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L'histoire du « train fantôme » à la gare Saint-Jean de Bordeaux.

Une plaque va enfin rappeler l'histoire du train de déportés qui a mis 2 mois pour parvenir à Dachau. Passagère du train et rescapée du camp de Ravensbrück, Renée Lacoude, habitante de Saint-Médard-en-Jalles, témoigne :

 Le train fantôme : l'une des plus étonnantes histoires de la fin de la dernière guerre. Un train de déportés sur la route des camps de concentration qui a mis si longtemps à atteindre son but - deux mois au lieu de 3 jours - que beaucoup ont cru que le convoi avait disparu de la circulation, ses prisonniers aussi. 170 résistants girondins étaient à bord, comme Renée Lacoude, 95 ans aujourd'hui. À part dans les écoles, elle a rarement témoigné. Elle a accepté de le faire pour « Sud Ouest ». Elle le fera brièvement aussi pour la première fois en public, ce matin en gare de Bordeaux.

- Remoulins (Gard) « Le train s'arrête souvent. Le 12 août, on stoppe à Saint-Cézaire près de Nîmes. Deux jours d'arrêt puis la gare de Remoulins où de nouveau un arrêt. Quatre jours. Toujours entassés dans les wagons. Jamais il n'a fait aussi chaud. Nous avons soif mais n'avons pas d'eau. »

- Sorgues (Vaucluse) « Le 18 août, le train s'arrête. Le pont de Roquemaures est détruit. Escortés par les Feldgendarmes, on fait 17 kilomètres à pied à travers les vignes de Chateauneuf du Pape pour rejoindre Sorgues. Là, la population est extraordinaire. Elle nous aide. En nous donnant de l'eau, des fruits. Des habitants et cheminots permettent aussi une trentaine d'évasions.»

- Pierrelate (Drôme) « Le 19 août alors que nous parvenons en gare, le train fait l'objet d'une attaque aérienne. Ce sont les alliés. Il y a des morts, des blessés. Avec des tissus de couleurs, certains d'entre nous constituent des drapeaux français et les glissent à travers une ouverture. La fusillade cesse. Les morts sont déposés et enterrés à Montélimar. »

- Livron (Drôme) « Le 20 août, nous arrivons à Livron. Le pont a été détruit. On nous oblige à descendre et marcher sur les planches encore accrochés à ce qui reste de l'ouvrage. Les Feldgendarmes menacent ce qu'ils ne veulent pas traverser. Un train nous attend de l'autre côté. »  

- Merrey (Haute-Marne) « Le 25 août, nouvel arrêt Le pont de Merrey (Marne) a été détruit par les résistants. Ils ont aussi haché les rails. C'est là qu'il y a le plus grand nombre d'évasions. Après avoir percé le plancher et s'être laissé glissé sur le ballast, 70 personnes au moins. »

- Ravensbrück « Le 28 août, le train arrive à Dachau. Les hommes descendent, les femmes poursuivent le voyage pour rejoindre le 1er septembre le camp de Ravensbrück. Avec le matricule 62 440, j'y suis restée jusqu'en avril 1945. J'ai travaillé au camp puis dans une usine Siemens. Cette période, je veux l'oublier. C'est trop dur. L'enfer. Même pas la moitié d'entre nous sont revenus. »

« Longtemps j'ai gardé ce triste épisode pour moi », dit-elle. « Nous ne sommes plus très nombreux à pouvoir témoigner. Je pense qu'il est nécessaire de rappeler le contexte et rétablir quelques vérités. Le rôle joué par les cheminots par exemple. On les a trop souvent accusés de collaborer. Dans notre histoire, c'est tout le contraire. Ils ont fait des choses admirables. Si le train a mis si longtemps, c'est qu'ils ont tout fait pour le retarder et l'empêcher d'arriver. Ils ont saboté des locomotives, retardé des manœuvres pendant que les résistants faisaient sauter des ponts, arrachaient les rails, facilitaient les évasions. »

Renée Lacoude avait 27 ans lorsqu'elle a été arrêtée. Le 14 juin 1944 à Bègles. Chez elle, sous les yeux d'Alain son fils, 6 ans, horrifié. « J'étais rattachée au réseau de résistants Andalousie. J'étais chargée de recueillir des informations ferroviaires et de les transmettre. » Son fils, s'en souvient comme si c'était hier. « Un cauchemar. Les images sont toujours là, gravées dans ma tête », confie-t-il en retenant difficilement son émotion.

Un drôle de train :

Renée Lacoude a été conduite au fort du Hâ. Quelques jours plus tard à Toulouse, débute l'histoire du train fantôme. Le débarquement de Normandie vient d'avoir lieu, les Allemands s'activent pour constituer un convoi à destination des camps. Le 3 juillet, un train s'ébranle avec, tassés dans des wagons à bestiaux, 402 détenus du camp pour étrangers du Vernet et 150 résistants enfermés à la prison Saint-Michel.

De nombreuses voies étant coupées, le train prend le chemin de Paris via Bordeaux. Le 3 juillet au soir, le train est à Saint-Jean. Le 4, il redémarre à destination d'Angoulême par des voies secondaires. À Parcoul-Médillac, il fait l'objet d'une attaque anglaise. Les alliés pensent qu'il est bourré de soldats allemands ! Quatre morts. Le 8 juillet, le train arrive à Angoulême. La gare est détruite. Le train revient à Bordeaux.

Pas de locomotive disponible. Les wagons sont paralysés en gare. Quatre jours durant, les prisonniers y restent enfermés. Avec un minimum d'eau et de vivres.

Le 12 juillet, toujours pas de motrice disponible. La résistance cheminote fait son travail ! Les hommes sont conduits et enfermés dans la synagogue, les femmes à la caserne Boudet. 28 jours plus tard, le 9 août, le train peut repartir. Les 552 prisonniers toulousains y sont rejoints par 150 prisonniers du Fort du Hâ.

Sur le chemin de l'enfer :

« Ça va vous étonner, mais pour nous, c'était comme un soulagement », raconte Renée Lacoude « On nous amenait soi-disant dans un camp de travail. Cela nous paraissait bien mieux comme perspective que la prison où nous étions enfermés dans des cellules minuscules. » Renée Lacoude déchante bien vite. « Nous étions 65 femmes réparties dans deux wagons. Nous étions moins serrées que les hommes mais c'était tout aussi dur à supporter. Nous étions en plein été. La chaleur et l'odeur étaient insupportables. Surtout à l'arrêt. Rien pour s'asseoir, rien pour dormir aussi. Juste des boîtes de conserves pour faire ses besoins. Nous n'avions rien à manger et à boire Le train devait rejoindre les camps en trois jours, tout était donc prévu pour trois jours. Les Allemands n'avaient aucune réserve. »

Les voies de Paris étant impraticables, c'est par le sud que le convoi prend le chemin… du nord. Toulouse, Nîmes puis la vallée du Rhône. Parti le 9 août de Bordeaux, le train arrivé le 28 août à Dachau.

« Certains jours, on s'arrêtait totalement, d'autres on ne faisait que 20 kilomètres lorsqu'on ne reculait pas. Les résistants faisaient tout pour retarder le train. Surtout après le débarquement du midi. Les troupes montaient vers le nord, ils pensaient qu'ils rattraperaient le train et pourraient nous sauver. »

D'où un très grand nombre d'obstacles et de péripéties (voir ci-contre) et plus d'une centaine d'évasions ! À chaque arrêt, des prisonniers en profitent pour s'échapper. D'autres après avoir découpé le plancher des wagons et en se laissant glisser sur le ballast. « Jusqu'au jour où les Allemands ont découvert le système et laissé traîner un crochet à l'arrière du train pour projeter sous les roues ceux qui se laissaient tomber. »

Des plaques pour rappeler l’odyssée :

Jusqu'en 1990, soit durant plus de quarante ans, cette histoire est curieusement restée sous silence. Personne n'en parlait, personne ne l'évoquait. Elle a refait surface lorsque des habitants de Sorgues (Vaucluse) ont retrouvé trace du passage du train fantôme et ont reconstitué le récit. Ce qui les a conduits à recontacter des rescapés. Le lien qu'il fallait rétablir ! Trois ans plus tard, plusieurs rescapés se retrouvaient réunis à Sorgues et créaient l'amicale des déportés du train fantôme.

Pas moins de six livres aujourd'hui racontent l'histoire du train et plusieurs cinéastes se sont inspirés de certaines scènes pour le reproduire.

L'amicale se fait un devoir maintenant de poser des plaques souvenirs sur les sites majeurs. Pour que personne n'oublie. Une dizaine de plaques à ce jour.

Celle de Bordeaux a été dévoilée dans le hall de la gare le 24 mars 2012, en présence de Renée Lacoude, présidente d'honneur de l'amicale, de Guy Carpetta et Jean-Daniel Simonet, coprésidents de l'amicale, respectivement petit-fils de Palmido Guido et fils de Jacques Simonet, deux déportés de Dachau.

Article du journal Sud-ouest du 24.03.2012, de Jean-Paul Vigneaud

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