Accueil
Le Canton
Blanquefort
Eysines
Parempuyre
Le Pian-Médoc
Ludon-Médoc
Macau
Saint-Médard-en-Jalles
Le Haillan
Le Taillan-Médoc
Saint-Aubin-de-Médoc
Bruges
-------------------------------
-------------------------------
Mode d'emploi
-------------------------------

Lettre d'information




Joomla : Porte du Médoc

Rechercher sur le site

Courtier et tonnelier dans les années 1900.

« Mon père était courtier en vins pour le Médoc. Tous les lundis, il se rendait au marché aux vins de Bordeaux, par le petit train, très élégant, dans son costume noir trois pièces, chemise empesée, à plastron et col cassé, petit nœud et coiffé d'un chapeau melon. Maman aimait beaucoup recevoir. Ils invitaient souvent les grands négociants bordelais à venir passer le dimanche chez nous. Il y avait Schnauer, Gasqueton, etc. et M. Fatin, un homme à grosses moustaches brunes. Il avait une très belle et forte voix de baryton : avec maman, ils exécutaient des duos. C'était un régal de les entendre. Leurs voix retentissaient tellement dans la salle à manger, que je me souviens avoir vu des verres de cristal très fin se briser dans la vitrine du dressoir. Cela se terminait par des chansons à boire, sans aucune vulgarité bien que parfois un peu grivoises ! Les repas étaient toujours arrosés des meilleurs crus du Médoc, profession oblige. L'après-midi se poursuivait souvent par un lâcher de lapins dans le très vaste jardin, et ces messieurs qui avaient fait suivre leur carabine, jouaient aux grands chasseurs. Ces réceptions servaient aussi de repas d'affaires et de dégustation. Mon père pouvait ainsi discuter plus aisément et faire apprécier en privé les productions de ses clients viticulteurs.

Dans la semaine, il préparait ses échantillons, les « fillettes » (petites bouteilles d'un tiers de litre), qu'il bouchonnait et cachetait avec de la cire rouge chaude dans laquelle il enfonçait son tampon. Puis, on collait les étiquettes avec les noms du cru et du propriétaire ainsi que le degré du vin. Ce degré d'alcool, il le calculait lui aussi et cela m'amusait et me surprenait toujours. Il jouait presque au magicien pour m'impressionner, se servant d'un petit alambic de verre, chauffé à la bougie par-dessous. On regardait le vin monter lentement dans un petit tube de verre gradué. Il me disait : « Regarde la petite souris qui monte... » et hop! Tout à coup, ça s'arrêtait juste en face de la graduation indiquant la teneur en alcool. Puis, chaque fillette était soigneusement enveloppée dans du papier de soie rouge et rangée par six dans une caisse en bois.

Maxime n'était pas seulement courtier. Il possédait, donnant sur le jardin, un grand atelier de tonnellerie, le seul du village. Il avait au moins quatre ouvriers. Tout comme j'avais, par les jours sombres, plaisir à rester dans l'ambiance joyeuse de l'atelier de maman, où l'on m'apprenait à marier les étoffes, à tenir une aiguille, je restais de longues heures dans l'atelier de mon père qui sifflait beaucoup : il était un excellent siffleur et ce milieu « bon enfant » m'intéressait. Et là encore j'étais le « chouchou ». La fabrication des fûts me passionnait et je partageais le casse-croûte du matin avec les ouvriers : saucisson, fromage, œufs durs...

À une vingtaine de mètres devant l'atelier il y avait un grand trou d'où l'on avait enlevé du gravier, jadis. Il y poussait des arbres. Les jeunes branches flexibles servaient à resserrer les douves pendant la confection des barriques, avant leur encerclement. Mais il y poussait aussi de gros pieds de fenouil dans lesquels se logeaient de nombreux petits escargots jaunes baptisés « demoiselles ». Les ouvriers les ramassaient et les faisaient griller sur des sarments pour les manger à la croque-sel, un régal ! Ils m'avaient appris à fabriquer des cerfs-volants avec des tiges d'osier comme armature où l'on collait les feuilles de papier de soie rouge enveloppant les bouteilles-échantillons et une longue queue faite avec des nœuds du même papier attachés sur une ficelle. Et ça marchait très bien. Les jouets étaient rares à cette époque et j'étais fier de mon cerf-volant que je faisais admirer à Bertrande Papillon.

Tout cela se passait sous le regard du brave Louli, un superbe chien-loup à la robe claire. Mes parents l'avaient acquis à ma naissance et c'était mon meilleur ami. Mon chagrin fut grand lorsqu'un matin, on découvrit Louli étendu sur le flanc, près de la maison, sans vie. Un voisin jaloux l'avait empoisonné. Il ne fut pas remplacé. Mais mon père avait une passion : les cartes. Il réservait une partie de ses après-midi pour rejoindre ses amis au café du village - chez Gaudry - et jouer jusqu'au soir. Il préférait se lever très tôt le matin pour compenser et que le travail fut terminé et livré en temps voulu. Ce goût du jeu lui a été souvent reproché, d'autant plus que les parties de cartes étaient arrosées de bon vin. Il ne rentrait pas saoul mais un peu gai. »

Petit Pierre (recueil de souvenirs de Pierre Blanc, Macau, transmis par Mme Ancion).

joomla template