation, souvent un rassemblement de plusieurs voisins qui préparaient ensemble. Sur la table recouverte d’une nappe blanche étaient posés des primeurs et fruits de saisons, entourés de multiples fleurs, le tout était très esthétique. Le curé bénissait l’ensemble et souvent les gens lui donnaient ce qu’il avait béni pour qu’il le ramène chez lui. La procession s’avançait parfois loin. Je me souviens, en particulier, du chemin de terre qui conduisait à Linas et que l’on empruntait à travers champs, au petit matin de printemps et qui reste pour moi un souvenir merveilleux. Les chants réveillaient un peu les oiseaux et les voisins. Cela se passait encore en 1948-1949. Cette tradition s’est perdue quelques années plus tard.

Marie Bret. Les rogations : c'était au mois de mai ; ce jour là, avant d'aller à l'école, il était 8 heures, on préparait un autel devant le portail du 5 bis rue de la République, on mettait une table avec une jolie nappe blanche avec de la dentelle, on disposait au milieu une petite statue de la Vierge Marie. Nous en avions une très jolie, bleue et dorée qui tenait l'Enfant-Jésus dans ses bras. Un jour que je me dépêchais, je suis tombée avec la sainte Vierge dans les bras et j'ai cassé le bras du petit Jésus, je me suis fait attraper. Nous mettions également une soucoupe avec de l'eau bénite (Maman en avait toujours de Lourdes). Ensuite, on disposait un peu de tout ce que nous avions récolté la veille : radis, fèves, salade, pommes de terre nouvelles, fraises, une bouteille de Canteret, le vin que nous produisions ; on mettait aussi un joli bouquet de pois de senteur. On voyait arriver le prêtre avec les deux enfants de chœur, il s'arrêtait devant notre présentoir, disait une prière, bénissait la récolte, et passait au suivant. C'était gai, ensuite on portait au presbytère ce qu'il avait béni. Une fois, j'ai demandé à Maman si on était obligé de tout lui donner, elle m'a fait les gros yeux.

La plupart de ces textes sont extraits de l’ouvrage La vie religieuse à Blanquefort au XX° siècle, Henri Bret, Publications du G.A.H.BLE, 2004, p. 87-111.



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