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Joomla : Porte du Médoc

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Ludon au XIVème siècle.

Il n'y a presque pas de maisons isolées. Les rares habitants se groupent en villages sous les murs des châteaux ou autour du vieux sanctuaire.

Le bourg lui-même est bien modeste et exigu ; seule, la présence de l'église lui donne un peu d'importance. Il n'y a aucun chemin, sauf la route qui mène au port de Macau.

On cultive le blé et un peu la vigne. En 1356, le seigneur d'Agassac fait transporter des barriques de vin de son château de Veyrines à Mérignac à son château de Ludon et, au retour, les paysans lui apportent son blé de Ludon. La plus grande richesse du pays est constituée par l'élevage, les vaches, les moutons, les porcs ; ces derniers surtout parcourent le pays. D'ailleurs, comme tout le reste du Médoc, la région n'est pas très florissante. Toute la partie bordée par la rivière était en marais et inondée la plus grande partie de l'année ; l'intérieur était en landes ou couvert de forêts. Le « mauvais air » (marécageux) qui régnait dépeuplait ce pays et en faisait, s'il faut en croire un chroniqueur pessimiste, le cimetière de ses habitants.

Le Médoc n'était desservi dans toute sa longueur que par une seule route dont le tracé suivait à peu près celui de l'ancienne voie romaine, appelée « la Lébade ». Elle partait de Bordeaux à l'endroit où se trouvait la porte Médoc, à l'entrée actuelle de la rue Sainte-Catherine, et s'appelait « carnin de Solaco ». Plus tard, cette route fut appelée « le chemin de la Reine », parce qu'elle fut reconstruite en partie en 1198 pour permettre à Aliénor d'Aquitaine de se rendre à Soulac, afin de s'y embarquer pour la Grande-Bretagne. La prospérité de Soulac, qui était alors un port sur le fleuve, fut incomparable. Mais, d'une façon générale, le Médoc était pauvre et dépeuplé. Étienne de La Boétie l'a même qualifié de pays solitaire et sauvage, dans la « Description historique du Médoc » qu'il avait fait imprimer à Bordeaux chez Millanges. L'ouvrage a malheureusement disparu.

La vie, à cette époque, était plutôt sévère. Le système féodal reposait sur des contrats formés entre le fort et le faible. Le château ouvre ses portes, en cas de danger, aux habitants, mais ceux-ci rendent des redevances et des corvées et prennent la garde à tour de rôle. La souveraineté découlait de la propriété, mais cette dernière n'était possédée que par une classe privilégiée, ceux qui s'en étaient emparée par droit de conquête. L'autorité est essentiellement locale. Le sage Charles V le sent si bien qu'il prescrit aux seigneurs de relever les fortifications ruinées de leurs châteaux pour donner asile aux paysans. Evidemment, ces derniers ne jouissaient pas des mêmes libertés que le citoyen moderne. Certains d'entre eux ne pouvaient pas quitter la terre qu'ils cultivaient. La condition de ces serfs dit « questaux », c'est-à-dire attachés à la glèbe, était certes peu enviable, mais elle était cependant bien supérieure à celle des esclaves gallo-romains, leurs ancêtres. La civilisation du Moyen-âge ne l'a pas aggravée ; ce fut, au contraire, une constante préoccupation de la royauté de pousser les seigneurs à l'affranchissement. Ces derniers, ayant besoin d'argent pour leurs expéditions, rendirent peu à peu la liberté à leurs serfs. En Médoc, dès le XIIème siècle, les habitants étaient en très grande majorité propriétaires des terres qu'ils travaillaient. Ils les détenaient « légalement », par un acte qu'on désignait sous le nom de bail à cens, qui n'était autre qu'une concession perpétuelle, à charge de reconnaissance, de paiement d'une redevance annuelle et de droits de mutation. La féodalité fut essentiellement militaire ; c'était le règne de la force, et il est malheureusement trop certain que ce ne fut pas toujours celui de la justice. La liberté individuelle a été trop souvent méconnue, mais on ne peut nier que la féodalité est arrivée à un degré d'organisation dans ses institutions pratiquement admirable. On se demande d'ailleurs quelle autre organisation politique aurait pu être préférée, à cette époque où aucune administration centrale n'existait.

Une hiérarchie sévère s'est établie entre les seigneurs ; chacun, sauf le roi, a un suzerain au-dessus de lui, auquel il est obligé de rendre « foy et hommage ». Les seigneurs de Cantemerle et d'Agassac reconnaissaient comme suzerain le sire de Blanquefort. Ce dernier avait le droit de haute justice qui s'étendait sur tous sans distinction. Lorsque le seigneur d'Agassac est accusé du meurtre d'un de ses valets, nous le voyons obligé de porter sa défense devant la cour du seigneur de Blanquefort et demander à être jugé. La noblesse doit le service militaire ; c'est ainsi que le seigneur de Cantemerle prendra part à la bataille de Taillebourg, sur l'ordre du roi d'Angleterre, son suzerain.

Ce qui frappe le plus, quand on se rapporte à cette époque de notre histoire, c'est de voir combien, malgré la difficulté des communications causée par l'absence de routes, les nouvelles se propagent avec rapidité. Lorsque le roi ou le seigneur régnant d'une province veut manifester sa volonté ou partir en guerre, il n'a qu'à donner ses directives aux quelques puissants barons qui l'entourent. Nous voyons très bien le seigneur de Blanquefort recevoir des ordres du roi d'Angleterre ou de son représentant à Bordeaux. Aussitôt, les seigneurs de Parempuyre, d'Agassac, de Cantemerle, pour ne parler que de notre région, sont alertés. Ceux-ci font prévenir les maisons nobles qui les entourent : Vallier, dans la palu de Parempuyre, Peyre, La Mothe, du Vergier, à Ludon, rassemblent leur monde et se tiennent prêts à toute éventualité. Ainsi s'opérait la mobilisation au Moyen-âge.

Mais si tous les hommes prennent les armes pour défendre le château à l'approche de l'ennemi, tous ne quittent pas cependant le pays pour aller se battre au loin. Les obligations militaires étaient réglées d'une façon très stricte. Les nobles, qui devaient seuls le service et suivaient le roi en guerre, n'étaient accompagnés que de quelques serviteurs, en général un ou deux cavaliers et trois ou quatre gens de pied. Le reste des hommes d'armes étaient des mercenaires dont la Suisse, l'Allemagne, l'Espagne et l'Italie fournissaient la plupart. Ces derniers se livraient d'ailleurs à toutes sortes d'excès et se comportaient comme en pays conquis ; seuls, les Suisses étaient qualifiés de « gens traictables et de bonne foy ». Aussi, en l'absence du maître, les manants assuraient la garde du château et la protection de la châtelaine et de ses enfants. Ce mot de manant n'avait aucun sens injurieux, il servait simplement à désigner ceux qui restaient (manere, rester). De même, le mot de vilain (de villa) signifiait simplement homme de la campagne, mais le vilain, à la différence du serf, était un homme libre.

À côté du château, l'église joue un rôle aussi grand, sinon plus important, vis-à-vis de la population. Non seulement c'est elle qui assuré exclusivement l'assistance publique, aussi réduite qu'elle soit à cette époque, et l'instruction des enfants, mais elle est l'aide précieuse de l'autorité civile. Toutes les nouvelles importantes sont colportées au son des cloches ou proclamées du haut de la chaire. Les victoires, les prises de villes, les traités de paix étaient annoncés par les lettres des évêques qui prescrivaient des Te Deum. On y apprenait la naissance, le mariage et la mort des princes ; le plus humble paysan était informé. L'église est vraiment la maison commune ; c'est à la sortie de la grand'messe, le dimanche, que se traitent les affaires ; c'est à l'intérieur même du sanctuaire que se tiennent les assemblées de communauté. Les cloches appellent à la prière, au travail, aux délassements ; elles donnent l'alarme. Si l'ennemi ou quelque péril menaçait, on en guette l'approche du haut du clocher. On sonne le tocsin pour signaler les incendies, pour repousser les pillards. On se réfugie dans l'église quand les bandes armées apparaissent, et c'est pour cela qu'un grand nombre d'entr'elles sont fortifiées.

Paul Duchesne, La chronique de Ludon en Médoc, Rousseau frères, Bordeaux, 1960, p.27-30.

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