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Les enfants du marais blanquefortais.

Prenez vos bottes, on vous emmène dans le Blanquefort des marais, à l'époque où les 2 500 habitants de la commune s'endormaient, durant l'été, avec le coassement des grenouilles. Imaginez des fermes, comptant chacune leur mare et donc leurs grenouilles... imaginez à la place de la zone industrielle des pâturages traversés par de nombreux fossés juste aux portes du marais et... et suivez Marius Besnier et Pierre Gorphe dans leurs souvenirs d'enfants lorsqu'ils allaient pêcher la grenouille.

Equinoxes et Solstices : A quelle époque y avait-il beaucoup de grenouilles à Blanquefort ?

Marius : Je suis né en 1913 et je n'avais pas 10 ans quand j'allais à la pêche à la grenouille.

Pierre : On appelait ça les « grazac » (rires). Moi, je suis né plus tard et à la ferme où j'habitais, sur la zone industrielle (lieu-dit Dinassac), il y avait les fossés... on était aussi à côté des marais (le lac en face de l'usine Ford) et il y en avait partout...

ES : Quelle était la meilleure période pour les pêcher ?

M : On commençait vers mai-juin.

P : Oui, avant elles hibernent, puis elles recommencent à chanter en mars.

M : Et on continuait tout l'été jusqu'en octobre... il n'y avait pas d'ouverture et de fermeture de la saison de pêche à l'époque !

ES : À quel moment de la journée fallait-il y aller ?

M : N'importe quand. Le matin, le midi et même le soir.

P : Oui, mais plutôt en pleine chaleur car elles étaient à moitié endormies...

M : ... et la nuit, on y allait à la lumière (avec une torche).

P : Ce n'est pas la même pêche... c'est un peu braconner !

ES : Quelle espèce de grenouille était-ce ?

M : Les grenouilles vertes, ce sont les seules comestibles.

P : Il y avait aussi beaucoup de reinettes, mais on ne les pêchait pas.

M : Et puis il y avait aussi les « pissouses » !

P : Elles étaient dangereuses celles-là...

M : Quand vous les preniez, elles « pissaient » un liquide de défense qui brûle la peau !

ES : Racontez-nous comment se passait la pêche ?

P : On n’y allait pas tous les jours.

M : On avait les corvées à faire à la maison, le soir en rentrant de l'école ou le jeudi... Alors, on y allait uniquement quand on avait envie d'en manger.

P : J'y allais à pied, ce n'était pas loin... il ne fallait pas faire de bruit, sinon elles plongeaient. M : On partait tout seul ou alors à deux... Il fallait faire attention aux serpents... On prenait les grenouilles au grappin et avec de la laine rouge autour... Et puis on balançait ce leurre à côté d'elle.

P : Elle croyait que c'était une proie et elle le gobait. Il y avait un autre système : on prenait une grenouille grise, on la coupait en morceaux, puis on l'attachait à la ficelle de la canne en bambou. Ensuite, on approchait cet appât de la grenouille, elle le gobait et on n'avait plus qu'à la faire tomber dans le sac... au moins, ça ne lui faisait pas mal car elle n'était pas accrochée. Ca marchait bien comme cela aussi !

M : On avait aussi inventé le fusil à grenouille : on prenait un bambou, on glissait un fil dedans et à l'extrémité on attachait une baleine de parapluie qu'on limait un peu, ça faisait comme un harpon avec une gâchette ! On tirait la baleine grâce à un élastique !

P : Et puis il y en avait d'autres qui prenaient une planche, deux ou trois bougies et un bâton un peu plat et pas trop long. Ils allaient pêcher la nuit... il fallait rentrer dans l'eau, déposer la planche et les bougies et attendre qu'une grenouille saute sur la planche attirée par la lumière. A ce moment là, avec le bâton, il fallait l'assommer et la mettre dans le sac. J'y suis allé une fois comme cela mais cela ne m'a pas plu.

M : Mais vous savez, on en prenait juste ce qu'il fallait pour manger... ce n'est pas comme maintenant, on n'avait pas de frigidaire ni de congélateur.

ES : On pêchait la grenouille histoire de faire un repas, mais comment les cuisinait-on ?

M : On ne mangeait que les cuisses.

P : Il ne fallait pas se frotter les yeux ou le visage en les pelant car elles ont un liquide sur la peau qui brûle...

M : Puis on les faisait frire à la poêle. C'était un repas ordinaire.

Equinoxes et Solstices, juin 2002, n° 3, p. 20-21. Le magazine de la ville de Blanquefort. Avec l’autorisation de la ville de Blanquefort.

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