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Brodeuse et chanteuse dans les années 1900.

« Maman était brodeuse : métier subtil, difficile et raffiné. Chaque pièce sortant de ses mains était une œuvre d'art. Je me souviens très bien des services de table aux initiales brodées en relief sur nappes et serviettes, des draps de lit avec des jours Venise.

Mais mon admiration se portait surtout sur les parures de femmes : lingeries fines aux étoffes légères et soyeuses auxquelles elle ajustait en haut et en bas de larges bandes de tulle. En s'aidant d'un petit métier, elle y brodait des fleurs, des feuilles, des grappes de raisin. Je vois toujours ses doigts fins et agiles dirigeant les aiguilles et les petits ciseaux en forme de cigogne. Trousseaux de mariés aux nombreux ornements qu'elle confectionnait avec ses doigts de fée.

C'était une artiste parfaite car elle chantait aussi. Du matin jusqu'au soir, sa remarquable voix résonnait dans son atelier où elle travaillait avec ses ouvrières, tout près de ma tonnelle. Oui, elle était aussi cette merveilleuse cantatrice, qui, vers ses vingt ans, (dans les années 1900) avait été sollicitée pour une première place au superbe « Grand Théâtre » de notre capitale girondine, Bordeaux. Sa mère, femme autoritaire, s'était opposée à laisser partir sa fille « à la ville » ; vingt kilomètres séparaient Macau, notre localité du Haut Médoc, de Bordeaux. M. Tournier, son professeur de chant, n'abandonna pas le projet et la proposition revint deux ans plus tard pour être première chanteuse. Mais là, c'est elle qui refusa : ayant fait la connaissance d'un beau jeune homme, elle ne voulait pas s'éloigner de lui. Sa carrière fut malgré tout très belle. Pendant près de trente ans, sa magnifique voix de soprano, travaillée, retentit dans toutes les églises à la ronde, dans de nombreux concerts et salons. Son nom d' « Impératrice Eugénie » était connu et respecté dans toute la région. Ces « dames des châteaux » étaient ses amies et la comblaient de cadeaux et de gâteries. Elle était aussi leur confidente.

Puis, le 13 mai 1903, elle épousa son grand amour, Maxime François Xavier. Le couple était très beau, très élégant. Elle portant en chignon ses beaux cheveux bruns et ondulés ; lui, allure altière, taille fine, moustache retroussée, petit bouc au menton, portait beau. L'avènement d'une fille, deux ans plus tard, consacra cette union. Ils la baptisèrent Marguerite. Elle allait jouer un rôle primordial tout au long de ma vie.

Les années passèrent et la guerre de 14-18 vint jeter le trouble. Courageuse et prête à tout, pour ne pas être séparée de son époux, elle décida de partir avec Marguerite et de le suivre, presque jusqu'au front. Elle se plaçait pour survivre, accomplissant sans honte des tâches sans rapport avec sa profession et ses talents. Maxime fut blessé, gazé et revint en 1918 avec la Croix de guerre.

La vie reprit. Les broderies refleurirent et sa voix résonna à nouveau, plus belle que jamais. Mais voici que deux ans plus tard, à la grande surprise et surtout au grand désappointement de son père, Eugène, elle se trouva enceinte, dix-sept ans après son premier enfant. Elle avait trente-neuf ans et à cette époque être enceinte à cet âge était déplacé, voire presque impossible. Mon grand-père, Eugène Magnen, n'appréciait pas et lui en faisait part. Mais d'un caractère très indépendant, elle assuma cela dans la joie : je vis le jour en janvier 1921 et fus nommé Pierre, tout simplement. Cependant cette grossesse et cet accouchement ébranlèrent fortement sa santé, en particulier son cœur fragile. Des moments difficiles l'attendaient mais elle ne se départait pas de sa bonne humeur et continuait à chanter, souvent en me tenant dans ses bras, près de l'orgue, à la tribune des églises. »

Petit Pierre (recueil de souvenirs de Pierre Blanc, Macau, transmis par Mme Ancion).

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