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L’histoire du marais de Blanquefort.

Le marais fait partie du grand marais, au nord de Bordeaux, qui commence à environ un kilomètre de la place des Quinconces et se termine à seize kilomètres dans la commune de Ludon. Sa largeur varie de trois à six kilomètres. La nature marécageuse est accentuée par l’imperméabilité du sous-sol.

Le marais vit avec son temps, parfois isolé, d’autres fois en interférence avec les terres avoisinantes et la jalle. Ces terrains ont été et sont animés grâce à la ténacité d’hommes en lutte continuelle contre les éléments.

Le bassin versant de la jalle couvre environ trente mille hectares ; des ruisseaux appelés aussi crastes ou berles, confluent en amont pour se scinder après en deux jalles : la jalle du Taillan, au nord, et la jalle d’Eysines, au sud, cette dernière drainant les deux tiers du bassin versant. Elles se fondent ensuite pour former la jalle de Blanquefort qui se jette dans la Garonne quatre kilomètres plus loin. La majeure partie du bassin versant étant à une cote très basse, les jalles ont coulé et coulent sur une grande longueur entre des digues. Ces digues, dont on a souvent au cours des siècles sous-estimé la hauteur nécessaire, ont été rompues au moment de fortes crues, inondant les marais avoisinants et, en particulier, celui de Blanquefort qui est justement hors du bassin versant.

Les jalles prennent leur source dans la lande, creusent leur lit dans l’alios et traversent les marais avant de se jeter dans le fleuve.

De nombreux petits ruisseaux alimentent la jalle. Elle prend sa source dans la paroisse d’Illac, décrit un demi-cercle, puis traverse Saint-Médard, Eysines pour enfin passer au bas des coteaux de Blanquefort et se frayer un chemin dans le marais avant de se jeter dans la Garonne dont les eaux remontent d’environ 4 kilomètres pendant le flux.

Deux mots locaux : la jalle et l’alios.

- la jalle (terme local) : ruisseau ou rivière naturelle ou creusée par l’homme, qui se jette dans la Garonne ou la Gironde facilitant l’évacuation de l’eau de l’intérieur du Médoc. On lui donne parfois le nom d’estey dans la partie aval.

- l’alios (mot gascon) est un amas de sables soudés entre eux par de l’oxyde de fer et des colloïdes ; on obtient une sorte de roches quartzeuse de grès rouge ou noir que l’on trouve entre deux couches de sable dans la lande, soit mêlée à de la grave plus à l’est : c’est le cas à Blanquefort.

La jalle est la limite idéale en 1295 quand le roi Philippe le Bel, en s’emparant de Bordeaux, confirme le droit de possession de la ville sur son territoire. Durant des siècles, ces marais seront l’objet de disputes pour en posséder la propriété et l’usage.

« Le marais est le théâtre d’un des derniers affrontements de la guerre de cent ans. Le premier novembre 1450, des milliers de Bordelais, voulant mettre à la raison les soldats français de la Compagnie d’Amanieu d’Albret, s’enlisent dans les marais et traversent la jalle dans un désordre indescriptible. Il ne reste plus qu’aux soldats français qu’à sortir du bois où ils se sont embusqués pour massacrer les premiers Bordelais arrivés sur la terre ferme. Les survivants refluent vers le marais, c’est la déroute ; cette journée restera gravée dans les mémoires sous le nom de « la Male Jornade ». Pour lire l’histoire de « la Male Jornade », cliquez ICI.

Henri IV décida de mettre en valeur les marais dans un triple objectif : développer l’agriculture, assainir des zones insalubres et faciliter les communications. En 1599, il fait appel à un ingénieur Hollandais pour établir un plan sérieux de dessèchement.

Durant de longues années, ce fut un rapport de forces qui se joua entre Bordeaux et les communes mitoyennes de la zone de marais pour la possession des terres. Les marais de Bordeaux furent asséchés les premiers par Conrad Gaussen. Ce ne fut qu’en 1660 qu’un paysage nouveau apparut aux Blanquefortais : de nombreuses digues, huit canaux secondaires, affluents directs ou indirects de la jalle complètent la zone de drainage ; on régularise la sortie de l’eau de ces chenaux par des vannes et des écluses. Le niveau moyen du sol du marais est à trois mètres au dessus de l’étiage de la Garonne à Bordeaux.

Dans un plan conservé aux Archives municipales de Bordeaux, on observe des possessions des Frères prêcheurs (Dominicains) près de l’embouchure de la jalle avec un lieu-dit « les nonnes ». Est-ce pour cette raison que, plus tard, on nommera le pont qui sera construit sur la jalle « le pont des religieuses » ?

Vers 1670, nous avons donc :

- le marais desséché où on cultivera des céréales et où on pratiquera l’élevage,

- la palus, partie surélevée en bordure du fleuve où l’on pratiquera également l’élevage mais aussi la culture de la vigne,

- le marais mouillé, partie basse, envahie par l’eau l’hiver. Le jonc, l’osier, le saule et diverses plantes de marais y dominent.

La carte de Masse (1705) indique la frontière entre le Médoc et le Bordelais. « La jalle, petite rivière, fait la séparation du Médoc et du Bourdelais. Pour voir la carte, cliquez ICI.

De sa source, la jalle descend des landes de Saint-Médard recevant plusieurs petits ruisseaux dont le principal est la jalle de Martignas. Peu après le confluent, elle prend la direction ouest-est pour se jeter dans la Garonne. Des bois taillis (plus tard, des pins maritimes) bordent ses rives dans la partie supérieure de son cours. Du nord-ouest, elle reçoit les ruisseaux drainant les lagunes de Salaunes. Elle traverse ensuite un pays plat, humide et sablonneux qui devient de plus en plus marécageux à mesure que l'on s'approche de l'embouchure. Longue de quatre à cinq lieues, elle se divise en deux branches après le pont du Taillan :

- l'une, la jalle du Bois ou de Canteret, traverse les paroisses du Taillan et de Blanquefort.

- l'autre, la jalle de Plassan, coule dans les paroisses d'Eysines et de Bruges.

Suivant les époques, la jalle changera de nom sur certaines parties de son cours. Quelquefois, après des pluies abondantes et prolongées, les eaux des ruisseaux supérieurs gonflent la jalle. Elles arrivent avec tant d'abondance et d'impétuosité qu'elles dégradent les digues causant parfois des dégâts dans les marais.

Durant le XVIIIème siècle, on assista à de longs débats entre les Jurats de Bordeaux, les seigneurs et les propriétaires des marais de Bruges et de Blanquefort. Discussions nombreuses sur la fixation des limites des paroisses d’Eysines, de Bruges, de Saint-Rémy de Bordeaux et de Blanquefort, sur l’implantation d’écluses ou de moulins, conflits au sujet des ponts à construire et la navigation sur la jalle, fâcheries sur les équilibres entre hauteur de l’eau nécessaire aux retenues des moulins et la présence des animaux dans les prairies, sur les écluses devenues obstacles à la navigation, sur l’entretien des fossés et canaux…

Exemple du moulin de Grangeot : le seigneur de Blanquefort, duc de Durfort, propriétaire des moulins de Canteret et de Plassan, veut en implanter un autre sur la jalle qui est navigable. En 1721, il obtient l’autorisation des Jurats de Bordeaux de créer un canal rectiligne qui évite les méandres de la jalle et alimentera le moulin qu’il construit. Longue période de querelles. Le 21 juillet 1760, le seigneur de Durfort et le syndic arrivent à un accord : le maréchal de Duras consent à démolir le moulin ; un pont sera construit sur ses fondations.

Éléments extraits de l’étude d’André Guillocheau, Le Marais de Blanquefort et les terres environnantes, Publications du G.A.H.BLE, 1993, 128 p.

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