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Un rite disparu : les Ténèbres.

Nous avons recueilli plusieurs témoignages sur ce rite aujourd’hui disparu :

« Parmi les cérémonies religieuses de la Semaine Sainte, le vendredi, jour anniversaire de la mort du Christ, avait lieu en l'église Saint-Martin, ce que l'on appelait l'office des Ténèbres à 15 heures après-midi. Je ne me souviens plus quel en était le rituel, mais de mémoire et de ce que j'ai pu lire dans un vieux paroissien d'autrefois, cet office consistait en la lecture de l'histoire de la Passion suivie de la cérémonie de l'adoration de la Croix avec versets et chants appropriés. Dans ces lectures, il était souvent fait allusion au bois qui sert à fabriquer la croix des suppliciés utilisée à l'époque pour châtier les mécréants et choisie pour crucifier Jésus…Ce n'était pas un hasard si cette cérémonie d'après-midi du Vendredi-Saint, qui n'était pas particulièrement enthousiasmante, rassemblait autant de monde et surtout des jeunes. La raison en est la suivante : il existait une coutume à Blanquefort et peut-être même qu'à Blanquefort car je n'ai jamais su si elle se pratiquait dans les communes environnantes ou dans l'ensemble du diocèse de Bordeaux, qui faisait que tous les garçons ou presque devenaient, d'une certaine manière, acteurs de la cérémonie. Chacun d'entre eux en effet tenait entre ses mains, en la portant comme une croix, ce que l'on appelait une « ténèbre ».

C'était, en fait, un morceau de branche d'arbre dépourvu de feuilles, d'une longueur de 1,50 m environ et d’un diamètre variant entre 5 et 10 cm entre la partie basse par où on la tenait et la partie haute. Cette branche, le plus souvent en bois d’aubier, dépourvue de feuilles, faisait l'objet de décorations diverses et parfois remarquables réalisés le plus souvent par les pères de famille et les grands-pères, bien sûr même par ceux qui se tenaient quelque peu ou totalement éloignés des pratiques religieuses. Ce travail exigeait une grande patience, une habileté certaine et même parfois un réel sens artistique car il consistait, avec la pointe d'un couteau bien affûté, à effectuer, en ôtant l’écorce délicatement jusqu'au bois dur, de multiples dessins : spirales montantes et s'entrelaçant jusqu'à l'extrémité supérieure, losanges, cœurs, larmes, etc. Le haut de la « ténèbre » était fendu en croix et le bois était tenu entrouvert par deux chevilles ressortant visiblement de part et d'autre.

Ces « ténèbres » étaient bénies par le prêtre au cours de la cérémonie un peu avant la fin de l’office sans prière spéciale ou évocations particulières et les assistants se rassemblaient alors à l'extérieur, les porteurs s’alignaient devant les fidèles sur la place de l’église, les pieds au ras de la bordure en pierres dures. C’est alors que commençait la casse, morceaux par morceaux, de cette branche d'arbre bénie et, bien entendu, c'était là l’occasion pour quelques fiers-à-bras parmi les garçons les plus grands de faire valoir leurs forces et leur dextérité, le premier ayant brisé levant ostensiblement les bras, applaudi par les personnes présentes et surtout par les petites filles admiratives.

Ensuite, toutes les « ténèbres » étant brisées, les morceaux en étaient distribués sur place et des groupes de garçons et filles allaient de porte en porte dans le village proposer aux habitants les morceaux restant, ce qui leur valait parfois une aimable attention sous la forme de gâteaux ou bonbons. Bien entendu, un morceau de choix était réservé à la famille et surtout à celui qui avait confectionné la « ténèbre ».

Quelle pouvait être la symbolique de cette manifestation mi-profane, mi-religieuse ? Fallait-il y voir un rapport ostensible avec le bois de la Sainte-Croix, étant donné que durant la cérémonie le célébrant répétait souvent dans le contenu des lectures la courte formule « ecce lignum (voici le bois) ? Peut-être… Le bruit très fort à l'extérieur provenant du bris de plusieurs dizaines de « ténèbres » sur la pierre dure était-il censé rappeler le fracas du tonnerre et du vent évoqué dans les évangiles lors de la mort du Christ. Mystère…

Cette tradition a un jour disparu, je ne sais plus ni à quelle époque ni en quelle circonstance, mais vraisemblablement au cours des années 30. Mon grand-père Justin, chaque année, se procurait à mon intention la branche d'aubier nécessaire pour satisfaire à la coutume et c'était lui, qui, avec ses grosses mains de laboureur et son couteau de poche, confectionnait ma « ténèbre » ; ce n'était peut-être pas la plus artistique mais pour moi c'était la plus belle parce que c'était lui qui l'avait faite et c'était moi qui la portais et la brisais.

Extraits de souvenirs personnels rédigés par « Pierrot » Delhomme et intégrés dans La descendance de Justin Bret et de Céline Cornet, un couple de Blanquefort (monographie de Catherine et Henri Bret, printemps 2002 ; non publiée).

 D’autres témoignages :

- Les Ténèbres : on faisait un grand bout de bois qu’on fendait en quatre un peu pour commencer ; après, il y en a qui faisaient des sculptures sur l’écorce et tout ça, et puis après on cassait ça sur le trottoir de la place de l’église et puis on en donnait un morceau à chacun, celui qui en voulait. C’était béni, on le conservait. C’était après les Rameaux, c’était pour le Vendredi-Saint, je crois. C’était l’après-midi. Je ne le faisais pas car j’étais enfant de chœur, il fallait s’occuper, j’avais autre chose à faire, j’étais le manœuvre du curé (rires).

- Les Ténèbres : beaucoup de monde avant la mort de M. Poirier. Le Vendredi-Saint, lors de la célébration de la mort de Jésus, au cours de la célébration, les garçons cassaient les bâtons ornés qu’ils avaient préparés et les gens prenaient des éclats de bois en guise de porte-bonheur. Le curé les avait bénis auparavant (cette coutume est attestée dans pas mal d’églises en France). Elle a disparu à Blanquefort avant la guerre de 1939-1945 sans doute.

- Le Vendredi-Saint, jour anniversaire de la mort du Christ sur la Croix, il y avait une cérémonie l'après-midi avec chemin de Croix. En signe de deuil à la fin, on éteignait les lumières pendant quelques minutes, d'où le nom de Ténèbres. En sortant les enfants allaient casser une branche de bois tendre plus ou moins sculptée, contre une pierre (bordure de trottoir) de la place de l'église. Je ne connais pas non plus l'origine de cette coutume.

- Les Ténèbres : je me souviens de cette cérémonie religieuse de mon enfance. Le jour du Vendredi-Saint à 3 heures de l'après-midi avait lieu la cérémonie des « Ténèbres. » Cette cérémonie était précédée d'une préparation très particulière accomplie par mon père (Raoul Rouillard). Mon père coupait une branche d'aubier (arbre poussant au bord des fossés dont l’écorce était très friable), il en pelait l'écorce avec son couteau laissant apparaître un bois blanc. À l'aide de ce couteau il travaillait le bois, le façonnait, le ciselait pour lui donner une forme et en faire ressortir un manche d'une trentaine de centimètres, tout décoré de sillons et de figures dessinées. Le jour des « Ténèbres », ce beau bâton était remis à mon frère aîné Gérard. Nous partions avec ma mère et mon frère à la cérémonie qui se déroulait à trois heures de l'après-midi. Avant de rentrer dans l'église, les paroissiens étaient rassemblés sur le parvis, les garçons étaient regroupés par deux ou par trois, tous munis d'un bâton décoré. Monsieur le curé donnait le signal et les garçons de chaque groupe tapaient sur les marches de l'église afin de casser les bâtons en un plus grand nombre possible de morceaux. Mon frère Gérard et ses petits copains trouvaient cette démarche fort amusante et c'était pour eux un grand jeu, le cassage des bâtons. Puis, nous rentrions dans l’église, afin d'assister à la cérémonie religieuse qui s’ensuivait.

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