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Un testament qui sort de l’ordinaire.

Les grands bourgeois bordelais qui vivaient à Blanquefort une partie de l’année dans leurs châteaux et belles demeures avaient pour certains une conduite de vie des plus nobles. Ainsi, M. Ginouilhac, propriétaire de Muratel, rédige quelques temps avant sa mort ce beau testament, léguant à son neveu Gaston Balguerie la propriété de Muratel [la mairie actuelle] et à un autre neveu Humbert une propriété [située rue de Ginouilhac au Taillan, mitoyenne de Blanquefort]. Il décède à Pau (Basses-Pyrénées) où il résidait momentanément le 3 mai 1896 sans laisser aucun ascendant, ni descendant. Il pense aux paroisses protestante et catholique, à des maisons de santé, à son personnel, à sa famille, aux gens qui le servaient [voir en particulier la fin de l’article 9 ; noter aussi l’allusion à la filature de soie à l’article 8].

Testament olographe de M. Ginouilhac du 25 juin 1894 déposé chez Maitre Desclaux de Lacoste, notaire à Bordeaux, (3E 31 866 aux archives départementales) suivant acte de ce dernier du 21 mai 1896 (3E 31 888). Très belle écriture sur quatre grandes pages de papier fin patiné. Le notaire Desclaux de Lacoste sursigne à chaque page : « pour ne varier »

« Voici l’expression de mes dernières volontés écrite et signée de ma main. J’institue pour mon légataire universel mon neveu Albert Dadre, fils ainé de ma sœur Augustine Dadre, décédée à Saint-Hyppolyte du Fort (Gard) en juin 1893. Comme témoignage de la tendre affection que je veux donner à ma femme et pour que autant que cela dépend de moi, elle puisse continuer son même genre de vie, je donne à ma chère femme Marguerite Ginouilhac la jouissance pendant sa vie de tout ce que je laisse et seulement après elle à sa mort mon légataire universel deviendra propriétaire de ce que je possédais personnellement.
À la mort de ma femme, mon légataire universel ou ses héritiers devra payer les legs suivants :

1. Je donne aux pauvres de Saint-Hyppolyte du Fort (Gard) la somme de 2 000 F.

2. Je donne à la maison de santé protestante de Bordeaux, située rue Cassignol, la somme de 5 000 F.

3. Je donne à l’asile des vieillards protestants de Bordeaux, situé rue Sainte-Élisabeth, la somme de 2 000 F.

4. Je donne aux asiles John Bost de Laforce la somme de 12 000 F.

5 et 6. Je donne à la fabrique de l’église Saint-Louis des Chartrons, rue Notre-Dame, la somme de 1 000 F, à charge pour elle de faire dire une messe mensuelle et perpétuelle le 29 de chaque mois et le 28 février pour ma chère mère Églantine Ginouilhac. Idem pour l’église catholique de Saint-Hyppolyte du Fort, Gard (je fais observer que le nom d’Eglantine ne figure pas, je crois, sur son acte de naissance)… et 200 F pour mettre dans un vase tous les dimanches en toute saison un bouquet de fleurs fraiches aussi joli que comportera la saison sur la tombe de ma chère mère…

7. Je donne à Abel Janicot, paysan en ma propriété de Muratel, la somme de 15 000 F, plus ma grande maison avec premier étage, divisée en deux et située à Blanquefort au lieu appelé les Sables ou Chante-coucou. Je lui donne aussi les deux petits lots de terrain complantés en jardin et situés au nord derrière la dite maison. Je lui donne aussi le carreau du jardin du sable situé au couchant du passage commun et pas très loin de la maison que je lui laisse. Ce carreau de jardin est celui qui est à gauche de la petite allée d’entrée et qui est attenant à la prairie de ma métairie. Je lui donne ma petite pièce de vigne de Canteret.

8. Je donne à Noémie Janicot, notre femme de chambre la somme de 8 000 F, plus un petit immeuble, composé de deux petites maisons communiquant, l’une de ces maisons a servi jadis de filature à soie et a été convertie en auberge, l’autre maison est une grande pièce au couchant de l’ancienne filature et y attenant et communiquant, le tout occupé actuellement par un locataire qui y tient auberge. Ce petit immeuble ainsi que le petit jardin derrière au nord et séparé par la place commune est situé à Blanquefort au lieu des Sables ou Chante-coucou. Le petit jardin situé au nord de la dite maison je le donne aussi à Noémie (écrit toujours Noémi)

9. Je donne à Mimi Janicot, paysanne sur ma propriété de Muratel à Blanquefort la somme de 5 000 F, plus une petite maison située à Blanquefort au lieu des Sables ou Chante-coucou, composée d’une chambre attenant à celle donnée plus haut à sa fille Noémie. Cette chambre était habitée par Georges, mon ancien vacher. Je lui donne aussi le petit chai attenant à la chambre et le petit jardin situé en face au nord derrière le chai et séparé par la place commune.

Je fais ces divers legs à la femme et aux enfants de Jean Janicot, mort chez moi, pour les remercier de leur attachement, des soins et du dévouement qu’ils m’ont toujours témoigné et en souvenir des bons et loyaux services de leur père et mari. Si l’un des ces trois légataires venait à décéder avant ma femme, à la mort de ma femme, le legs lui revenant serait donné à ses héritiers. Mon légataire universel n’aura à délivrer tous les legs que je fais qu’un an après la mort de ma femme.

10. Je donne à Victorine Besse, notre ancienne cuisinière, la somme de 10 000 F.

11. Je donne à Pauline, notre cuisinière actuelle, la somme de 1 000 F.

12. Je donne à Félix Recoquillon, notre jardinier qui est toujours au service de ma femme la somme de 1 000 F.

13. Je donne à M. Fernand Seurin, un de mes successeurs dans ma maison de commerce, la somme de 10 000 F.

14. Je donne à M. Jules Cayrel, un de mes successeurs dans ma maison de commerce, la somme de 10 000 F.

15. Je donne à ma belle-sœur Mme Emilie Henking, de Bergame (Italie) la somme de 5 000 F en souvenir de la bonne affection qu’elle nous a toujours témoignée (voir acte du même jour).

16. Je donne au consistoire de l’église protestante de Bordeaux pour les Pauvres Protestants de cette ville la somme de 5 000 F. Église protestante de Pau :1 000 F. Eglise de Menton : 1 000 F…

20. Je donne à mon neveu Humbert Balguerie ma propriété de Rives (ou Pives ou Prives) au Taillan.

21. Je donne à ma nièce Louise Balguerie ma métairie d’Andrian à Blanquefort, telle qu’elle est affermée au sieur Massé.

22. Je donne à mon neveu Gaston Balguerie ma propriété de Muratel composée de la maison d’habitation, de l’enclos et jardins y attenant et la pièce de l’ormière située en face de la maison et séparée de la cour d’entrée par le chemin. Conformément à l’acte de partage fait chez Maitre Desclaux de Lacoste entre M. Louis Dadre et moi, une partie des cuves, du chai et cuvier de Corbeil m’appartiennent et devront être portées avec d’autres vaisseaux vinaires à Muratel….

Le mobilier de nos maisons d’habitation appartient en grande partie à ma femme. Elle pourra donc à sa mort en disposer comme elle le désirera.

Je laisse cette jouissance à ma femme comme témoignage de ma vive affection, lui souhaitant d’être heureuse longtemps ici-bas et de faire des heureux autour d’elle.
En la quittant, je lui dis encore bon courage, lui rappelant cette parole de notre Sauveur... [passage religieux…] Je pardonne à tous ceux à qui volontairement ou non, j’ai pu faire quelque peine… Je dis non pas adieu, mais au revoir à tous ceux que j’aime et surtout à ma chère femme que je ne saurai trop encourager dans la patience et la pratique du bien.

Dans mes legs, j’oubliais Léon Cluzeau, notre nouveau cocher, à qui je laisse la somme de 1 000 F.

Fait à Blanquefort le 25 juin 1894, écrit, daté et signé de ma main. Louis Ginouilhac…

Je demande à être enseveli dans le caveau que j’ai au cimetière protestant de Bordeaux, priant ma femme de s’y faire transporter aussi à sa mort ».

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