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Les boulangers de Parempuyre.

Le recensement de 1891 : 1 119 habitants, nous permet d'identifier deux patrons artisans boulangers sur la commune de Parempuyre, ce qui montre bien l'importance de la consommation de pain à cette époque. La première boulangerie était tenue par Jean Audouard, avec son ouvrier Auguste Barthe ; la seconde, par Arnaud Sarrazin avec son ouvrier Cyrille Gardot. Il ne subsiste plus actuellement, en 1997, que le deuxième de ces ateliers et toujours au même emplacement (la boulangerie Brisse 32 rue du général de Gaulle), l'autre, la boulangerie Planté, a cessé son activité en 1958.

Aujourd'hui, d'autres points de vente à Parempuyre tels l'épicerie « Raiso », Intermarché, et la boulangerie Després sont des dépôts qui n'effectuent pas la totalité des opérations de fabrication. L'épicerie Raiso reçoit des pâtons surgelés prêts à cuire, Intermarché des pains terminés fabriqués en grande quantité dans les ateliers de la société « Marsan » à Mérignac. La boulangerie Després, vend du pain de son atelier artisanal de Ludon (antérieurement cette activité était exercée depuis 1940 par la famille Salanoubat). M. Després propose son « pain passion ». Il très apprécié des consommateurs. C'est un pain sans additif, ni améliorant, contenant uniquement de la farine, de l'eau, du sel et peu de levures (pain sur « poolish ») Ce qui lui confère une conservation d'environ huit jours.

La première boulangerie : le patron de cette boulangerie s'appelait Jean Audouard, né le 10 mai 1840 à Eysines. Il est déjà boulanger à Parempuyre lorsqu'il fait enregistrer la naissance de son fils Antoine le premier mars 1866. Cette boulangerie, aujourd'hui disparue, se trouvait à l'angle de la rue Maurice Pillon et de l'actuelle rue du général de Gaulle. En 1840, Parempuyre est un petit village d'environ 1 000 habitants où la boulangerie est une boutique d'alimentation générale dans laquelle on trouve un peu de tout. Le fournil est attenant à la boutique et le pain y occupe la place principale sous toutes ses formes traditionnelles : miches, pain de 4 livres, etc. Sa situation proche de l'école communale, évoque dans le souvenir des anciens la bonne odeur de pain sur le chemin de la classe. Jean Audouard était lui même fils d'un Jean Audouard, né en 1804, boulanger à Eysines ce qui montre bien la tradition familiale de cette profession. Il habite au lieu dit « Caillavet » avec sa femme Marie Jeantet. Les conditions de vie étaient certainement plus difficiles que de nos jours, car ils perdront deux enfants en bas âge Antoine et Jeanne. Leur autre fils Jean ne prendra pas la suite de son père décédé en 1891, à l'âge de 51 ans. Ce décès prématuré montre bien la dureté du métier de boulanger à cette époque. Pendant trois ans, la boulangerie continuera de porter son nom, c'est probablement sa veuve qui tient le magasin. Mme Marie Audouard faisait elle aussi partie d'une famille de 22 boulangers, son père Arnaud Jeantet était ouvrier boulanger à sa naissance le 21 avril 1846 à Parempuyre. Son frère Jacques avait déjà commencé l'apprentissage du métier lorsqu'il décède le 13 décembre 1853, à l'âge de 16 ans. En étudiant les actes d'état civil relatifs à la famille de Marie Jeantet, on trouve la trace de Pierre Fourton, agé de 55 ans en 1852, boulanger à Parempuyre ; s'agissait-il du patron de cette boulangerie à cette époque? C'est probable, mais nous n'avons pas pu le vérifier.

C'est dans l'annuaire de la Gironde que l'on voit le nom de Planté succéder à celui d'Audouard comme boulanger à Parempuyre pour l'année 1895. Cette année là, Jean Planté, originaire du Gers où il est né en 1865, devient le patron de cette boulangerie. D'un premier mariage avec Jeanne Parfait, il aura trois enfants : Joseph-Albert (1898-1929), Jeanne-Hélène (1899-1973), et Marie-Thérèse (1901-1944). Après le décès de sa femme en 1904 à Parempuyre, il épouse l'année suivante à Ludon, Marguerite Métayet qui l'aidera à tenir son commerce, et élèvera ses jeunes enfants. Jean Planté meurt à 63 ans, le 28 septembre 1928, sa femme Marguerite va diriger la boulangerie jusqu'à la fermeture de cette boutique, avec l'aide de Marie- Thérèse et du mari de celle-ci Jean Métayet qui est aussi boulanger. Plusieurs ouvriers boulangers vont travailler dans ce fournil, dont certains habitent encore notre commune (Claude Mauriac, Maurice Pessina...) Ils évoquent avec plaisir le souvenir de leur patronne Mme Planté, femme de caractère, dont la corpulence et l'amabilité sont aussi restées dans la mémoire de ses clients qui l'appelaient familièrement « Clarisse ». Marie-Thérèse meurt à 43 ans en 1944, sa fille Marinette lui succède dans le commerce familial, toujours sous la direction de Marguerite Planté. Mme Planté décède à l'âge de 84 ans, et la boutique ferme ses portes définitivement dans les années 1957-1958. II ne subsiste plus actuellement de traces visibles de l'existence de ce commerce, qui participa à la vie de la commune pendant plus d'un siècle.

La deuxième boulangerie : l'acte de mariage d'Arnaud Sarrazin avec Marie Bensac, figurant sur le registre d'état civil de Parempuyre, à la date du 21 septembre 1859 justifie de sa profession de boulanger dans le village. Ses parents habitaient déjà Parempuyre au lieu dit « le Port », où son père Guillaume Sarrazin exerçait le métier de meunier. Arnaud Sarrazin communiquera sa passion du métier de boulanger à son fils Antoine, né en 1860, qui le secondera dans son travail, puis lui succèdera à la tête de la boulangerie. Marie-Jeanne Millepied, l'épouse d'Antoine Sarrazin participera à son activité, en tenant la boutique jusqu'en 1921, date à laquelle il cesse son activité. Leur fille Pétronille, née en 1893, ne continuera pas dans la profession, et Antoine mettra son commerce en gérance.

D'après l'annuaire de la Gironde, la boulangerie a été tenue par un certain Marteau de 1922 à 1924, puis en 1925 par Octave Ducros, maître boulanger, né en 1881 à Soulignac (Gironde), fils d'Henri Ducros peintre en bâtiment. À partir de 1933, la boulangerie va porter le nom de Brisse, car Pierre Brisse rachète la boulangerie à Antoine Sarrazin lequel en était encore le propriétaire. Ce commerce est toujours situé dans l'actuelle avenue du général de Gaulle, au numéro 32. La famille Brisse est originaire du Médoc, Pierre Brisse est né à Bégadan en 1908. Ses parents ne sont pas boulangers, mais tiennent un café dans le village, où son père exerce également les métiers de « ferbotier » et de facteur. Sa mère exerçait la profession de sage-femme. Pierre Brisse a appris les rudiments du métier de boulanger dans la marine, où il est resté pendant 5 à 6 ans. À partir de 1927, il vient travailler avec son frère René dans l'atelier d'Octave Ducros. René quittera la boulangerie pour ouvrir « La Ruche », une épicerie au centre du bourg. En 1935, Pierre épouse Pierrette Lambert, née à Jau-Dignac et Loirac. De cette union naîtront, à Parempuyre, quatre enfants : Raoul, Simone, Robert, et Marie-Thérèse. Ils sont tous élevés dans la maison familiale qui jouxte la boulangerie. Seul Robert, leur troisième enfant, se dirigera vers le métier de boulanger. Il prendra la succession de son père après avoir obtenu un C.A.P de boulanger et le brevet de maîtrise. Pierre Brisse décède dans notre commune en 1986 à l'âge de 76 ans, usé par son dur métier qu'il a continué de pratiquer jusqu'à l'âge de 70 ans. En 1973, Robert rachète le fonds de commerce à son père et tient cette boulangerie avec sa femme Rose Cruze épousée à Bordeaux en 1972. Parmi leurs deux enfants, Valérie et Sylvain, seul Sylvain souhaite poursuivre la tradition familiale. Déjà tout enfant il aimait participer au travail du fournil et « mettre la main à la pâte ». Après une période d'apprentissage, il a obtenu son C.A.P de boulanger, ce qui lui à permis d'exercer pendant son service national. Il est prêt désormais à prendre la relève, et la boulangerie Brisse pourra continuer à fournir du pain traditionnel aux habitants de notre commune.

La vie de boulanger est une vie rude où la vie familiale et professionnelle sont étroitement liées. La fabrication du pain selon la méthode traditionnelle impose des horaires très durs. Il faut se lever très tôt pour assurer le pétrissage de la pâte, la première pousse, puis la confection des pâtons qu'il faut laisser lever dans des panetons avant de les enfourner. La boulangère se lève également de bonne heure pour mettre en place dans sa boutique le pain chaud sortant du four. Il faut aussi assurer la livraison du pain à domicile (le portage), surtout dans nos campagnes où l'habitat est disséminé sur tout le territoire de la commune. Ce portage doit se faire par tous les temps, il est effectué aujourd'hui à l'aide d'une fourgonnette qui a avantageusement remplacé les carrioles à cheval, le vélo utilisé par Robert Brisse, lorsqu'il était encore enfant, ou par Mme Brisse. Les distances parcourues sont très importantes, mais le portage permet un contact direct avec le client qui attend la visite du boulanger avec plaisir et quelquefois de l'impatience. Jusqu'à une époque récente, le boulanger mettait à la disposition des villageois son four encore chaud pour y cuire des volailles ou d'autres plats à cuisson lente, surtout pendant les périodes des fêtes ou des vendanges. Ceci montre bien le rôle social important de cette profession.

Conclusion : ainsi, au cours des siècles, le pain en tant qu'aliment de base a perdu cette place d'importance. Il reste néanmoins très présent sur nos tables et sous des formes très diversifiées : pain classique, pain de luxe, pain fantaisie agrémenté de graines (sésame, cumin, tournesol, épeautre, noix, etc.) En cette fin du vingtième siècle, les boulangers ont su renouveler leur profession, alliant savoir-faire tradition et nouvelles saveurs. Il suffit de voir le nombre important de nouvelles boulangeries dans les villes et les tréteaux de ventes de gros pains sur les marchés, pour constater que le français reste fidèle à son « pain quotidien ». Le pain de nos ancêtres et les pains d'aujourd'hui ont résisté au long chemin de la tradition. À ce titre, ils ont droit d'être inscrits dans notre mémoire collective. C'est pour cela que depuis 1996, le 16 mai, jour de la Saint-Honoré est devenu la journée nationale du pain et ce par décision ministérielle.

Nous tenons à exprimer nos plus sincères remerciements à toutes les personnes de Parempuyre qui ont bien voulu répondre à nos questions, et nous permettre ainsi de faire revivre la mémoire de notre commune. Nos plus chaleureux remerciements étant réservés bien évidemment à tous nos boulangers et plus particulièrement à M. et Mme Robert Brisse.

Texte extrait : Les feuillets n°1 de la mémoire, ouvrage collectif édité par le Comité d’animation communale de Parempuyre, 1995, p. 22-27.

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