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Joomla : Porte du Médoc

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Le château du Poujeau.

En Médoc, comme dans le reste de notre pays, au début de la féodalité  des « mottes » marquent l'emplacement de constructions militaires disparues depuis. Pour nous donner une idée de ce qu'elles pouvaient être, attardons-nous, par exemple, sur celle du Poujeau de Saint-Médard-en-Jalles.

Des fouilles entreprises à cet endroit permirent de découvrir les vestiges superposés d'installations successives.

Nous excusant de revenir en arrière sur l'ordre chronologique, parions d'abord des découvertes faites en ce lieu et datant de l'époque romaine : dans cette sorte de presqu'île formée par les méandres de la Jalle (dont la source était appelée « font de Cap dau Bosc », fontaine placée à l'extrémité d'un bois), fut établie, en tous temps, une installation militaire, le lieu étant particulièrement favorable à la défense.

II est aujourd'hui prouvé que, à l'époque romaine, plusieurs habitations s'y trouvaient à l'abri d'une enceinte fortifiée, avec un monument d'une certaine importance. Les travaux de déblaiement permirent d'y découvrir, en dehors de silex taillés provenant d'une époque plus ancienne :

- des armes (fers de lances, pointes de flèches, éperons),

- des ornements (agrafes, fer à cheval, boutons),

- des médailles,

- des ustensiles (poteries vernies, pichets, bassins évasés et à filtrer, assiettes),

- des instruments métalliques, et surtout des pierres dont l'abbé Caudéran, auteur des découvertes (Le camp romain de Saint-Médard-en-Jalles, abbé H. Caudéran et Marius Sirgand), dresse l'inventaire :

- plusieurs pierres d'appareil moyen, lisses ou striées soit en long, soit en large, soit en travers,

- deux pierres de petit appareil, carrées,

- deux gargouilles de chêneau ou de fontaine,

- trois fragments de deux meules en pierre dure, portant trace de l'usure circulaire et servant à moudre le grain ou l'argile,

- de grands fragments d'auges tombales et de leurs couvercles,

- plusieurs dalles à paver, en carré long, minces, de dimensions moyennes,

- du ciment blanc avec graviers et gros fragments de briques à rebords et autres,

- nombreux moellons bruts,

- grosses briques plates à rebords, d'un grain fin, rouges, pour toitures,

- briques moyennes, plates, pour carrelage,

- une brique angulaire pour carrelage, à grain grossier,

- tuiles de recouvrement, courbes, analogues à nos tuiles creuses,

- une brique plate pour carrelage, à dessins géométriques : raies droites deux à deux, se coupant à l'angle droit et recoupées par un double arc de circonférence,

- un joli mascaron en terre.

L'auteur ajoute : dans le sol primitif, sous le rempart du camp, ont été enfouis de gros blocs de pierre, par monceaux de cinq ou six ensemble, chaque monceau distant du voisin d'environ cinq pas. Trois monceaux ont été reconnus.

Deux questions se posent naturellement :

1. Ces monceaux ont-ils été placés pour servir de guide aux remblayeurs ?

2. Ne seraient-ils pas d'une plus haute antiquité, quelque enceinte sacrée des temps gaulois ?

Passons maintenant aux découvertes relatives à l'époque gui nous intéresse dans ce chapitre et datant probablement du Xème siècle.

Continuons à citer l'abbé Caudéran : « Le Poujeau devint un véritable fort ; l'ancienne île fut coupée en trois : au couchant, un camp à demi circulaire ; au milieu, le terre-plein du village ; au levant, une motte ronde.

Pour rehausser la motte et le camp, l'on recreusa la Jalle qui dorénavant, coula par trois profonds canaux ; les terres calcaires extraites du fond furent rapportées sur la motte et sur l'enceinte du camp, jusqu'à la hauteur de seize pieds au-dessus des eaux moyennes pour la motte et de treize à quatorze pieds pour l'enceinte.

Les glacis sont entièrement pavés de morceaux de tuiles enfouis dans une couche noire de terre végétale, et c’est justement dans cette couche mince qu'ont été recueillies les monnaies anglo-françaises qui déterminent approximativement l'âge des remblais. La motte et les remparts ont été construits entre le XI et le XIIème siècle, antérieurement à la duchesse Éléonore.

L'axe des deux buttes est dirigé selon la ligne équinoxiale. Cette ligne prolongée vers le couchant va passer au château de Belfort, point culminant de la lande, à cinq kilomètres de distance. Elle suit à peu près le cours de la Jalle sans rencontrer de point saillant, à moins que l’on ne compte comme tel le moulin du Thil, jadis fortifié, et, bien loin, tout à fait à l'horizon, le monastère de Bonlieu (le Carbon Blanc).

La butte du levant est une motte pleine, élevée de quatre mètres au dessus du niveau moyen des eaux et d'environ six mètres au-dessus du fond de la Jalle. Les remparts du camp sont un peu moins élevés ; le terre-plein du camp et celui du village ne sont pas à deux mètres au-dessus du niveau de l'eau.

La motte du Poujeau est à peu près circulaire. Le diamètre de la terrasse est de 23 mètres ; celui du massif, à la base, est de 33 m. 70. Le glacis du levant était un peu plus raide que celui du couchant. Cette motte portait probablement une tour. Sur les glacis, les fragments de briques sont nombreux.

Le camp : Le diamètre de l'enceinte est de 35 m. 50, mesurés sur la crête des remparts, dont la terrasse a 2 mètres de largeur ; l'épaisseur à la base des glacis est de 13 mètres. De l'enceinte, vers l'angle sud-ouest, le pic heurte les fondations d'un puissant massif, d'une tour sans doute.

Au pied du glacis, au sud-est, existait un mur de soutènement en moellons, dans lequel ont été trouvées quelques pierres d'appareil. Ce mur protégeait l'unique entrée de l'enceinte au milieu du demi-cercle formé par le rempart. C'est par là que l'on communiquait avec le village.

Un puits était creusé profondément dans le sous-sol, de manière à capter les eaux du marais et encastré dans le mur-palier du pont-levis. Dans les pleines eaux, ce puits devenait fontaine ; en temps sec, l'on puisait soit de dessus le palier, soit en descendant par l'escalier.

Les gargouilles retirées des murs peuvent avoir servi de canal à la fontaine mais ce n'est pas certain. Le cimetière est décrit, d'autre part, en ces termes par Marius Surgand : ces sépultures étaient certainement des sépultures chrétiennes ; situés à des profondeurs variant de 0 m. 40 à 0 m. 70, les cadavres étaient généralement entourés de pierres sèches posées sur champ qui enserraient la forme du corps. Cet encadrement, très étroit autour des pieds, s'élargissait aux épaules et contournait la tête. Certains squelettes n'avaient de pierres qu'à la tête ; presque tous avaient la tête posée sur une pierre plate et abritée par deux autres pierres. Dans deux ou trois tombes seulement, on pouvait retrouver la trace du mortier ayant servi à relier entre eux les matériaux dont elles étaient formées.

Situées à des profondeurs inégales, les tombes ne portent la trace d'aucune inscription. Les matériaux qui les constituent sont formés de pierres brutes, mêlées à des pierres taillées, sculptées même, qui semblent avoir été empruntées au hasard aux constructions avoisinantes.

Les cadavres ont tous les bras uniformément allongés le long du corps. On peut affirmer de la façon la plus certaine qu'ils ont été ensevelis sans cercueil.

Il est bien certain que les restes qui nous occupent se rapportent à l'époque de la première domination anglaise en Aquitaine sous les Plantagenets. La tradition locale a, du reste, conservé un souvenir vivace quoique confus des événements auxquels ces vestiges se rattachent.

Bien que se trouvant éloignée de toute construction religieuse ou autre, la grande butte dont nous avons parlé s'est toujours appelée Pujeau de la Capelle. Aujourd'hui encore, on chante en patois, dans le village de Gajac, un quatrain significatif dont voici la traduction : Ils sont là dans la prairie, La tête sur la pierre dure. Pour la Saint-Pierre et la Saint-Paul, ils sont là tous en repos. »

S'il était permis de hasarder une conclusion..., nous dirions que l'on se trouve en présence du théâtre d'une lutte soutenue par une troupe anglaise auprès d'une construction féodale. Le feu a détruit l'édifice et les morts ont été ensevelis aux abords de ses ruines. »

M. Durand parle également de ce camp dans un rapport à la commission des Monuments historiques de la Gironde : La motte féodale est parfaitement conservée et a tous les caractères de celles déjà connues et qui ont porté des châteaux antérieurs au XIIème siècle. Son fossé, malgré les atterrissements qui en ont exhaussé le sol, reçoit encore, dans une partie de son développement, les eaux de la Jalle dont il est tangent.

Ce camp est le premier dont l'existence ait été signalée dans le département. Au cours des fouilles, furent trouvés en ce lieu : des objets en métal et en ivoire, des armes, des clés, des pierres (souvent de l'ancien camp romain et ayant servi à la seconde construction), des pièces de monnaie diverses (Philippe-Auguste, Jean le Bon, le Prince Noir), etc.

Guy Dabadie, Histoire du Médoc, imprimerie Samie, Bordeaux, 1954, p.48-53.

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