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La vie des habitants avant et après la Révolution.        

Les plus anciennes informations que nous ayons datent de 1659. Il s'agit d'une transaction entre le sieur Curé de Parempuyre, Claude Sivenac et les propriétaires des marais. Il s'agissait de définir le programme des cultures à ensemencer. L'obligation est faite aux cultivateurs d'avertir le décimateur avant de commencer la récolte et laisser la dîme des grains dans les champs. Les vignerons doivent également, lors des vendanges, fournir la part du raisin qui constitue la contribution à la dîme. Les impôts et taxes ne manquent pas à cette époque, mais Parempuyre est surtout concernée par la dîme. Elle est universelle et frappe donc toutes les propriétés : royales, seigneuriales, religieuses, roturières. Personne n'y échappe : catholiques, protestants, juifs ou hérétiques. Plusieurs catégories de dîmes sont prélevées :

- la grosse dîme concerne les récoltes de grains et de vin,

- la menue dîme est prélevée sur le chanvre, le lin, les légumes et les fruits,

- la dîme de cornage s'applique aux « fruits » des troupeaux.

Rien n'y échappe. Et ce n'est pas tout, car il faut aussi s'acquitter de la corvée royale qui consiste à travailler gratuitement pour améliorer les chemins et les écoulements dans la commune. Rien ne semble avoir changé jusqu'à la révolution qui transfère aux citoyens les pouvoirs des seigneurs et supprime les avantages du clergé. Cependant si la dîme a été abolie, les agriculteurs ne sont pas exempts de taxe pour autant ; désormais il s'agit de contribution patriotique : on ne donne plus aux mêmes, mais on donne toujours. Il semble toutefois que les plus nantis soient les plus imposés, ce qui n'était pas forcément le cas auparavant. En 1791, les dépenses de la commune sont de 404 livres pour l'année ; elles passent à 594 livres en 1792, puis à 650 livres en 1794. Pour dépenser, il faut lever des impôts. Certains agriculteurs sont donc tenus à la contribution, pour un montant proportionnel à leurs richesses. La manière de vivre ne s'est pas améliorée pour le petit peuple. En avril 1793, les paroisses voisines font défense à leurs boulangers de vendre aux étrangers du lieu. Or, la population de Parempuyre était trop faible pour qu'un boulanger ait pu s'y établir. Dans ces conditions, la famine et la disette menacent et risquent de provoquer des troubles, ce qui amène la municipalité à adresser une plainte au district administrateur du département.

lagrange

Des documents révèlent que le percepteur, M. Dussault, n'ayant pas de monnaie pour rendre aux contribuables, a des difficultés pour recouvrer les impôts. Le sacristain utilisant ses propres cordes pour sonner les cloches, les reprend pour ses besoins personnels, ce qui, là aussi, pose problème car il n'y a pas de vieux cordages dans la commune et le marchand cordier ne passe plus. Le plus préoccupant reste toutefois la cherté de la vie. Avec le produit de sa journée de travail (8 livres), une femme peut acheter une douzaine d'œufs et il lui faut deux journées pour un fagot de bois de chauffage. Les hommes, suivant le métier qu'ils exercent, sont à peine mieux payés. Les laboureurs et bouviers gagnent 9 livres, les maçons et charpentiers 11 seulement. Les vignerons et fossoyeurs reçoivent 16 livres ce qui leur permet de faire, modestement, vivre leur famille. Les enfants sont, pour leur part, contraints très tôt à gagner leur subsistance. En 1874, la population de Parempuyre est estimée à 870 habitants. C'est un bourg peu important. L'école compte 85 élèves que se partagent deux enseignants et l'instituteur fait office de secrétaire de mairie. L'abbé Broussard à la charge des âmes, le docteur Egly veille sur la santé des corps. Deux aubergistes sont installés au bourg et deux au port Lagrange. Trois boulangers satisfont les besoins de la clientèle (le pain à cette époque constitue la base de l'alimentation). La majeure partie des habitants cultive la terre des grands propriétaires. Le mode d'exploitation est le fermage pour les prairies, les terres labourables et les jardins maraîchers. Les vignobles sont exploités au prixfaitage.

Le langage et le costume des habitants sont, écrit un chroniqueur de l'époque, les mêmes que ceux des faubourgs et environs de Bordeaux. Il est cependant fort probable que l'on parlait le patois médocain, qui n'est autre qu'un dérivé de la langue d'oc. Deux très importantes sociétés de secours mutuels regroupent 100 membres chacune ; la société Saint-Charles a pour président Oscar Rondeau, et le comte Trigant de Beaumont préside la Société Saint-Pierre. Dans leur édition de décembre 1994, les Cahiers Médulliens (d'après une étude de Mme Chantal Chabrol-Chardon, effectuée en 1980) notent très précisément ce qu'étaient ces organismes : « ces sociétés de secours mutuels, au moyen de cotisations mensuelles ou hebdomadaires, venaient en aide à leurs membres en cas de maladies ou d'accidents imprévus, soulageaient les vieillards infirmes ou sans travail et s'occupaient de tous les frais d'enterrement de ceux de leurs membres qui disparaissaient... Selon une des hypothèses, l'Église aurait joué au sein du mouvement mutualiste le rôle qu'elle avait auparavant dans les confréries. La majorité des sociétés se place sous la protection d'un saint... ; une des originalités est la présence de femmes dans ces sociétés, reconnues par les autorités en septembre 1845. À Ludon, il existait même une société de secours mutuel composée de femmes, la société des mères de familles... Il est évident que dans le Médoc, le nombre de membres des sociétés s'occupant plus ou moins de la vigne dépasse numériquement tous les autres groupements ; ils sont suivis des artisans, viennent ensuite les cultivateurs des terroirs autres que ceux de la viticulture, les éleveurs, enfin les petits commerçants et fonctionnaires. En général, l'instituteur est membre de la société, le curé s'y rencontre peu, le médecin est rare alors que le pharmacien est souvent présent... L'argent venait des sources diverses : mises de fonds des membres honoraires et bienfaiteurs, droits d'entrée et versements mensuels des sociétaires, subventions de l'État, le département, la commune, dons et legs des particuliers, intérêts des fonds placés à la caisse d'épargne et à la caisse des dépôts et consignations, produits des amendes... À la fin du siècle, la loi du 1er avril 1898, la charte de la mutualité uniforme et laïcise les différentes catégories d'associations ». Ces sociétés étaient les précurseurs de la Sécurité Sociale. Il existait également des aides (assistance médicale gratuite, aides aux vieillards) ou primes (pour femmes en couches) provenant des fonds communaux. Pour recevoir celles-ci, les mères devaient en faire la demande dans un temps déterminé après la naissance de leur bébé. On note dans un compte-rendu que l'une d'elles n'ayant pas fait la démarche à temps se voit attribuer en lieu et place et à titre tout à fait exceptionnel, une prime à l'allaitement.

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En 1905, le budget destiné au pain du pauvre étant insuffisant, un crédit supplémentaire est voté, ce qui laisse supposer une augmentation de la pauvreté. C'est d'ailleurs en 1906 que la population commence à décroître. Le phénomène de désertification des campagnes se constate ici comme ailleurs ; les jeunes quittent le village pour travailler en usine au nord de Bordeaux. Pourtant, la vie commerçante et artisanale se porte bien. Tous les petits métiers aujourd'hui disparus ont leur atelier ou échoppe : un sabotier à Gossemot, un tonnelier, un bourrelier et un maréchal-ferrant rue Principale, un forgeron-taillandier au carrefour chemin de Bel-Air/chemin de Bigeau.

Chaque habitant, même au bourg, a son potager souvent agrémenté de quelques arbres fruitiers, ce qui n'empêche pas le commerce d'alimentation de bien fonctionner ; on en trouve plusieurs : La Ruche, tenue par M. Pauly, chemin de Bel-Air, une boucherie place du Centre. Rue Principale, deux boulangeries, une charcuterie, un laitier, une poissonnerie sont installés.

En 1910, un bureau de bienfaisance est créé. La même année, une société de préparation militaire, « La Persévérante », aménage un stand de tir à la gravière située route de la Gare. L'année suivante, le Syndicat des Palus organise un concours de vaches laitières réservé aux propriétaires de la commune possédant moins de 15 vaches. Le plus bel animal sera récompensé par une prime de 25 F versée à son propriétaire.

Les noyades étaient très nombreuses au port de Lagrange ce qui amène les édiles à étudier, en 1913, un projet de morgue et tarifier les frais occasionnés par la prise en charge de chaque noyé. La population décroît encore et la première guerre mondiale n'arrange pas les choses bien au contraire. L'entre-deux-guerres ne paraît pas avoir davantage été une période prospère. Le travail de la terre se poursuit mais de nombreuses vignes sont abandonnées. Une scierie s'installe près de la place de l'Eglise (actuelle rue Maurice Fillon) en 1928. La population décroît toujours et pourtant elle retrouve le goût de la fête ; chaque quartier a la sienne et veut élire sa reine ce qui entraîne des polémiques. Il faut l'intervention du Maire déclarant que « toutes les reines qui seraient élues dans la commune seraient toutes les reines de Parempuyre » pour calmer les esprits. L'année suivante, une nouvelle société de tambours et clairons fait son apparition. Également en 1938, une usine d'équarrissage s'installe au lieu-dit Croix de Pinon (ou Pirron), actuellement rue Bel-Air.

Texte extrait : Parempuyre, sa mémoire, ouvrage collectif édité par le Comité d’animation communale de Parempuyre, 1995, p.83-86.

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