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Une approche passionnante de l'occitan.

Présentation du livre Patrick Lavaud, le directeur des Nuits atypiques, aux éditions de l'Entre-deux-Mers.

La voix est rocailleuse parfois, chevrotante celle-ci. Malicieuse souvent, grave à l'occasion. Dans les oreilles, la musique des mots inconnus raconte l'histoire de ces comptines où il est question de l'enfant qui ne veut pas s'endormir et pour lequel on appelle le sommeil, du petit doigt ou de la limace…

Une langue entendue. Patrick Lavaud a toujours été intéressé par l'occitan que ses grands-parents et son père parlaient. « C'est une langue que j'ai entendu vivre, mais je n'ai jamais compris pourquoi, à l'école, on ne m'en disait rien. » Jeune adulte, il s'y intéresse et cherche à la parler. « J'ai eu envie de me la réapproprier. J'ai fait des efforts pour l'apprendre. » En 1981, il crée d'ailleurs un festival occitan, à Eysines, qui marchera pendant huit ans. « J'ai eu envie d'aller sur le terrain rencontrer des gens qui parlaient l'occitan. En 1983, alors que j'étais surveillant d'externat au collège de Castelnau-de-Médoc, j'ai demandé à mes élèves s'ils connaissaient des personnes de leur entourage qui parlaient encore cette langue. »

Locuteurs naturels. Dans cet ouvrage, il publie la reproduction du premier texte transmis par la grand-mère d'une élève. « En trois ans, je suis allé la voir six fois et je l'ai enregistrée. » Elle ne sera pas la seule. En quelques années, sur ses loisirs, Patrick Lavaud parcourt le Médoc pour enregistrer, avec son petit magnétophone, ces grands-pères et grands-mères. « J'avais envie d'être avec des locuteurs naturels, sans passer par le canal de l'écrit. À l'époque, on parlait d'ethnologie d'urgence. Il fallait faire vite… »

Une cinquantaine de personnes seront ainsi enregistrées, pendant une vingtaine d'heures au total. Patrick Lavaud, happé par la vie, range soigneusement ces enregistrements. « Mais, à l'approche de la cinquantaine, j'ai eu envie de faire quelque chose d'accessible au grand public. » Il a donc numérisé toutes ses cassettes et les a remises aux Archives départementales. Elles sont aujourd'hui rassemblées dans un fonds qui porte son nom. Il a conservé une copie numérique « et, avec les progrès technologiques qui ont été faits dans ce laps de temps, j'ai pu imaginer ce livre accessible à tous, y compris aux instituteurs. C'est un outil scientifique et pédagogique ».

Sur son ordinateur, Patrick Lavaud a scindé chaque comptine, chaque chanson, chaque histoire qu'il a retranscrite en occitan puis en français. Chaque écrit est répertorié sur les trois CD qui accompagnent le livre. Le lecteur peut à loisir entendre les vieilles personnes - toutes ont disparu depuis- , lire leur histoire en occitan et comprendre le sens en découvrant, d'un seul coup d'œil, la traduction française. Le résultat est superbe, d'autant que des cartes postales complètent l'ensemble.

Un deuxième tome sera consacré au même travail réalisé en Bazadais et un troisième dans le nord des Landes et au sud de la Gironde. « Lo Medòc de boca a aurelha » (Le Médoc de bouche à oreille). 20 euros. Un livre témoignage qui comprend trois CD remplis de trésors : la parole occitane reçue d'anciens Girondins installés dans le Médoc.

Assis chez eux, le micro tendu, il a passé des heures à converser et écouter les « anciens » livrer, dans la langue occitane, leurs précieux souvenirs médocains. Pour incarner enfin cette mémoire de traditions, d'histoire, de vie, Patrick Lavaud a créé un livre qui parle. Accompagné de trois CD, l'ouvrage publié par les archives départementales offre un témoignage unique de cette vie du début du siècle dans le Médoc.

Ethnologue de formation, le jeune homme qu'il était dans les années 70 entend toujours parler ses grands-parents et parents en occitan, « mais jamais à moi ». Depuis, cette langue que certains croient morte n'a plus de secret pour lui. « J'étais surveillant à Castelnau, j'ai commencé à demander aux enfants si on parlait occitan dans leur famille… De fil en aiguille, j'ai récolté près de vingt-cinq heures de son. »

Ethnologie d'urgence. Du travail à la fête, des comptines aux berceuses, c'est toute une poésie qui se déroule dans les quelque 200 pages et les trois heures de son de l'ouvrage. « Je savais que je faisais de l'ethnologie de l'urgence. L'occitan du Médoc est une langue particulièrement malmenée. » Les habitants ont à l'époque beaucoup de liens avec l'autre côté de l'estuaire et Bordeaux et ont très vite rencontré la langue d'oïl. « Le Médoc s'est desoccitanisé par rapport à Bazas, par exemple, où on entend encore parler occitan sur le marché. » En parcourant des yeux et des oreilles le Médoc du début du XXe siècle, on découvre le vin de Listrac, les huîtres du Verdon, la foire de Sainte-Hélène ou la fontaine de Bernos.

La petite histoire, celle que les manuels scolaires ne nous enseignent pas, est ici livrée par celle et ceux qui auraient pu être nos grands-parents voire nos arrière-grands-parents. « Qui aujourd'hui, dans le Médoc, connaît les gabares de l'estuaire qui assuraient les échanges de marchandises avec Bordeaux, ou le gemmage des pins ? »

Outil pédagogique. À écouter parler cette grand-mère à la voix hésitante, on en a une image si précise qu'elle finit par nous paraître familière. « Si on laisse aux « héros » le soin de nous raconter leur histoire, alors la langue devient charnelle, habitée. Elle cesse d'appartenir au passé. »

Car l'objectif est bien là : donner un outil pédagogique à ceux qui tentent de réanimer cette langue, de lui faire une place dans son berceau. « Il faut redonner la fierté de la langue. Si elle n'est plus parlée, c'est aussi que ceux qui la parlent ont besoin d'un endroit où se retrouver. Il y aura forcément des curieux qui, comme en arrivant dans un pays étranger, auront envie de comprendre l'origine d'une expression ou du nom de ce lieu. »

Histoire d'une terre. La toponymie peut être une porte vers la langue des anciens. Savoir que le lieu-dit où l'on vit signifie « chante coucou » « cante cocut » pousserait n'importe quel curieux à ouvrir un peu plus grand ses oreilles… Un savoir utile pour connaître l'histoire d'une terre, la manière dont elle a été exploitée. « On peut se servir du parlé pour nourrir le tourisme. La création du parc naturel doit être associée à cette unité de culture. »

Après sa longue période de collectage, l'auteur a confié aux soins des archives départementales de conserver ces trésors dans un fond qui porte d'ailleurs son nom. Mais récemment, il a réalisé que seule une dizaine de scientifiques qui s'intéressaient au sujet le consultaient. Ce livre veut être dans toutes les mains, qu'elles soient rugueuses, ridées ou encore un peu trop frêles pour le tenir, ses chants et histoires caressent toutes les oreilles.

Promouvoir l'histoire et la langue comme des entités étroitement liées voire inséparables pourrait faire émerger de nouveaux récits. L'auteur, jamais réticent à chanter ou conter, attend avec impatience les rencontres avec des élèves ou membres d'association. Et parce que la mémoire a toujours besoin d'être stimulée pour faire émerger ses secrets, « j'aurais toujours mon enregistreur avec moi au cas où… »

 Patrick Lavaud, organisateur des Nuits atypiques de Langon, livre bilingue sur la langue occitane en Médoc « Lo Medòc de boca a aurelha » (Le Médoc de bouche à oreille). 20 euros. Un ouvrage audio pour « incarner l'histoire ». Sud-ouest Lesparre-Médoc lundi 27 février 2012, par Marie Le Guillou.

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