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Les sabotiers.

Longtemps le sabot a été la chaussure la plus communément portée par nos aïeux. L'imagerie ancienne le montre aux pieds des paysans et des villageois complétant aussi bien l'habillement quotidien du travailleur que le costume de cérémonie.

La classique carte postale « d'époque » évoquant une noce campagnarde, une fête villageoise, une danse folklorique ou des scènes de la vie courante en était l'illustration. Aussi, n'était-il pas étonnant que chaque ville, village ou quartier possède son atelier de saboterie, élément à part entière de la vie locale.

La littérature du XIIe siècle mentionne « çabot ». Le sens de chaussure n'est attesté qu'au XVe siècle, cette activité artisanale était encore très présente. Le déclin du métier traditionnel s'amorça lorsque les saboteries industrielles se créèrent un peu partout. Pour pouvoir vendre le sabot fait et façonné à la main, il fallait aligner son prix sur le sabot d'usine et cela devint impossible. La botte et la chaussure s'imposent. Le métier de sabotier connut alors un déclin rapide. En 1940, il existait 480 sabotiers en France, aujourd'hui il en reste très peu. En l'espace d'un siècle, la profession va disparaître et rejoindre l'émouvante famille des « vieux métiers », ceux que nos grands-parents racontent avec passion et nostalgie, mais dont il faut rechercher l'histoire dans les livres.

Au cours des siècles, le métier avait moins évolué dans les gestes que dans la façon d'être exercé. Ainsi, à des époques lointaines, les maîtres sabotiers vivaient en famille, dans les bois, au milieu des bûcherons et des charbonniers. Comme eux, ils gîtaient sous une hutte qu'on appelait aussi « le cul de loup ». Ils travaillaient, ils creusaient sur les lieux mêmes de la coupe ; les arbres choisis étaient abattus pendant la saison de l'été. La coupe était faite à la vieille lune de juillet et le ramassage au plus tard au début de l'automne quand la feuille tombait, c'est à dire aux environs de la Saint-Maurice (le 22 septembre). Puis les sabotiers prirent l'habitude de recevoir le bois là où se tenait leur échoppe. Les outils devinrent moins rudimentaires, les ateliers mieux équipés, mais la méthode de travail restait la même.

En début d'opération, ils calaient les grumes sur des « chèvres » et les débitaient en billes sensiblement de la longueur des différentes pointures à fournir. Ils prévoyaient un bon « pouce » en supplément pour compenser la réduction du bois lors du séchage. Ils mesuraient alors en « pouce » (un sabot de dix pouces équivalait à l'actuelle pointure « 40 »). Ensuite, dans l'atelier, ils fendaient les billes en quartier sur un tronchet, à l'aide d'une hache dite « épaule de mouton ». Le bois couramment employé était le bouleau, le hêtre, l'orme, l'aubier ou l'acacia. On évitait le frêne, beaucoup trop pesant mais le bois réservé aux bons clients était sans conteste le noyer. II y avait toujours des méchants quartiers : les trop noués ou les tordus finissaient en bois de chauffage. On gardait les meilleurs dans un coin. Le dégrossissage des quartiers s'opérait à l'asseau, toujours sur le gros billot, puis on empoignait le parair pour le bûchage. Ce paroir se composait d'une longue et large lame impitoyable pour l'ouvrier maladroit, emmanchée d'un bout à une double manique et formant un crochet à l'autre extrémité; ainsi le paroir se fixait-il à la bique sur l'établi.

sabotier

Morsure après morsure, le sabot prenait lentement son extérieur façonné. L'ébauche était serrée avec des cales en bois rudimentaires, la coche, pour y subir sa « creuse ». On commençait à débourrer le talon à l'aide d'une taraudière, puis on fouillait la « bauge de lièvre » au vrillet. Le trou était ensuite élargi avec des cuillères de différentes grosseurs allant de 12 à 15 « lignes » (une ligne équivalait à un douzième du « pouce »). Une petite gouge, la « pousseuse » permettait de foncer jusqu'à obtenir la pointure désirée. Enfin, le fignolage s'effectuait au « butoir » pour le talon, à la « rouane ». Petit à petit, toutes ces opérations manuelles furent adoucies par l'usage de la machine. Il faut savoir qu'avant l'arrivée de la machine il fallait à nos habiles sabotiers un bon tour et demi d'horloge pour tailler, bûcher et creuser une paire de sabots simples. En fin de journée, les pièces terminées étaient rangées au grenier. Les sabots séchaient là-haut pendant trois ou quatre mois selon les besoins. Jamais on y mettait des pièces inachevées ou sèches ; il aurait été trop difficile d'en terminer la creuse.

Il existait plusieurs modèles de sabots. Dans notre région, celui pour homme était couvert, sans fioriture, avec cependant une bride en cuir sur le coup du pied pour faciliter la marche. Le sabot du dimanche était verni. Le vernissage était effectué à l'aide d'une brosse plate en soie de porc. On appliquait un film protecteur composé de vernis à l'alcool additionné de brai en poudre et de gomme-résine de Manille, provenant de conifères originaires des Philippines et des îles du Pacifique.

Les femmes disposaient d'un sabot plus fantaisie destiné à recevoir un chausson. Elles les quittaient à l'entrée de la maison, ne gardaient que le chausson dans la pièce à vivre. À Parempuyre, les écoliers faisaient de même à l'entrée de la classe et ceci encore en 1944. Le sabot féminin était gravé et orné de petites fleurs naïves rehaussées de couleur. Il coûtait donc un peu plus cher. On le prenait pour aller à la messe ou au bal du village. Chez nous, le métier de sabotier se pratiquait encore au début du XXe siècle. Il existait dans la commune des ateliers de saboterie, notamment celui de Louis Chaussat au cœur du village, dans le quartier de Gossemot, aujourd'hui délimité par l'avenue Philippe et Hubert Durand-Dassier, la rue de l'ancienne Poste, la place Yvan Bric et l'avenue du stade.

Le sabotier Louis Chaussat et son épouse Julie ont élevé sept enfants dont quatre garçons qui ont tous mordu le bois. Il y avait Marcel, Henry, René, André dit « Toutou » bien connus pour leur bonne humeur et l'amour de leur métier qu'ils accomplissaient avec passion. Ils appréciaient leur travail et il n'y avait pas lieu d'en changer. Il faut dire qu'à cette époque ou presque tout le monde dans notre village portait des sabots, hommes, femmes, enfants à partir de quatre ou cinq ans. La clientèle ne faisait pas défaut. Une paire de sabots durait un à deux mois selon les travaux de la saison ou le pas du marcheur. Certains les usaient davantage parce qu'ils traînaient les pieds ou parce qu'ils devaient souvent marcher sur des sols caillouteux ; battre trop fort la semelle, cassait le talon, heurter une pierre, fendait le dessus.

fille-sabots

Dans une grande pièce de leur atelier, une cheminée en pierre servait à brûler copeaux, chutes de bois et était utilisée également pour se chauffer par temps froid. Les braises de ce feu servaient aussi de temps en temps à griller l'entrecôte accompagnée d'une bonne bouteille des vignes de notre Médoc renommé. Quelquefois, l'un de nos sabotiers, René, prenait son accordéon et les autres chantaient de vieux airs du paysan notamment sans doute « En passant par la Lorraine avec mes sabots », thème repris par Georges Brassens dans l'une de ses chansons à succès « Les sabots d'Hélène ». Il régnait dans l'atelier une franche atmosphère de bonne humeur et de camaraderie. Le client, par besoin mais aussi par plaisir, poussait la porte et disait « bonjour la compagnie ». On essayait le sabot qui devait s'ajuster dès le premier contact du pied. Nous avons un bon souvenir, assurent les anciens, de ces achats de sabots. La pièce sentait bon le vernis et le bois. Les Chaussat réalisaient à la demande de leurs clients artichautiers, faucheurs de marais, pêcheurs de sangsues et de grenouilles, un article très spécial : un sabot surmonté d'une jambière en grosse toile imperméabilisée à l'huile et préfigurant la cuissarde d'aujourd'hui.

De nombreuses expressions populaires ont employé le mot sabot : « Je le vois venir avec ses gros sabots » (je devine facilement ses intentions) ou bien encore « il est venu en sabots » (se dit pour rappeler les origines modeste d'un homme). Également « Il a du foin dans ses sabots » ou bien « travailler comme un sabot » c'est à dire mal. « C'est un vrai sabot », « dormir comme un sabot » (très profondément) « Elle n'a pas les deux pieds dans le même sabot » (elle est dégourdie)...

Hélas, l’atelier Chaussat va, comme tous les autres, mettre fin à son activité. Le sabot rejoint le passé, mais à Parempuyre, ce vieux métier n'est pas oublié ; au centre commercial, avenue Durand-Dassier, une résidence a pour nom : « La Saboterie ».

 

Rappel des mesures françaises anciennes :

Ligne (l/12 pouce) 0,002225 m

Pouce (1/12 pied) 0,02707 m

Pied (1/6 toise) 0,32484 m

Aune 1,18845 m

Toise 1,94904 m

Perche commune 6,496 m

Perche de paris 5,847 m

Lieu de Poste 3898,1 m

Lieu commune 4445,7 m

Texte et iconographie extrait : Les feuillets n°1 de la mémoire, ouvrage collectif édité par le Comité d’animation communale de Parempuyre, 1995, p.31-34.

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