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Le parlé d'ici décrypté.

Jann Bonnemason, ancien instituteur, passionné par le langage local propose une approche linguistique du bordeluche : «  on reproche souvent aux Français de ne pas être de bons polyglottes. C'est peut-être parce que, ayant assez de diversité linguistique dans les racines de leur langage, ils négligent de s'intéresser aux langues vraiment étrangères. C'est en tout cas la réflexion que l'on peut se faire à la lecture de « Le français parlé à Bordeaux » (1), un ouvrage sorti au printemps dernier et qui sera présenté vendredi chez Mollat.

L'ancien instituteur Jann Bonnemason, auteur de ce livre, explique que « sans en avoir forcément conscience, la plupart des Français étaient en général trilingue ». Jusqu'à une époque récente, nombre d'entre eux parlaient trois langues : l'une des huit langues de France (à Bordeaux : le gascon, une version de l'occitan), le français et le français de leur région. Ce dernier peut-être vu comme un mélange des deux premiers. À Bordeaux, cela s'appelle le bordeluche. Jann Bonnemason rappelle qu'avant d'employer ce mot, le parlé local s'appelait le « pichadey ». C'était un sobriquet donné par les gens de la lande girondine à ceux des parties viticoles du département. À la différence de Guy Suire, qui a écrit plusieurs dictionnaires sur le bordeluche, le travail de Jann Bonnemason s'apparente plus à une étude linguistique. L'auteur ne propose pas une liste exhaustive des mots du pichadey, mais un choix représentatif. Mais surtout, au-delà des mots, il s'intéresse également à la syntaxe et à la phonétique de ce langage.

« Sans le savoir ». Mais qui parle encore le pichadey ? « Beaucoup de gens, mais parfois sans le savoir. Il y a quantité de mots qui sont passés dans le français. Quand je le leur fais remarquer, ils sourient aussitôt, car ils prennent conscience. Ce sont aussi des mots qui reviennent sous le coup de l'émotion », note Jann Bonnemason. Il suffit de quelques jours à un néophyte pour réaliser qu'il y a des expressions propres au cadre local. Cela va de la très basique « chocolatine » (ici on ne dit jamais un pain au chocolat) à la très courante « poche » (on ne dit pas non plus un sac, lorsqu'on fait ses courses), en passant par des tournures incorrectes en français académique, mais tout à fait admises à Bordeaux, comme par exemple « il me l'a dit à moi ». L'auteur montre également que le parlé local assourdit certaines lettres : un vieux bordelais dira par exemple le « clup » à la place du club. Parfois, la lettre disparaît : on dit « ruby » au lieu de rugby. Ces pratiques sont typiques du parlé local.

Le pichadey et le bordeluche subsistent donc à l'état de traces, d'irruptions, de mots, d'expressions ou de tournures qui s'intercalent dans le français normal. « C'est un substrat du français, qui est partout sous-tendu par des langues locales. Ici, le substrat, c'est le gascon. » On en connaissait, notamment grâce à Guy Suire, de nombreux mots. Après avoir lu Jann Bonnemason, on en comprend un peu mieux les origines et le fonctionnement. »

Article paru dans le journal Sud-ouest du mardi 10 avril 2012, journaliste Denis Lherm.

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