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Saincric, curé et maire.

M. Saincric paraissait porter aussi allégrement l'écharpe que l'étole. Il tenait à sa paroisse où il jouissait d'une saine popularité. Les paroissiens assistaient volontiers aux offices, le régiment patriotique était de toutes les cérémonies et les revenus étaient honnêtes.

Voici ce que touchait l'abbé Saincric en 1790 de la part des habitants :

- 30 tonneaux de vin à 100 livres le tonneau              3 000 livres

- 60 boisseaux de froment (14 livres le boisseau)         840   -

- 40 boisseaux de seigle (9 livres le boisseau)               360   -

- 20 boisseaux d'avoine (6 livres le boisseau)                120   -

- 20 boisseaux de blé d'Espagne (8 livres le boisseau) 160    -

- 18 agneaux                                                                    127   -

-   8 charretées de paille et de froment                            120   -

-   4 boisseaux de mongettes et de fèves                         48   -

-   2 quintaux de chanvre                                                   50   -

       Casuel                                                                      200   -

Il avait passé en 1788, un bail avec le fermier des Dames de l'Annonciade et lui vendait son vin à raison de 100 livres le tonneau.

Mais il avait, par contre, de lourdes charges :

- Il avait un vicaire et lui donnait                                 700 livres

- Il avait également comme frais :

  Imposition                                                                     68  livres

  Vingtièmes                                                                  440  -

  Fondation                                                                      50  -

  Pauvres                                                                       700 -

  Cheval pour le service de la paroisse                         300 -

  Réparations annuelles                                                  30 -

Déduction faite de ces charges, il lui restait, en 1791, pour son traitement, la somme de 974 livres 4 sols. Cet état de revenus était affiché à la porte de l'église, à la demande même de M. Saincric, cela sans doute pour couper court aux propos malveillants. En dépit des appels précédents au régiment patriotique, la municipalité manquait de force. Ses arrêts étaient discutés et on ne les observait pas. Aussi, les officiers municipaux écrivirent « à leurs concitoyens et amis composant le régiment patriotique de Blanquefort » une lettre dans laquelle nous relevons ceci : ... Protéger efficacement les propriétés particulières publiques ; exercer la police, maintenir ou ramener le bon ordre ou la tranquillité ; faire exécuter les lois et les règlements relatifs à ces objets, tels sont nos devoirs. ... Veuillez donc envoyer chaque dimanche et chaque fête, au bureau de la municipalité, quatre d'entre vous pour concourir à la paix, à l'union, et au bon ordre. »

Fort de l'appui obtenu, Couronneau repartit en guerre et pourchassa les abus dès les premiers jours de 1791. Il s'attaqua d'abord à la caste la plus puissante celle des cabaretiers. On se plaignait publiquement que les aubergistes vendaient au détail et « se servaient de bouteilles et non de mesures décidées par les règlements. Devant cette fraude, le procureur obtint de la municipalité une ordonnance qui enjoignait aux aubergistes, sous peine de 50 livres d'amende, « d'user de mesures d'étain dument estampées et étalonnées ». Le 10 mars et le 13 avril 1791, le pape condamna définitivement la constitution civile du clergé et la loi du serment. L'abbé Saincric eut-il quelques hésitations ? on ne le sait : en tout cas, il écrivit le 26 janvier 1791 : « Je soussigné, curé de Blanquefort en Médoc, déclare être dans l'intention de prêter serment exigé par les décrets de l'Assemblée Nationale de tout fonctionnaire public et de me concerter avec les officiers municipaux du lieu et du jour de la prestation du dudit serment. »

Le dimanche 30 janvier 1791, M. Saincric montait en chaire dans l'église paroissiale où étaient assemblés les notables et les citoyens de Blanquefort. « Levant la main droite, il déclara qu'il jurait de veiller avec soin sur les fidèles de la paroisse qui lui était confiée, d'être fidèle à la nation, à la loi et au roi et de maintenir de tout son pouvoir la Constitution décrétée par l'Assemblé Nationale et acceptée par le roi ». Il ajoutait, pour tranquilliser sa conscience : « Serait-il possible qu'en faisant ce serment, vous et moi eussions trahi les devoirs de notre sainte religion ? ». Le 17 février 1791, assemblée cantonale à Blanquefort. Les édiles de Blanquefort, Eysines, Parempuyre, Saint-Aubin, Saint-Médard-en-Jalles et le Taillan, se réunirent pour délibérer « sur les travaux les plus utiles et les plus urgents dans l'étendue du canton ». Le procès-verbal fut signé de : Saincric, curé-maire de Blanquefort ; Ponson maire d'Eysines ; Rondeau, maire de Parempuyre ; Bidon maire du Taillan ; et des procureurs et officiers municipaux présents.

Le 25 mars 1791, des vols ayant été commis chez la veuve Jean Baron, il fut décidé que des patrouilles sillonneraient les rues de la commune durant la nuit. Le 10 avril 1791, à la Landille, eut lieu un remaniement des cadres du régiment patriotique. Charles Taveau fut élu colonel à la place de M. Dutasta par 247 voix sur 264 suffrages émis. M. de Maurian fut élu lieutenant-colonel par 246 voix ; Mondon major par 167 voix, et Barada, aide-major par 82 voix.

Cinq jours après, un nommé Jean Jacquet fut malmené et « passé à tabac » par Jean B... et Marain dit Clairin. Sur un certificat du sieur Rossignol, chirurgien, produit par Jacquet, B... et Marain furent condamnés à « 12 heures et 24 livres d'amende chacun, dont la moitié sera pour payer le traitement de la maladie par eux occasionnée à Jean Jacquet, et l'autre moitié applicable aux frais et dépenses des patrouilles qui se font dans cette paroisse. »

Un arrêté du Directoire du département vint très opportunément imposer à la municipalité la nomination d'un juge de paix. Il fut décidé :

1° d'écrire « à tous les maires et officiers municipaux de chaque commune composant le canton pour les prier de prévenir les citoyens assemblés, que la réunion pour procéder à l'élection du juge de paix et assesseurs, aura lieu dans l'église de Blanquefort, le samedi 28 mai à 8 heures du matin et de les inviter à s'y rendre ;

2° d'écrire également à M. de la V... (?) « pour lui demander son agrément à tenir la susdite assemblée dans sa maison, près le présent bourg, en cas que l'église ne convînt pas pour cet objet aux citoyens du canton ».

Nous n'avons aucun compte rendu de cette réunion. Mais si un juge de paix fut nommé, les officiers municipaux n'en continuèrent pas moins à rendre la justice. Durant les six premiers mois de son mandat, M. Saincric signa généralement tous les actes et toutes les délibérations de la municipalité : « Saincric, curé-doyen de Blanquefort ». Bientôt il ne mentionna plus qu'en de très rares circonstances sa qualité de curé et il signera simplement « Saincric, maire » et toujours... avec les trois points maçonniques.

En mai 1791, les sieurs Barada et Jean Guillot-Chatillon sont autorisés à ouvrir une école. Le 25 juin 1791, prestation de serment des membres du régiment patriotique « d'être fidèle à la Nation et d'obéir aux ordres qui pouvaient être donnés dans les circonstances présentes par les corps administratifs. » Le 14 juillet, même cérémonie, plus solennelle encore, à la Landille : « Je jure d'employer les armes remises en mes mains à la défense de la Patrie et à maintenir, contre tous ses ennemis du dedans et du dehors, la constitution ; de mourir plutôt que de souffrir l'invasion du territoire français par des troupes étrangères et de n'obéir qu'aux ordres qui seront donnés en conséquence... ... Nous sommes avancés vers l'autel de la Patrie où il est chanté un Te Deum en actions de grâces », ajoute la municipalité.

Dans la séance du 21 août 1791, la municipalité « désigne les portes et murailles de l'entrée de l'église de Blanquefort, situées au couchant et, dans le village de Caychac, le mur du midi de la chapelle dite Saint-Ahon, pour être lesdits lieux exclusivement destinés à recevoir les affiches des lois et des actes de l'autorité publique ».

Il y avait beaucoup de pauvres à Blanquefort à cette époque-là. L'excellent M. Taveau convoitait un chemin qui coupait en deux ses propriétés. Il proposa à la municipalité de lui céder ledit chemin, moyennant quoi il s'engageait à donner 2 000 livres pour les pauvres. À l'unanimité, on accepta cette proposition. On ouvrit, en outre, au bénéfice des miséreux, une souscription « que ferait courir M. Fillon, officier municipal ». Parmi les 56 propriétaires et bien-tenants, qui signèrent ce procès verbal, figurent pour la première fois les noms d'un Dulau, prêtre, ancien chanoine de la cathédrale de Bordeaux retiré à Blanquefort, et de Dulamon, propriétaire du château du Luc. La municipalité touchait à la fin de son mandat. À la date du 13 novembre, des « avances » furent remboursées se montant à 66 livres 8 sols.

Le 30 novembre, le sieur Olivier succède à l'abbé Saincric comme maire de Blanquefort, Jean Cricq, Jean Bacquey et Bertrand Laloubeyre entrèrent au conseil municipal. Olivier eut tout de suite à juger les conflits les plus divers. Il ne tarda pas à se lasser puisque, à la date du 15 janvier 1792, il publia l'arrêté suivant : « Attendu que comme il survient continuellement une quantité d'affaires et que M. le Brun de Lafon, juge de paix du canton de Blanquefort, s'est offert à tenir des séances dans la paroisse pour la commodité des habitants, ladite commune, avec Nous, d'un commun accord, s'est obligée de lui fournir une chambre pour le loger et y tenir ses séances si bon lui semble, et quant à son secrétaire greffier, il sera logé également. » Cette chambre fut louée le 12 février à Marguerite Dubreuil, veuve Dubourdieu, pour la somme de 100 livres. Sur ces entrefaites, la pétition adressée au Directoire du département pour la reconstruction de l'église ayant reçu un accueil favorable, on décida d'écrive à divers maîtres de l'art pour leur demander un devis estimatif sur la dépense des travaux.

Blanquefort avait, à cette époque, deux notaires : les sieurs Berninet père et fils. La commune vivait sa quatrième année de la Révolution sous une avalanche d'arrêtés et de décrets draconiens. Pour la première fois, on voit apparaître, sous la plume du secrétaire de mairie, les termes du nouveau calendrier : « À Blanquefort, le quinzième avril mil sept cent nonante deux, l'an quatrième de la Liberté. » Tout était réglementé avec une minutieuse sévérité : la pêche, la chasse, le pacage, le pain, le vin, la promenade, la résidence par exemple.

En plus du marché tous les jeudis, il y avait quatre foires par an à Blanquefort : 1° le jour non férié qui suivait la fête de la Chandeleur ; 2° le lendemain du premier dimanche de mai ; 3° le 26 août ; 4° le 20 novembre, veille de la fête de Saint-Martin, dédicace de l'église. Ces foires avaient lieu sur la place « appelé Leyre où il y a un puits dans le coin, situé près de l'église. » Elles avaient été instituées à cause de la population de Blanquefort (3 000 habitants environ) et les nombreuses voies conduisant à cette commune facilitaient le commerce. « Le bourg étant peuplé, amplement bâti, et y ayant trois boulangeries et deux boucheries, on peut garantir sûreté et hospitalité aux forains. »

Mais sur le plan national, les évènements se précipitaient. La loi du 8 juillet 1792 demandant aux municipalités de faire l'inventaire des meubles et immeubles des émigrés, sont nommés à cet effet : Pierre Delas, Bertrand Couronneau, Charles Couronneau, Bertrand Bigey et Antoine Videau. Un confrère vint le rejoindre à Blanquefort. Le 20 mai 1792, « Pierre Dévignes, âgé de 69 ans et 7 moi, ci-devant curé de la paroisse d'Eysines, déclare être dans l'intention de fixer son domicile dans la paroisse de Blanquefort, maison de Mme Hostin, au village de Linas. » Il déclare en outre que sa pension avait été fixée par le district de Bordeaux à la somme de 500 livres. Il se présentera périodiquement devant la municipalité qui lui décerna, ainsi qu'à l'abbé Saincric, un certificat de résidence.

Mais, tandis que ces certificats délivrés à des laïques portent « qu’il réside sur notre territoire depuis x... mois, qu'il ne s'en est point absenté, qu'il y jouit de la réputation de bon citoyen », ce dernier qualificatif est omis dans les certificats décernés aux deux ecclésiastiques. Et les serments civiques se multiplient. Jamais la Landille ne vit un tel déploiement de force, un tel luxe de Te Deum. On y entendait périodiquement : « Je jure d'être fidèle à la Nation, à la Loy et au Roy », puis « l'on s'avançait vers l'autel de la Patrie ». Le 15 août 1792, séance houleuse de la municipalité. Il s'agissait de désigner définitivement le champ de foire. Les uns (Mondon, Delas, Fillon, Taste) en tenaient pour « la rue qui conduit du bourg à la Croix de pierre qui est devant le portail de Mme la veuve Beringheim (rue de la République actuelle) ; le maire et deux autres pour « le grand chemin de Galochet » (boulevard Alcide-Lançon actuel) ; Michel Massé tenant pour la Landille. La majorité l'emporta en faveur de la Croix de pierre. Charles Taveau et Antoine Berninet fils furent désignés pour recruter des soldats pour l'armée de ligne. Quand à Mondon, Armand Técheney et Antoine Bonnard, ils furent chargés de visites domiciliaires, devant désarmer tous les citoyens suspects, confisquer les armes et les munitions non déclarées.

Mais la municipalité voulut faire plus encore. Le 7 octobre 1792, elle déclara que « voulant de toutes les manières concourir au bien public et particulièrement à donner à la Patrie des frères d'armes dignes de la Liberté et capables de la défendre ou de mourir, avons pensé que par le concours général des citoyens, nous pourrons former une caisse patriotique, de laquelle on prendrait telle somme qui sera jugée convenable, de donner des gratifications à chacun des frères d'armes qui se présenteront de bonne volonté et ce en témoignage de leur zèle ». Quatre commissaires passèrent dans les maisons et recueillirent les cotisations destinées à alimenter cette caisse. Ils offraient également une prime de 150 livres aux volontaires qui se faisaient inscrire sur le registre d'enrôlement. On eut toutes les peines du monde à en recruter six : François Bouchet, Thomas Bonnet, Jean Guillebot, Armand Delas, Jacques dit Tougniou, Louis Constantin, qui rejoignirent leur compagnie, le 15 octobre à Bordeaux.

Le mandat confié à la municipalité Olivier touchant à sa fin, les officiers municipaux portèrent leur note et donnèrent au citoyen Antoine Delas, tambour-major, la paire de pistolets saisie au prêtre Dévignes « pour s'en servir dans le temps de ses fonctions ». Le 1er janvier 1793 eut lieu le renouvellement du Conseil. L'abbé Saincric fut élu maire à nouveau par 25 voix sur 40 votants. Furent élus officiers municipaux : Pierre Delas, Jean Cricq, Castérat aîné, Dumanes aîné, Jean Cotebise. Mais Castérat « se disant forcé, par une maladie existante chez lui depuis 25 ans, de refuser la place », Joseph David fut élu à sa place.

Guy Dabadie, Blanquefort et sa région à travers les siècles, Imprimerie Samie, Bordeaux, 1952, p. 91-96 et 99-104.

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