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La réglementation de l’économie après la Révolution.

En cette période, le Médoc faisait partie du 3ème district de la 3ème division de la sénéchaussée de Bordeaux. Les réglementations étaient aussi nombreuses que draconiennes. En matière de ravitaillement, les prix furent imposés dès 1790. À Lesparre, la livre de bœuf, de veau, de mouton ou de porc coûte 7 sous, la livre de vache grasse 5 sous, de vache maigre 3 sous et 6 deniers. L'abattage est également réglementé. À Blanquefort, « ne pourront, les bouchers, tuer ou faire tuer bœuf et veau, sans préalablement en avoir averti l'officier municipal de police, le tout sous peine de 500 livres d'amende ». On prenait soin de bien préciser au public que les morceaux de première qualité sont « dans le bœuf : la cuisse 1es filets et les premières entrecôtes ; dans le veau : la cuisse, la longe et les cotes fines ».

Pour le pain, il est décidé que « les boulangers ne feront suivant l'usage que trois espèces de pain : du chouanne, du pain co (sic) et du pain brun. Ces trois espèces de pain seront composées de farine de froment sans aucun mélange d'autre farine, excepté le cas de disette de farine de froment, et alors les dits boulangers ne pourront, sous peine de 500 livres d'amende, faire de mélange sans y être préalablement autorisés.

- Le chouanne sera fait en miches de deux et d'une livre ;

- Le pain co sera de douze et de six livres ;

- Le pain brun sera du poids de seize et de huit livres, le tout bien conditionné et cuit. »

Mais, dès 1793, le pain se fit rare et il fut stipulé :

- que, désormais, ils (les boulangers) ne manipuleront qu'une espèce de pain où entreront toutes les farines ;

- que la taxe dudit pain serait à raison de deux deniers par livre du prix du blé. »

Durant plusieurs semaines, les Médocains n'eurent pas de pain. Un apport de blé venant de Charente-Inférieure les sauva de la famine. Des troubles s'en suivirent et des forces de police furent envoyées de Blaye pour rétablir l'ordre. Ce que nous appelons le « marché noir » sévissait déjà et, à Pauillac, Saint-Seurin, Saint-Estèphe, Saint-Laurent et Lamarque, notamment, le pain était vendu à un prix exorbitant. Dans d'autres communes, le pain fut remplacé par la mique (c’est une pâte à pain qui peut être agrémentée avec de l'œuf, du lait et du beurre et qui est cuite à l'eau.) et la lize faites avec du maïs. Voici les prix extrêmes des céréales à diverses époques des XVIII et XIXème siècles dans notre région (extraits de « l'Histoire de Lesparre ») ; ces prix s'appliquent au boisseau :

Mai 1789 : froment 21/25, seigle 16/20, maïs 12/19, haricots 20/25

Septembre 1792 : 22/29, 17/22, 16/20, 18/21

Janvier 1793 : 26/33, 22/26, 12/17, 18/21

Novembre 1799 : 25/24, 19/24, 10/17, 20/31

Octobre 1809 : 13/14, 9/10, 6/10, 13/21

Avril 1814 : 13/19, 9/14, 5/ 8, 8/16

Juin 1815 : 20/23,14/16, 10/16, 20/21

Février 1848 : 20/22, 14/16, 9/10, 24/23

Jusqu'à la fin du XIXème siècle, ces prix varieront peu, avec toutefois une légère augmentation après le traité de Francfort en 1871.

Le vin fut aussi taxé suivant ce barème : 1re qualité : 600 livres le tonneau, 2ème qualité : 400 – 3ème qualité : 333 - vin blanc : 200. Au détail, le prix du litre était de 6 F, 65. Quant au tabac, il valait en 1791, 37 sols la livre et 3 sols l'once.

Les arrêtés furent les plus divers si l'on en juge par les exemples suivants : dans « l'Histoire de Lesparre », nous lisons que, le 12 avril 1790, « intervint un arrêté interdisant les jeux de la balle et de la poque, sous peine de vingt-quatre heures de prison... Cette mesure fut prise à la suite des plaintes des familles dont les chefs se ruinaient à ces jeux. Le jeu de la balle n'est autre que l'un de ceux connus sous les noms de longue-paume et courte-paume, dont le tennis moderne est une variante. Quant à la poque, c'était une sorte de jeu de cartes, aujourd'hui hors d'usage, mais qui a été repris sous le nom de bog ou nain jaune. Par ses règles, il a aussi quelque analogie avec le poker. »

Les travestissements du carnaval furent interdits à deux reprises, de même que la pêche sous peine de confiscation des filets et de 20 livres d'amende. Les cabaretiers, aussi nombreux, sinon plus, que de nos jours, devaient fermer leurs établissements durant les offices divins et le soir à des heures différentes suivant les communes. De plus, certains d'entre eux « se servant de bouteilles et non de mesures décidées par les règlements », furent obligés « d'user des mesures d'étain duement estampées et étalonnées ».

Les habitants étaient-ils obligés de se rendre dans les cabarets pour boire ? Cela semble curieux dans un pays de vignobles et, pourtant, à Blanquefort, durant le Consulat, « ils n'avaient d'autre boisson durant le courant de l'année qu'une eau acidulée ».

Dans tout le Médoc, les chiens devaient être attachés durant les vendanges. La propreté des rues était demandée à tous les habitants sous peine de sanctions les plus sévères : « Il est enjoint à chaque habitant de faire balayer, chacun devant les portes, d'en sortir et enlever tous les bourriers et immondices ou autres obstacles qui pourraient s’opposer au libre passage desdites rues et de les rendre aussi praticables qu'elles pourraient l'être. » Les lieux de marché devaient être nets et il était défendu de « laisser sur place du bourrier et autres immondices », ainsi que « d'attacher sur le marché cheval, âne, mulet, bœuf ».

Comme dans tout le reste de la France, eurent lieu, dans notre région, les fêtes imposées par les gouvernements et destinées, pour la plupart, à remplacer les fêtes religieuses. Partout, le peuple s'y rendit plus par curiosité que par ferveur, si l'on en croit les comptes rendus que nous avons retrouvés. Nous avons déjà signalé que la Révolution eut peu d'effet en Médoc.

Du reste, les changements de régime furent toujours accueillis avec servilité par ce peuple paisible. Chacun cherchait sa tranquillité et, pour l'atteindre, prêtait tous les serments civiques demandés. Et, pourtant, ils étaient nombreux !

Les municipalités eurent, dès 1790, à s'occuper de problèmes les plus divers. Bien que mal préparés, les édiles s'acquittèrent convenablement des tâches nouvelles qui leur étaient confiées, aidés, durant la Révolution, par les régiments patriotiques dont les consignes étaient : « Protéger efficacement les propriétés particulières publiques ; exercer la police, maintenir ou ramener le bon ordre ou la tranquillité ; faire exécuter les lois et les règlements relatifs à ces objets. »

Guy Dabadie, Histoire du Médoc, imprimerie Samie, Bordeaux, 1954, p172-176.

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