Accueil
Le Canton
Blanquefort
Eysines
Parempuyre
Le Pian-Médoc
Ludon-Médoc
Macau
Saint-Médard-en-Jalles
Le Haillan
Le Taillan-Médoc
Saint-Aubin-de-Médoc
Bruges
-------------------------------
-------------------------------
Mode d'emploi
-------------------------------

Lettre d'information




Joomla : Porte du Médoc

Rechercher sur le site

La salle souterraine de la forteresse.

Petit historique sur la forteresse.

À la fin du XIème siècle le seigneur du lieu fait bâtir le premier fort en pierre, de plan rectangulaire (environ 18 m x 11 m), bordé par une palissade en bois, le long des douves. La blancheur de ce fort tranchant sur le sombre du marais environnant a donné son nom à la famille et au village situé à côté : Blanquefort, le fort blanc. Au début du XIIème, siècle la seigneurie de Blanquefort est importante et s'étend de la Garonne à l'Océan, mais la famille s'éteint vers 1210, faute de descendant mâle. Par deux achats en 1257 et 1270 et dans un but stratégique, le roi d'Angleterre Henry III puis son fils le prince Édouard, duc de Guyenne, font l'acquisition du château et de sa seigneurie. Il s'agit de protéger Bordeaux contre une attaque des Français débarquant dans le Médoc pour arriver à Bordeaux par le nord, les ponts franchissant le fleuve n'étant pas encore construits. Dans ce but, le donjon primitif est rehaussé et encadré de six grosses tours régulièrement réparties sur les côtés. Le tout est entouré d'une enceinte de pierres avec tourelles flanquantes. Le modeste château devient une importante forteresse royale anglaise. En 1308, la forteresse est cédée par Édouard II à l'un de ses créanciers, Bertrand de Goth, neveu du pape Clément V, puis en 1325, Aymeri de Durfort, seigneur de Duras, en hérite. Après la guerre de Cent Ans, le roi de France Charles VII confie la forteresse et la seigneurie à l'un de ses grands capitaines, Antoine de Chabannes, avec mission d'adapter le bâtiment à l'artillerie, ce qui sera fait de 1453 à 1466, ainsi qu'une modernisation générale du bâtiment central. La forteresse revient aux Durfort en 1476, ils la garderont jusqu'à la Révolution.

plan-situation

« Il n'y a pas de fumée sans feu ».

Depuis longtemps déjà, la légende d'un souterrain planait sur l'histoire de la forteresse de Blanquefort. Beaucoup de gens ont transmis, de bouche à oreille, l'existence de mystérieux souterrains qui auraient parcouru le sous-sol du château, pour quitter la fortification et s'évanouir dans la campagne environnante. Suite à cette tenace légende dont la population fertilise le fantastique et l'imaginaire, nous avions fait, il y a quelques années, une étude géologique du site, afin de mieux comprendre les possibilités de l'existence d'un éventuel souterrain. D'après cette première étude, nous avons déterminé que la forteresse était bâtie sur un mamelon rocheux composé d'un tuffeau friable et sablonneux. Le pourtour de cette sommité rocheuse d'une grande porosité est constitué d'un épais marécage qui s'est peu à peu assaini grâce à ses multiples fossés. Nous en avions conclu que s'il existait un souterrain, comme le disait la légende, il ne pouvait être situé que sous la structure de la forteresse, et ne pouvait s'en éloigner en passant sous le marécage et les fossés.

vieux-chteau-drouyndessin de Léon Drouyn, avril 1862.

La découverte fortuite.

En effet, quelques années après, en avril 1998, une découverte fortuite vint démontrer nos hypothèses sur l'existence d'un souterrain localisé sous la forteresse. Ce jour là, le 8 avril 1998, un camion de sable vint livrer sa marchandise dans la cour du château, en prévision des futurs chantiers d'été de restauration. C'est alors que pendant la manœuvre du déchargement, une des roues arrière du camion vint percer le sol sous la charge et un orifice de 60 à 70 cm de diamètre s'entrouvrit. Une fois le camion évacué, le trou s'avéra être profond d'environ 3 m et constituer un petit effondrement du plafond d'un souterrain.

 

f.plan

Un souterrain oublié.

Ce souterrain est composé de deux salles creusées dans le tuffeau, une molasse friable qui constitue la nature du mamelon rocheux sur lequel repose la forteresse. La situation de ce souterrain avait été totalement oubliée et il est possible qu'il y ait d'autres creusements de ce type sous la forteresse. À l'origine, ces deux salles souterraines étaient accessibles par une entrée aménagée d'une porte présentant un système de fermeture de l'extérieur et reliée directement au sous-sol de la construction située à gauche de l'entrée du château. Actuellement, nous ne pouvons que constater l'énorme bouchon de remblais de pierre et de terre qui obstrue cette entrée primitive. Cette cavité est manifestement un souterrain de stockage lié directement au besoin d'entreposer diverses marchandises dans la fraîcheur du sol rocheux. La fonction ou l'utilisation du bâtiment situé à gauche de l'entrée principale de la forteresse pourrait certainement nous renseigner sur la nature du stockage de ces deux salles souterraines qui en dépendent directement. Quoi qu'il en soit, aucun vestige de mobilier archéologique n'a été trouvé à l'intérieur pour nous apporter plus d'informations.

ilot-rocheux

Ce souterrain n'a pas été creusé profondément car il était limité par le niveau de la nappe phréatique ; ainsi, il facilitait le bon fonctionnement de stockage avec son bâtiment de service. Mais aujourd'hui, nos engins de transport représentent une autre charge que les carrioles ou les charrettes de livraison, et les vibrations de nos mécaniques sont une grande menace pour les sols fragiles affaiblis par quelques cavités. La mince voûte rocheuse, lardée de fissures, n'a pu retenir la charge d'un camion et a ainsi livré le secret de sa cavité depuis longtemps oubliée.

salle

Le creusement d’un dur labeur.

Lors de l'édification du château, ce souterrain a été creusé par l'homme comme en témoignent les traces de l'outil tranchant (un tranchant plat de 5 cm) qui en tapissent les parois. Les déblais de tuffeau ont dû constituer un matériau très utile dans la construction des maçonneries, puisqu'ils donnent une matière sablonneuse nécessaire pour la confection d'un mortier de qualité. Ainsi, le creusement du souterrain présentait deux avantages : premièrement le concept d'un espace souterrain utile et deuxièmement la fourniture de matière première pour la fabrication des mortiers de la construction en élévation. Rien ne se perdait et tout était réutilisé. Pour finir sur cette petite présentation, nous en conclurons que d'après toutes ces caractéristiques, ce souterrain est contemporain de la construction et de l'utilisation de la forteresse.

Stéphane Rousseau, Les souterrains historiques en Gironde, 2005, p.259-264.




 

 

 

 

NDLR : Le souterrain est bien par définition « sous » la terre et l’article qui précède, permet la mise au point par rapport aux légendes locales : le souterrain légendaire est en réalité une salle souterraine creusée sous le piton rocheux sur lequel est construite la forteresse, et en aucun cas d’un véritable souterrain qui n’aurait pu passer sous les marais environnants. C’est pourtant l’hypothèse qui a séduit des générations d’habitants et les a fait fantasmer. Ainsi, Guy Dabadie, dans son ouvrage « Blanquefort et sa région à travers les siècles », paru en 1952, propose même un tracé « probable » de 8 souterrains qui partent du château, dont 3 en direction de Breillan et de Mongireau (p. 72-73.).

souterrain

 


joomla template