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L’ancienne église en 1840.

Le promeneur qui s’arrête sur la Place du IV septembre a beaucoup de peine à imaginer qu’un lieu si exigu ait pu recevoir autrefois une église et son cimetière. Cette place était en réalité beaucoup plus grande que de nos jours : à l’est, elle débordait largement sur le parc du château de Lescalle et à l’ouest, elle allait jusqu’à la rue C. Durgeon. Le plan ci-dessous permet de comprendre l’organisation des lieux.

emplacement-eglise

Laissons aller notre imagination. Nous sommes en 1840 et nous allons suivre le guide pour une visite détaillée.

Venant du bourg, nous nous arrêtons un instant à l’entrée du cimetière. Il est clos de murs, un portail métallique en commande l’entrée. En son milieu trône l’église bien assise au sol, allégée par un clocher élégant, c’est le plus important édifice de la paroisse. Si la construction semble remonter au XII ou XIIIème siècle, elle a subi au cours des âges de nombreuses modifications.

eglise.1840dessin Michel Baron

Mais revenons au cimetière. Pendant des siècles, il a accueilli tous les morts de la paroisse et le niveau du sol s’est progressivement élevé à tel point qu’il faut descendre de plus d’un mètre pour entrer dans l’église ! Les tombes sont si enchevêtrées qu’il est difficile de traverser le cimetière sans les piétiner. Une partie du jardin du presbytère vient d’être affectée à son agrandissement. La loi prescrivant d’éloigner les cimetières des zones habitées n’est pas encore promulguée, mais cette opération est envisagée : les Eysinais ont connu de nombreuses épidémies dont le choléra en 1833. Le docteur Marchand, « médecin des épidémies », en a attribué la responsabilité au cimetière bien que l’examen du registre des décès ne mette en évidence aucun pic de mortalité. Au milieu des tombes s’élève la croix des missions érigée à l’époque de la Révolution. Placée sur un piédestal de pierre, elle est réalisée en fer forgé et ornée de différents motifs, religieux ou non (angelots, soleil, outils). Cette croix se trouve aujourd’hui dans le cimetière. Elle a perdu la plupart de ses attributs. Il y avait autrefois (en 1735) la croix de pierre dite « Croix des Sables » datée de 1542. Transférée au lieu-dit « les Sables » en 1840, elle est près de la mairie, on la voit aujourd’hui dans le cimetière.

Nous sommes arrivés au pied de l’église et le clocher retient notre attention. La tour carrée a reçu au XVème siècle des contreforts angulaires. Sur la face ouest apparaissent les traces de l’ancien portail, à savoir l’arc en plein cintre typiquement roman qui fut recouvert au XIVème siècle par un arc ogival gothique. Le tout fut muré au XIV ou XVème siècle lors du percement de la porte principale actuelle. Sa tour est percée de petites fenêtres dont les plus élevées, au niveau des cloches, sont munies d’abat-son. La flèche, recouverte d’ardoise, est surmontée d’une croix qui supporte un coq de cuivre. L’ensemble s’élève à près de trente mètres.

À l’angle sud-ouest, appuyé au clocher et au bas-côté de droite, nous trouvons le porche : un toit supporté par trois colonnes de pierre surmontées de chapiteaux. Il ne sert pas seulement à abriter les fidèles, mais est depuis toujours le foyer de la vie publique. Ici se sont toujours tenues les assemblées capitulaires qui permettaient aux habitants de débattre des questions touchant la vie commune ou de défendre leurs intérêts (répartition de la taille, utilisation des communs, etc.). C’est également ici qu’au lendemain de la révolution de 1789 se sont déroulées les principales réunions et que les proclamations et décrets officiels ont été placardés. De ce porche, deux portails ouvrent sur l’église. Le plus important donne sur la nef. Datant du XIV ou XVème siècle, il est garni d’une porte de bois ferrée qui fut offerte en 1735 par le sieur Pierre Mitchell, propriétaire de la verrerie d’Eysines. Le second portail, plus récent et moins important permet d’accéder au bas-côté de droite.

Pénétrons dans l’église. En face de nous un escalier en colimaçon permet d’accéder à la tribune qui en occupe le fond et par là au clocher où, après une escalade, nous découvrons deux cloches.

La plus grosse porte l’inscription ci-après :

« SOLI DEO HONOR ET GLORIA = M. MTRE DEVIGNES CURE = ARNAUD BECHADE ET RICHARD VIDEAU OUVRIER EN 1788 =

MESSIRE LOUIS VICOMTE DE NOE MAIRE DE LA VILLE DE BORDEAUX = MESSIRE BERNARD DUHAMEL VICOMTE DE CASTETS

LIEUTENANT DE MAIRE = MESSIRE JEAN HENRY COMTE DE GALLARD BEARN LIEUTENANT DE MAIRE EN SURVIVANCE =

MIRE JEAN VINCENT DE PAULE DELESME Cher = GABRIEL LEYDET AVOCAT = JOSEPH GASCHET DE LISLE AVOCAT =

Mire JEAN CAZEMAJOR DE CESTAS Cher DE SAINT LOUIS = FRANCOIS VILOTTE AVOCAT = ANDRE AQUART

CITOYEN = JURATS GOUVERNEURS DE BORDEAUX PARRAINS = Mire JEAN LAURENT BUHAN ECUYER AVOCAT

PROCUREUR SYNDIC = Mire ALEXIS DE LAMONTAIGNE ECUYER AVOCAT SECRETAIRE ORDINAIRE DE LA VILLE.

MARRAINE DLLE MARIE ANNE CATHERINE DE BODIN DUSSAULT DE SAINT LAURENT FILLE DE Mire ANTOINE DUSSAULT DE SAINT LAURENT.

POULANGE + FECIT. »

La marraine est la fille du propriétaire de la maison noble de Bois Salut. Les familles eysinaises sont représentées par Arnaud Béchade et Richard Videau ouvriers de la fabrique de l’église. Cette cloche provient de la refonte d’une autre, encore plus ancienne, achetée en 1574. Depuis plus de quatre siècles, c’est donc le même airain qui sonne pour annoncer aux Eysinais les grands moments de la vie civile ou religieuse, individuelle ou collective (baptêmes, mariages, décès, guerres et paix…).

La seconde cloche beaucoup petite porte « HYPOLITE GROSSARD 1835 ». Les circonstances de son acquisition restent mystérieuses. Peut-être provient-elle de la refonte d’une précédente cloche signalée tout au long des XVII et XVIIIème siècles.

Une horloge se trouve dans le clocher. La charpente est en mauvais état et a besoin de réparations urgentes.

En quittant le clocher, nous nous arrêtons sur la tribune. C’est sans doute là que sera installé l’orgue que le conseil de fabrique a décidé, dans sa séance du 26 avril 1840, d’acheter à M. Henry, facteur d’orgues à Bordeaux. C’est un bel instrument à six jeux, comptant 330 tuyaux et logé dans un imposant buffet. Lorsqu’en 1855 l’église est détruite, on ne parle pas de cet orgue. A-t-il été revendu ? On n’en trouve aucune trace dans les comptes de la fabrique. L’a-t-on laissé pourrir sur place alors qu’il était presque neuf ?

De la tribune, nous jouissons d’une vue sur l’ensemble de l’édifice. Devant nous la nef principale, fermée par l’abside où trône le maître autel. À droite et à gauche, séparés par des voûtes ogivales supportées par de forts piliers, les bas-côtés avec les autels consacrés à Saint Jean-Baptiste et à Notre-Dame. Le sol est recouvert de carreaux, il a été remis en état en 1824.

Passons directement dans le bas-côté de gauche. Au fond, entourés d’une balustrade de bois, sont les fonts baptismaux. Ils sont creusés dans une pierre ronde et recouverts d’une planche fermant à clef. À l’intérieur, nous voyons une cuvette en cuivre utilisée pour l’administration des baptêmes. C’est ici que pour beaucoup d’Eysinais tout a commencé.

Nous remontons vers l’autel consacré à la vierge et nous passons devant un confessionnal en bois de sapin. Devant l’autel, au sol, une pierre gravée. C’est l’ancienne sépulture de la famille de Lescalle. L’autel de pierre est simple. Un petit tableau représente la Vierge.

À gauche, adossé au mur nord, il y avait autrefois un autel consacré à Saint Roch. Il a été supprimé en 1604.

Nous retournons maintenant dans la nef. Ses dimensions sont imposantes : 25 mètres de long, 10 mètres de haut et 6 mètres de large. Le plafond est entièrement lambrissé. Sur la droite, vers l’entrée, accroché au dernier pilier, un grand crucifix semble attendre les fidèles. À gauche, adossée à un pilier, une chaire de pierre à laquelle on accède par un escalier de pierre muni d’une rampe de fer.

Le chœur dans lequel nous nous trouvons est surélevé de deux marches par rapport à la nef, il comporte des bancs et des lutrins pour les choristes qui animent les offices (la grand’messe est chantée tous les quinze jours). Ce chœur a été construit sur l’ancienne sépulture des « seigneurs » de la Plane.

Le sanctuaire est encore plus élevé (une marche) et occupe toute l’abside. Il est fermé par une rampe en fer qui sert de table de communion. Le maître-autel est dédié à Saint Martin. Il est en pierre avec un cadre de bois. Le tabernacle sculpté et doré date du milieu du XVIIème siècle. L’ensemble est surmonté d’un retable en bois de noyer à quatre colonnes entre lesquelles sont placés trois tableaux : au centre Saint Martin, à droite Saint Sébastien et à gauche Saint Roch. Ces tableaux ont été exécutés en 1672 par Jean Mazoyer, « peintre ordinaire du Roi » à Bordeaux. Comme pour l’orgue, on n’en trouve aucune trace après la destruction de l’ancienne église.

Sur le côté gauche de l’abside s’ouvre une porte qui conduit à la sacristie. Cette sacristie a été construite au XVIIIème siècle dans le prolongement du bas-côté de Notre-Dame pour remplacer l’ancienne sacristie qui occupait le fond de l’abside.

La visite va se terminer par le bas-côté de droite où se trouve l’autel consacré à Saint Jean-Baptiste ; il est orné « d’un tableau assez bon, mais on ne sait ce qu’il représente ». Il y avait, jusqu’en 1604, contre le mur sud, deux autres autels consacrés à Saint Jacques le Majeur et à Saint Éloi.

Nous sortons par la porte placée au fond du bas-côté Saint Jean et retrouvons le porche. Ayant traversé le cimetière nous partons par le chemin de procession d’Eysines à Bruges. Ceci nous permet de voir l’église par son chevet et de l’admirer ainsi sous un nouvel angle.

eglise1845

Après cette visite le guide ne tendra pas la main. Sa récompense sera de savoir que les lecteurs connaîtront mieux ce monument qui a disparu du paysage eysinais sans laisser de traces à cause d’un accident météorologique et du manque d’intérêt manifesté par les hommes de l’époque. Le sol de ce territoire permettra peut-être un jour de comprendre l’origine d’Eysines, encore faudrait-il que cet espace soit protégé dans sa totalité, ce qui n’est pas.

Article de Michel Baron publié en 1988 dans « Eysines mon village ».

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