Accueil
Le Canton
Blanquefort
Eysines
Parempuyre
Le Pian-Médoc
Ludon-Médoc
Macau
Saint-Médard-en-Jalles
Le Haillan
Le Taillan-Médoc
Saint-Aubin-de-Médoc
Bruges
-------------------------------
-------------------------------
Mode d'emploi
-------------------------------

Lettre d'information




Joomla : Porte du Médoc

Rechercher sur le site

Les Seigneuries de Cantemerle et d’Agassac de l’époque féodale de 1027 à 1601.

Écrire l'histoire au Moyen-âge d'une commune rurale aussi peu importante que Ludon est chose pratiquement impossible. Les documents font presque complètement défaut. Les registres paroissiaux n'existent pas encore, les archives sont rares et trop souvent incomplètes. Nous nous sommes donc bornés, dans nos recherches, à retenir tous les actes où les noms de Ludon, de Blanquefort, de Cantemerle et d'Agassac, apparaissent, et nous avons rappelé tous les faits auxquels ces mêmes noms ont été mêlés, sans nous préoccuper de leur enchaînement. Certains de ces actes et de ces faits ont peu de rapport entre eux. Mais il se dégage de leur énumération un ensemble qui permettra à tout esprit curieux du passé de mieux se représenter le Ludon d'autrefois. Par leur rapprochement, certaines probabilités se feront jour, certaines déductions pourront être tirées. Mais, encore une fois, le mot histoire est impropre quand on dispose d'aussi peu de documents. Il vaut mieux s'en tenir à une simple énumération des faits rapportés chacun sous sa date, et c'est ainsi que s'est constituée « La Chronique de Ludon en Médoc ».

- 1027. Ayguelin de Blanquefort comparut à la donation faite par le comte Sanche de Gascogne à l'église Saint-André de Bordeaux.

- 1093. Les plus anciennes chartes connues relatives à la seigneurie de Blanquefort sont de 1093 et l108 et mentionnent Arnaud de Blanquefort, à qui elles donnent le titre de chevalier.

- 1122. Fort Ayguelin fait donation à l'abbaye de Sainte-Croix, pour le salut de son âme, de la terre qu'il a achetée « sexdecim solidorum pretio » dans la paroisse de Ludon, au lieu dit de Betorar. « (Que celui qui le niera soit anathème.) » (Ce lieu de Betorar se trouvait au village de Lafont).

- 1147. Pons de Cantemerle, chevalier, figure parmi les témoins d'un acte de donation fait par Arnaud de Blanquefort à l'abbaye de La Sauve.

- 1165. Dans un acte de donation à l'abbaye de Sainte-Croix par Amanieu de Rauzan figure comme témoin Gailhardus de Luzezon (Gaillard de Ludon).

- 1190. Transaction entre l'abbé de Sainte-Croix et le seigneur Guillaume Raymond d'Agassac au sujet du droit de civadage [redevance perçue par le seigneur, à l’origine en avoine (civada), payée depuis en somme d’argent, en contrepartie de la jouissance de padouens] dans la sauveté de Sainte-Marie de Macau et de la possession de l'île adjacente appelée Machachina (Guillaume Raymond prétendait qu’Arnaud de Blanquefort, son aïeul, avait de tout temps perçu le droit de civadage dans la ville de Macau et possédait l'île adjacente en sa qualité de seigneur de fief. L'abbé, de son côté, répliquait que cette ville lui avait été donnée par Guillaume Le Bon, comte de Poitiers, et que, depuis quarante ans et plus, elle n'avait rien payé à Arnaud de Blanquefort. Les parties ayant été citées devant Étienne, doyen de Saint-André, Guillaume Raymond, seigneur d'Agassac, se désista de ses prétentions et reçut en compensation la somme de deux cents sous).

- 1234. L'instruction d'une procédure criminelle par le juge de la châtellenie de Blanquefort, Pierre de Roquetaillade, indique que Gaillard de Ludon, dont il a été parlé, était bien le seigneur d'Agassac et, de plus, que la seigneurie de ce dernier, loin d'avoir le titre de juridiction, était pour lors dépendante de celle du seigneur de Blanquefort. Un damoiseau, valet de Gaillard d'Agassac, avait été trouvé mort et noyé dans les douves de la motte d'Agassac. Ce seigneur, qui l'avait fait ensevelir sans avoir eu la précaution d'appeler le juge pour en dresser son procès-verbal, fut soupçonné d'être l'auteur de ce meurtre. Mais, comme on n'en découvrit pas la preuve et que, d'ailleurs, Gaillard d'Agassac protesta de son innocence par devant la cour du seigneur de Blanquefort et demanda à être jugé, il fut décidé que s'il osait prêter serment, sur le fort de Saint-Seurin, qu'il n'était pas coupable, il serait acquitté. Jour fut pris pour le samedi, après la fête de Saint-Seurin, à trois heures. Il est probable qu'après la cérémonie, il fut reconnu innocent.

- 1236. Arnaud, petit-fils du sire Arnaud de Blanquefort, dont il a déjà été parlé, déclare la guerre au seigneur de Lesparre. La paix fut conclue par l'intervention du roi d'Angleterre, Henri III, qui écrivit aux deux barons pour leur annoncer son mariage en 1236. La Guyenne était, en effet, aux mains des Anglais depuis le mariage d'Aliénor d'Aquitaine avec Henri II Plantagenet, roi d'Angleterre, en 1152. Henri III était le petit-fils d'Henri II, il eut comme successeur son fils, Édouard 1er. La domination anglaise en Guyenne devait durer trois cents ans. Ce rattachement d'une province française à l'Angleterre n'avait du reste rien qui ne fût conforme aux idées de l'âge féodal. Le loyalisme du vassal s'affirme d'abord par sa fidélité à la personne de son suzerain et non par son dévouement à la « patrie », représentée par le roi, personnage souvent un peu lointain. De plus, ce changement de destinée fut d'autant mieux accepté que les Anglais avaient déjà appris l'art de faire aimer leur autorité par les peuples soumis à leur empire. Leur popularité en Guyenne s'explique par la sagesse et le caractère libéral de leur administration. Enfin, les Bordelais en particulier trouvaient en Angleterre un débouché facile pour leurs vins, et la prospérité de tout le pays de Guyenne s'ensuivit.

- 1242. Le 25 mai 1242, un Pons de Cantemerle fut convoqué par le roi Henri III et assista à la bataille de Taillebourg, ainsi qu'Arnaud de Blanquefort.

- 1254. Le 27 mars 1254, Henri III, roi d'Angleterre, déclare que Pierre-Bertrand de Blanquefort lui a remis son château de Blanquefort ; il promet de le lui rendre à sa première réquisition et s'engage à faire observer la même promesse par son fils Édouard.

- 1270. Le roi d'Angleterre devait devenir plus tard propriétaire authentique du château de Blanquefort et le conserver pendant quelques années. En effet, à la mort d'Arnaud, des contestations s'élevèrent entre les héritiers au sujet de la propriété de la seigneurie de Blanquefort. On ignore les détails du procès. On sait seulement que, par contrat du 15 mai 1270, Bernard de Trencaléon, époux d'Adélaïde de Blanquefort, vendit la moitié du château de Blanquefort, avec la moitié des droits qui en dépendaient, à Édouard d'Angleterre, et ce prince acquit la seconde moitié du château et des droits y afférents de Pierre de Bordeaux, quelques années plus tard.

- 1287. Le roi Édouard 1er étant venu à Bordeaux et y étant tombé malade, séjourna quelque temps dans son château de Blanquefort, à cause de son indisposition, puis il partit pour la croisade.

- 1294. Le 12 juillet, Édouard 1er écrit à Raymond de Cantemerle de l'aider à recouvrer les provinces que le roi de France lui a méchamment enlevées ; il l'engage à être fidèle comme l'avaient toujours été ses ancêtres.

- 1308. Par lettres patentes du 16 juin 1308, Édouard II fait don de la seigneurie de Blanquefort à Bertrand de Goth, neveu du pape Clément V. Le château de Blanquefort avait donc appartenu à la couronne d'Angleterre pendant près de quarante ans.

- 1322. Arnaud de Durfort, qui était d'une famille noble et très ancienne, épouse en 1322 une nièce de Bertrand de Goth. C'est par cette alliance que la seigneurie de Blanquefort entra dans la maison de Durfort. Gaillard de Durfort, second fils d'Arnaud, était en possession de cette seigneurie dès l'an 1322, ainsi qu'il est justifié par un titre du 16 décembre de cette même année. Le plus célèbre des Durfort-Duras fut Gaillard, arrière-petit-fils d'Arnaud, qui joua un rôle important dans les dernières années de la domination anglaise en Guyenne.

La seigneurie d'Agassac était passée à la maison d'Albret depuis plus de cinquante ans, lorsque, par testament, Bérard d'Albret, seigneur de Langoiran, son propriétaire, la laissa à Rose d'Albret, sa sœur, dame de Montferrand. Cet héritage, cité par Baurein, n'est pas discutable, car il existe une transaction, en date du 2 décembre 1455, entre Charles d'Albret et Bertrand de Montferrand à propos de la succession de Rose d'Albret, sa grande aïeule, abandonnant audit Montferrand à perpétuel tous ses droits sur la seigneurie d'Agassac. Maintenant, à quelle époque le seigneur de Montferrand devint-il seigneur d'Agassac ? Baurein donne le 24 novembre 1337 comme date du testament de Bérard d'Albret. Un autre titre indique que Bertrand de Montferrand devint seigneur de Langoiran, et probablement d'Agassac, lorsque Richard II d'Angleterre lui eut fait don, le 7 juin 1373, de tous les biens du rebelle Bérard d'Albret, qui était d'ailleurs son oncle. Par contre, nous trouvons, en date du 19 décembre 1356, une sentence arbitrale rendue entre le seigneur de Montferrand et les habitants de Veyrines à Mérignac. Le noble et puissant seigneur de Montferrand, premier du nom, étant mort vers 1353, le curateur de son fils avait voulu traiter comme des serfs questaux (la taille et la corvée - quaesta et servitium) les habitants de Veyrines.

Cet arbitrage était conçu en ces termes : « Tous les habitants étaient tenus à faire chaque année six journées de corvée à bras, bœufs et charrettes, pour porter les barriques du seigneur de Veyrines à Ludon et, au retour, le blé de Ludon à Veyrines. De plus, ils devaient faire le guet si le seigneur avait la guerre avec ses adversaires ». Il est donc bien difficile de penser que les Montferrand n'étaient pas propriétaires d'Agassac dès 1353.

- 1362. Raymond de Landiras, prêtre archidiacre de Médoc, crée la fondation de deux lampes qui brûlent en tout temps dans la cathédrale et dont l'entretien sera fait sur le revenu de ses vignes de Ludon.

- 1363. Le représentant du roi d'Angleterre en Guyenne avait été jusqu'alors désigné sous le nom de grand sénéchal de Guyenne à la nomination du roi qui le prenait dans la haute noblesse d'un des deux pays ; mais Édouard III voulut en 1363, par bienveillance pour les Bordelais, que le prince de Galles, son fils aîné, fût également prince d'Aquitaine avec des pouvoirs souverains, au-dessus même du sénéchal. Le premier vice-roi ainsi nommé fut le brillant prince noir, vainqueur de Jean Le Bon à Poitiers, qui devait mourir prématurément, un an avant son père, en 1376.

- 1386. Acheté à Ludon une pipe de vin à raison de 7 livres 10 sous (Comptes de l'Archevêché).

- 1399. Henri IV, de la Maison de Lancastre, monta sur le trône d'Angleterre en 1399 et inaugura son règne par une foule de chartes en faveur des Bordelais, qui contribuèrent à augmenter la prospérité du pays. Afin de mieux intéresser les Bordelais à la défense de leur territoire, Henri IV institua, le 11 mai 1400, une sorte de conseil de régence dont les membres étaient choisis parmi les personnages marquants de la cité. En tête, l'archevêque de Bordeaux, Hugossion, puis le sénéchal de Guyenne, Gaillard de Durfort, seigneur de Blanquefort et de Rauzan ; le maire de Bordeaux, Jean de Grailly ; l'abbé de Sainte-Croix, etc. Le sénéchal de Guyenne, seigneur de Blanquefort, fut en même temps chargé d'inspecter les places de guerre de la Gascogne, et notamment Bayonne, afin qu'on fût prêt à repousser l'ennemi commun.

- 1402. L'arrière-grand-père de Michel Montaigne, Ramon Eyquem, était né en 1402 à Blanquefort-en-Médoc. II fut un puissant armateur ; il habitait dans le quartier de la RousselIe.

- 1405. Cette tournée d'inspection du seigneur de Durfort-Duras dura jusqu'au 1er septembre et, dès l'année suivante, les hostilités reprirent avec le roi de France, Charles VI. Le duc d'Orléans, frère du roi, prit le commandement de l'armée française. II s'arrêta d'abord à Mirambeau et envoya son avant-garde commencer le siège de Blaye, première clé du Bordelais. Son intention était aussi de s'emparer de Bourg, Fronsac et Libourne, avant d'attaquer la capitale, Bordeaux, et de poursuivre ensuite jusqu'à Bayonne. Bordeaux réagit immédiatement, et il fut décidé qu'on enverrait des galiotes de ravitaillement à Blaye sous la conduite de Bertrand de Montferrand (2ème du nom), premier baron de Guyenne, avec plusieurs compagnies d'hommes d'armes. Bertrand de Montferrand, qui était vraisemblablement le seigneur d'Agassac, paraît avoir été un bon capitaine, car il tint quelque temps en échec les troupes françaises sous les murs de Blaye, puis il se porta au secours de Bourg, dont le duc d'Orléans abandonna le siège après deux mois d'efforts infructueux, le 14 janvier 1407.

- 1410. Au mois de juillet, Gaillard de Durfort, seigneur de Duras, sénéchal de Guyenne, pour l'Anglais, et François de Labrit, sénéchal de Bazas, pour les Français, s'assemblent à Béguey, près de Cadillac, où ils arrêtent les trêves jusqu'à la fête de Noël prochainement venant.

- 1426. Bérard ou Bertrand de Montferrand (3ème du nom), seigneur d'Agassac, est prévôt du palais de l'Ombrière, à Bordeaux.

- 1430. Pey-Berland, fils d'un simple laboureur de Médoc, étant chanoine de Saint-André, est élu archevêque de Bordeaux. Il existe encore à Saint-Raphaël, commune d'Avensan, une antique chapelle qui a été élevée à l'emplacement de la maison où naquit, vers l'an 1375, Pierre ou Pey-Berland. Cette chapelle fut fondée par Pey-Berland lui-même sous le vocable de Saint-Raphaël, qui fut étendu au village bâti ensuite.

- 1433. Lettre du 21 mars 1433 du roi Henri VI au Conseil de Guyenne : « La cour de souveraineté jugera le procès pendant entre B. de Montferrand et G. de Foix, relativement à la seigneurie d'Agassac, en se conformant dans cette affaire, comme elle doit le faire dans toutes, aux règles de la justice. » (Arch. hist. de la Gir., tome 16, p. 307).

- 1437. Les lettres patentes d’Henri VI du 3 juillet 1437 donnent à Bérard de Montferrand (« dominus » de Gassac) la capitainerie de Marmande. De plus, le roi assure à B. de Montferrand, sur les revenus du duché de Guyenne, de quoi entretenir six hommes d'armes : deux à cheval et quatre à pied, pour défendre Marmande contre l'ennemi. (Arch. hist. de la Gir., 16, p. 242).

- 1445. Lettre de Henri VI du 3 juin 1445, au Conseil de Guyenne : le roi reproche au Conseil de Guyenne la faiblesse dont il a fait preuve à l'égard de Bertrand de Gramont, accusé de haute-trahison. La lettre est adressée par Henry, par la grâce de Dieu roy d'Angleterre et de France et seigneur d'Irlande, à « nostre chier et bien amez sire » Bérard de Montferrand, chevalier, seigneur d'Agassac.

- 1450. Dans les derniers jours d'octobre 1450, Amanieu d'Orval, troisième fils du sire d'Albret, lieutenant de Charles VII, roi de France en Guyenne, qui venait de s'emparer de Bazas, laisse une garnison française dans cette ville et part avec cinq à six cents hommes, accompagné de ses lieutenants, Robin Petit-Loup et Lespinasse, pour faire une course aux environs de Bordeaux. Il contourne la place et va camper le long de la jalle de Saint-Médard, entre Le Haillan et Blanquefort, où viennent le rejoindre des bandes d'aventuriers et de pillards, au nombre de plusieurs centaines. À cette nouvelle, les Anglo-Gascons de Bordeaux s'arment précipitamment pour repousser l'ennemi. Beaucoup de bourgeois valides veulent aussi concourir à la défense commune. Ces divers éléments donnent un effectif d'environ dix mille hommes, mais les deux tiers de ces combattants n'étaient pas bien équipés, ni rompus au métier des armes. De plus, leurs chefs improvisés ne pouvaient que jeter le désordre dans les rangs, s'ils tentaient une sortie. C’est effectivement ce qui arriva. Le jour de la Toussaint, les Anglo-Saxons se portèrent à la rencontre du sire d'Orval, sur la route de Castelneau, entre Eysines et Bussaguet. Prévenu de leur arrivée, d'Orval fait cacher une moitié de sa troupe dans un bois très fourré, à gauche de la route et du côté opposé ; il dispose l'autre moitié en ligne de bataille sur les remblais de la jalle. Au devant, s'étendent les marais. La position stratégique est des meilleures pour les Français. Or, c'était le maire anglais Godifer Shorthoise qui avait pris le commandement supérieur des dix mille. Au lieu d'envoyer ses cavaliers en éclaireurs, il les masse derrière les fantassins qui, talonnés par les chevaux, sont poussés vers la jalle. Ne voyant pas le corps d'ennemis dissimulés dans les bois, et croyant n'avoir à faire qu'à un petit nombre d'adversaires, ils courent sur eux qui semblent prendre la fuite ; mais à peine ont-ils dépassé le pont du ruisseau que les Français, cachés en deçà, sortent de leur embuscade et viennent assaillir les Anglo-Gascons en queue ou sur les flancs, tandis que les pseudo-fuyards font volte-face et les prennent entre deux feux. Les alliés, hommes et chevaux, se jettent pêle-mêle dans les marais où ils s'embourbent. Le désordre est à son comble. Les Français tuent sur place de quinze à dix-huit cents Anglo-Gascons ; deux mille six cents restent blessés et prisonniers ; le surplus peut enfin regagner Bordeaux, car le sire d'Orval, ayant assez de besogne à garder ses captifs avec sa troupe épuisée de fatigue, et sans attaquer Bordeaux, rentra à Bazas en dévastant le pays sur sa route. Telle fut la bataille de Blanquefort que l'on peut considérer comme le commencement de la conquête de la Guyenne. Voici en quels termes un procès-verbal du temps relate l'événement : « Les Bordelais firent, le jour de la Toussaint (1450), qui reçut le nom de Male Jornade, une sortie contre le sire d'Orval. Malheureusement, ils essuyèrent une grande défaite et l'ennemi déploya contre eux un tel acharnement couronné de succès que beaucoup furent passés au fil de l'épée. Leurs cadavres ayant été portés à Bordeaux, l'archevêque Pey-Berland en ressentit une douleur immense, à tel point qu'il resta près de quarante-huit heures renfermé dans son oratoire à prier et à gémir. » (Arch. hist. de la Gir., tome III, p. 462). À la suite de ces événements, d'Orval écrit au roi de France qu'il pensait que le moment était venu d'agir en Guienne. Charles VII, ayant achevé la conquête de la Normandie, résolut de faire celle de la Guienne et y envoya des troupes nombreuses, sous le commandement du comte de Dunois. Ce dernier vint mettre le siège devant Blaye qui fut prise d'assaut au bout d'une vingtaine de jours. La chute de Blaye entraîna celle de toute la Guienne anglaise. Bourg, Rions, Castillon capitulèrent à leur tour. Le comte de Dunois se rendit alors devant Fronsac, la plus forte place de la région. Le siège fut vivement poussé et les Anglais, se voyant isolés, promirent de se rendre sous les dix jours, s'ils n'étaient pas secourus. Les Bordelais, liés d'intérêt et de commerce avec les gens d'outre-mer, eussent volontiers secondé la résistance des Anglais, mais ils sentirent la folie d'une telle entreprise. L'archevêque de Bordeaux, les seigneurs de Blanquefort, de Langoiran et plusieurs barons de la province vinrent trouver le comte de Dunois pour entrer en négociation. Le comte de Dunois usa de ménagements afin de réconcilier les populations. II maintint tous les privilèges, franchises, libertés, observances et usages du Bordelais et il promit formellement de n'établir aucun impôt nouveau. Enfin, ceux qui ne voulaient pas devenir Français furent autorisés à rester encore un an dans le pays pour régler leurs affaires avant de s'en aller. Le comte de Dunois fit son entrée à Bordeaux avec beaucoup d'apparat. Il y séjourna quinze jours, puis, voyant que tout était tranquille, il quitta la ville, n'y laissant que peu de troupes, toujours pour ménager les habitants.

Mais Bordeaux souffrait trop de l'interruption de son grand commerce de vins avec l'Angleterre pour accepter de bon gré ce nouvel état de choses. Un complot ne tarda pas à se tramer pour le rappel des Anglais. Le seigneur de Lesparre, Pierre de Montferrand, et le sire de Blanquefort, Gaillard de Durfort, seigneur de Duras, étaient parmi les conjurés. Le seigneur de Lesparre partit pour Londres donner avis à la Cour des dispositions des Bordelais. Le roi d'Angleterre chargea le vieux connétable de Talbot de recouvrer la Guienne, mais il ne put lui donner que des moyens insuffisants.

- 1452. Le 17 octobre 1452, Talbot débarque en Médoc, sur la plage de Gurp, près de Grayan, avec cinq mille combattants. Bordeaux lui ouvrit immédiatement ses portes (20 octobre). Talbot prit ses quartiers d'hiver à Bordeaux, augmenta ses troupes et, dès le printemps, entra en campagne. L'armée française ayant mis le siège devant Castillon, une des villes les plus fortes occupées par les Anglais, le vieux Talbot courut au secours de la place. Ce fut la fameuse bataille de Castillon (13 juillet 1453) qui finit la guerre de Cent-Ans. Les Anglais furent écrasés grâce à l'artillerie de Jean Bureau ; Talbot resta lui-même au nombre des morts, il avait quatre-vingts ans. La plus grande partie de ses troupes périt dans le combat ; au nombre des prisonniers furent les seigneurs de Blanquefort et de Lesparre. Le pays se soumit aussitôt sans résistance. Cadillac et Blanquefort furent les seules places où l'Anglais se défendit énergiquement. Le roi, qui s'était rendu en Guienne, vint lui-même mettre le siège devant Cadillac. Le comte de Dunois fut chargé de s'emparer de Blanquefort qui résista quelque temps et se rendit aux mêmes conditions que Cadillac, c'est-à-dire que les Anglais qui se trouveraient dans ces places seraient faits prisonniers et pourraient se racheter, mais que les habitants du pays seraient à la discrétion du roi. Enfin, Bordeaux finit par capituler. Les conditions de Charles VII furent rigoureuses, mais elles auraient pu être pires, tant avait été grande la déloyauté des Bordelais à son égard. Le Médoc, particulièrement dévoué aux intérêts anglais, paya fort cher cet attachement. Les sires de Lesparre et de Blanquefort figuraient sur la liste des vingt seigneurs ou bourgeois exceptés de l'armistice et bannis à perpétuité du royaume. Les murailles de Lesparre furent rasées. Pierre de Montferrand eut l'audace de rentrer en France l'année suivante, mais, trahi et fait prisonnier, on lui fit son procès et il fut pendu à Poitiers. Charles VII, pour s'assurer la fidélité des habitants de Bordeaux, fit construire aux deux extrémités de la ville le château Trompette et le fort du Hâ.

Quant à Gaillard de Durfort-Duras, il fut plus heureux ou plus adroit que Pierre de Montferrand. Après avoir mené quelque temps une existence assez difficile à Londres, il fut nommé par les Anglais, gouverneur de Calais et maréchal d'Angleterre. Enfin, Louis XI lui accorda sa grâce en 1476 et le rétablit dans sa châtellenie de Blanquefort. À partir de cette époque, le seigneur de Durfort-Duras se montra un loyal sujet du roi de France; il devait se faire tuer à son service en Bourgogne, en 1487.

- 1460. Reconnaissance féodale en faveur d'honorable homme Pey Francon, donzet [chevalier] de la paroisse de Saint-Martin de Ludedon, époux de Blanqua de Samac, dame du Vergey.

- 1472. Reconnaissance féodale en faveur de Blanche de Sarnac, dame du Verger, nièce et héritière universelle de Bertrand de Sarnac, seigneur du Verger, et femme du noble homme Pierre Francon, damoiseau, pour des fiefs situés dans la paroisse de Ludon. Ainsi, par deux titres successifs, en 1460 et 1472, est affirmée l'existence à Ludon de la seigneurie du Verger, aujourd'hui disparue. Nous verrons plus tard comment il y a tout lieu de penser que la famille de Francon était alliée aux Pomiès, les futurs seigneurs d'Agassac.

- 1474. Mort de Bertrand de Montferrand, seigneur d'Agassac, quatrième du nom.

- 1486. On ignore à quelle époque Bertrand de Montferrand avait vendu la seigneurie d'Agassac à noble Arnaud de Saud, maître des requêtes de l'hôtel du roy et clerc de la ville de Bordeaux, mais, en 1486, Jehan de Sault ou Dusault, fils d'Arnaud, est seigneur d'Agassac ; sa femme est damoyselle Trenquina de Bédat. Jean de Durfort-Duras, seigneur de Blanquefort, fils de Gaillard, est maire de Bordeaux en 1487.

- 1491. Procès-verbal (12 septembre) de convocation de la noblesse du pays bordelais, à l'effet de Charles Huitième, par commandement de Monseigneur le grand sénéchal de Guyenne.

« Les seigneurs de Gassac et de Lamothe de Margaux, chargés avec le sieur de Livran de deux archiers, se sont présentez et ont offert bailler les dits deux archiers, parce que le dit sieur de Gassac a dit être homme d’arme sous la charge du maire de Bordeaux pour la garde de la dite ville. Médard de Caupenne, sieur de Cantemerle, qui est sexagénaire, s'est présenté et offert bailler un bon archier bien monté et armé. Pierre de Saint-Cryc, Blanque de Sarnac, dame du Vergier, veuve de feu Pierre Francon, et le sieur de Lamothe de Parempuyre se sont présentez et offert de rendre l'un d'eulx en personne en état d'un bon archier. »

- 1515. Dénombrement en faveur de François de Saud, écuyer et seigneur d'Agassac. Noble et puissant seigneur Bertrand de Montferrand, seigneur d'Agassac, avait affranchi Ménaud et Raymond Andraud, de la paroisse de Ludon, moyennant trente francs bourdelois une fois payés, plus annuellement treize arditz et un tholosan d'exporle avec une demi-pipe de vin clairet logé en bois neuf. Ayant vendu la seigneurie d'Agassac à noble homme Arnaud de Saud, conseiller et maître des requêtes de l'hôtel du roy et clerc de la ville de Bordeaux, ses fils, Jehan, Charles, Jacques et Marc de Saud, avaient maintenu ces droits (4 mai 1494) que confirment leurs descendants en 1525 (Me Arnaud de Sergos, procureur. Notaires terriers, vol. 1, page 69, Archives de Bordeaux).

Pour empêcher qu'on ne pût invoquer la prescription contre ses droits, le seigneur obtenait du roi de faire exécuter tous les trente ans, et même plus souvent, le terrier de sa seigneurie. Tous les habitants de la seigneurie devaient déclarer d'une manière exacte la nature de leurs terres et la qualité de leurs redevances. C'est la reconnaissance à terrier. De même, les déclarations de foy et homaige sont rendues pour établir le dénombrement des rentes que tous les seigneurs justiciers et autres gentilhommes tiennent à foy et homaige du roi ou d'autres.

Ces reconnaissances et ces déclarations sont souvent les seules preuves qui restent de la propriété dans les paroisses.

- 1530. La pomme de terre, venant du Chili, fait son apparition en Espagne.

- 1538. Du 8 may. En obéyssant aux lettres patentes du Roy, nostre sire, Marguerite Mapente, veuve de feu Pierre de Francon, escuyer et en son vivant seigneur du Vergier, bailhe ce qui suit : « Dict qu'elle tient noblement la maison noble du Vergier avecques ses appartenances et dépendance assize et scituée en la paroisse de Ludedon et la tient à foy et homaige du seigneur de Blanquefort ». (Arch. hist. de la Gir., vol. 6, p. 250).

- 1542. Le 24 juillet, Baude Dessaut, escuyer, seigneur d'Agassac, est élu jurat de Bordeaux (Chronique bourdeloise, p. 62).

- En 1544, « des témoins déposent que l'ile de Macau était anciennement au mitan de la rivière ». À la fin du XVIème siècle, le bras occidental est presque comblé. Un cahier des charges porte que les riverains doivent entretenir ce chenal en lui maintenant une largeur de 18 pieds et une profondeur de 5 pieds. Au début du XVIIème siècle, le chenal est comblé et il ne reste plus qu'un fossé d'écoulement, la Maqueline, que les riverains, pour s'opposer à la réclamation des Domaines, déclarent être œuvre d'homme.

À l'extrémité sud de l'île de Macau, l'îlot de Pachan, sur une carte de 1640, était encore séparé de la terre ferme par un large chenal. Au XVIème siècle, il n'a encore été fait mention que de quatre îles : île de Macau, île des Vaches, île du Bec et île Cazeau.

Dans tous ces cas, le processus de rattachement est le même : 1° formation d'un banc puis d'un îlot dans le lit du fleuve ; 2° accroissement de l'îlot ; 3° comblement du chenal qui le sépare de la terre ferme par alluvionnement sur son fond et sur ses deux rives.

Il est fait mention de l'île Cazeau pour la première fois en 1377. En 1723, elle a 110 hectares. L'île du Nord apparut en 1600 et l'île Verte, en 1792. Durant le XIXème siècle, les trois îles s'accroissent et tendent à se rapprocher. Elles forment actuellement une seule île allongée dont le bord oriental, rectifié, constitue la véritable rive occidentale du fleuve. Le bras qui sépare cette grande île du Médoc est en voie de comblement rapide ; on peut prévoir pour un avenir prochain le rattachement au continent de l'ensemble : île Cazeau, île du Nord, île Verte.

Jean Dessaut, escuyer, sieur de Cazalet, est élu jurat de Bordeaux (Chronique bourdeloise, p. 63). Ce Jean Dessaut était le frère du seigneur d'Agassac. Il habitait à Ludon la maison noble de Cazalet qui est devenue, au XVIIIème siècle, le château de Bacalan.

- 1549. Exporles (l'exporle est le droit que le vassal doit payer à chaque mutation de seigneur et de vassal, ou de l'un des deux seulement, suivant les conventions. Le cens est la redevance annuelle) pour M. Sauvat de Pomyers, conseiller du roy et président aux requêtes au Parlement de Bordeaux, seigneur du Breuilh en Médoc, paroisse de Saint-Estèphe. C'est la première fois que nous voyons apparaître le nom de la famille des futurs seigneurs d'Agassac.

- 1567. Un acte de 1567 nous apprend que la seigneurie d'Agassac a, de nouveau, changé de propriétaire. On ignore à quelle date exacte elle passa des mains des Saud dans celles des Genouilhac. Dénombrement en faveur de messire Jean de Genouilhac, chevalier, gentilhomme ordinaire de la chambre du Roy, gouverneur du château Trompette, seigneur d'Agassac et Bessan pour la paroisse de Ludon, Peyres, le Taudin, Colom, la Lagune. Les actes sont passés au château d'Agassac ; parmi les témoins figurent François de Francon, écuyer, seigneur du Vergier (Saulques, notaire à Macau).

- 1568. Le comte de Castillon (près de Lamarque), l'un des chefs du parti des réformés en Médoc, porte la terreur parmi les populations catholiques dont il pille les logis et incendie les églises. Le maréchal Blaise de Montluc, gouverneur de Guyenne, pourvoit aux garnisons de Blanquefort, Montferrand, Langoiran et autres lieux suspects près de Bordeaux.

- 1572. La Garonne glace, devant Bourdeaus, aux festes de Noël, avec telle aspreté qu'il n'est loisible de naviguer et traverser la rivière (Chronique bourdelaise) et a continué le dit froid jusques au tiers de janvier.

- 1573. Le 13 juin, le Parlement apprit que le château de Blanquefort avait été pris par les gens de la religion et rendit un arrêt qui condamnait La Plane, commandant du château, à être mis dans les prisons de la conciergerie du Palais, afin que son procès fût fait, pour avoir découché la nuit que cette place avait été prise, avec ordre de remettre promptement le château de Blanquefort sous l'obéissance du Roy.

- 1574. Les Huguenots font une descente à Vertheuil. Le chapitre métropolitain de Saint-André prie le général de Gourgues d'envoyer des munitions pour que les habitants retranchés dans le château puissent se défendre. Le chapitre se charge d'envoyer des cordes et du plomb.

- 1575. Requêtes par les députés du clergé de Bordeaux au lieutenant général du sénéchal de Guyenne, relatives aux vexations et crimes des Huguenots dans tout le pays.

- 1580. Le 17 septembre, arrêt du Parlement de Bordeaux au sujet des troubles occasionnés par les luttes religieuses dans le pays. La Cour, pour ohvier aulx courses et surprinses que font journellement en ceste sennes-chaucée les ennemys et perturhateurs du repoz publicq, qui portent les armes contre le roy, a ordonné et ordonne qu'en chascune esglize de ceste sennes-chaucée et au clochier d'icelle, sentinelles seront mises jour et nuict pour descouvrir les allans, passans et repassans de quelque qualités, condition et religion qu'ilz soient, en plus grand nombre que de quatre à cheval. Et au son de la cloche les députez à faire la dite sentinelle seront tenus faire entendre par toute la paroisse le plus grand nombre que de quatre, savoir est : tant d'hommes à cheval, tant de coups de cloche. Et là où ils découvriraient une grande troupe même prenants, pilhants et ransonnants, est enjoinct aux dits députez pour faire la dite sentinelle de sonner le toquesin pour assamhler le peuple en armes et courrir sus pour les apprehender, si faire se peuIt et les amener à justice, sinon les tailher en pièces selon les édictz et ordonnances du Roy. A pareillement enjoinct aulx curés et viquaires des dittes paroisses de faire entendre le présent arrest au prosne de la grand'messe et apposer aux portes des esglizes, affin qu'aucun n'en prétende ignorance.

C'est en sonnant ainsi le tocsin que la cloche de Ludon fut brisée en 1622. Pareil exploit devait se renouveler le 11 novembre 1918, mais pour un tout autre motif, lorsqu'avec la même énergie, les gens de Ludon célébraient la victoire.

« L'inventaire de Lesparre » signale que « l'Océan entame profondément les terres ; la grande forêt de pins, propriété de l'abbaye de Soulac, vient de disparaître ; le village de Lilian voit ses maisons recouvertes de sable, à l'exception de deux d'entre elles... Artiques... Extrémeyres est englouti, le prieuré de Saint-Nicolas est enseveli. » Ce prieuré se trouvait entre la Tour Noire et le Sémaphore. Montaigne, dont le frère, Thomas, était devenu, en 1560, seigneur de Lilian, décrit cette invasion dans ses « Essais » (tome J, livre 30). « En Médoc, écrit-il, le long de la mer, mon frère, sieur d'Arsac, voit une sienne terre envahie soubs les sables que la mer vomit devant elle. Le faiste d'aucuns bâtiments paraît encore ; ses rentes et domaines se sont eschangez en pacages bien maigres. Les habitants disent que, depuis quelques temps, la mer se poulse si fort vers eux qu'ils ont perdu quatre lieues de terre. Ces sables sont ses fourriers et voyons de grandes montioles d'arêne mouvants qui marche d'une demi· lieu et gagne païs. »

Une première poussée des sables s'était déjà manifestée au XIVème siècle ; l'église de Soulac fut en partie ensevelie et on dut ouvrir un nouveau portail à 5 m. 20 au-dessus du sol primitif.

- 1591. Pierre de Pomiès ou Pomiers, seigneur de Francon et jurat de la ville de Bordeaux, figure comme témoin dans un acte d'acquisition de la seigneurie de Montferrand par le maire et les jurats de Bordeaux (Arch. hist. de la Gir., vol. 23, p. 148). Le château de Montferrand, dont les Bordelais avaient toujours eu les seigneurs en grande crainte, ne fut acheté par eux que pour être rasé. À sa place, s'élève le château de Beauval, dans la commune de Bassens.

On sait que les Pomiès, qui étaient alors barons du Breuilh, à Cissac en Médoc, étaient alliés aux de Saud. Or, les de Saud avaient été seigneurs d'Agassac ; de plus, la seigneurie de Francon, dont se réclame Pierre de Pomiès, était la seigneurie du Vergier, à Ludon, voisine d'Agassac. Il est donc facile d'en conclure comment les Pomiès ont pu s'intéresser à la terre

d'Agassac. Ils en firent l'acquisition au commencement du XVIIème siècle et la conservèrent dans leur famille près de trois cents ans.

- 1593. Le maréchal de Matignon ayant mis le siège devant Blaye, la flotte espagnole vint au secours de la ville et exécuta même quelques descentes tant devant Blaye qu'en Médoc. Le 11 mai, Matignon ordonna de faire avancer contre les Espagnols un canon de Macau à Castillon de Médoc et donna commission aux élus de Guyenne de se transporter dans le pays pour faire jeter des ponts sur les esteys afin de faciliter le passage de ce canon.

- 1594. Louis de Genouilhac, seigneur d'Agassac, est inscrit, le 15 juin 1594, sur le rôle des nobles de Guyenne sujets au ban et à l'arrière-ban.

- 1595. Le 16 juillet, une commission de jurats est chargée d'aller à la tour de Courdouan tant pour voir l'avancement de la structure de la dite tour que aussy pour contenter le peuple en sa plainte de la grande levée de deniers qui se fait et se continue sans intermission, car sur la demande de ce qui avait été construit depuis la dernière visite de la dite tour quatre ans auparavant par M. de Raymond, conseiller du Roy, en son conseil privé, et président au Parlement de Bordeaux, et par MM. du Saud, avocat du Royen ladicte cour, et de Francon, jurat, commissaires députtés, à faire la dicte visite, il avait été répondu que, depuis ce temps-là, il n'avait été posé une seule pierre à la dicte tour encommencée. Ce Francon est Pierre de Pomiès. Il est certain qu'il y a eu plusieurs tours de Cordouan. Celle dont il est parlé ici, et qui ne fut achevée qu'en 1610, est celle qui existe maintenant.

- 1601. Jacques de Durfort, seigneur de Blanquefort, aliène les rentes que les paroisses dépendant de la juridiction de Blanquefort lui devaient, ainsi que son droit de haute-justice sur les dites paroisses. C'est la fin de la domination de Blanquefort sur Ludon. Et voici, en réplique à la poésie médocaine de La Boétie, un sonnet du poète bordelais Charles Lapoudge :

Le Médoc est ainsi que l'avant des vaisseaux.

Il fend de son étrave un océan de vignes

Et, porteur de châteaux aux couronnes insignes,

Il navigue et ne craint les célestes assauts.

De Ludon traversé de jalles ou ruisseaux

Et jusques à Soulac aux grèves rectilignes,

Parmi les pins voussés comme l'aile des cygnes,

S'en va la nef heureuse aux printemps jouvenceaux.

Et j'aime ce pays de soleil et de sable

Où passe en leur saison le vol insaisissable

Des oiseaux qui s'en vont chanter en d'autres lieux.

Parfois, les soirs d'hiver, se déhale la brise.

Elle éveille un moment les étangs sommeilleux

Et la vague du ciel sur les arbres se brise.

Paul Duchesne, La chronique de Ludon en Médoc, Rousseau frères, Bordeaux, 1960, p.37-55.

joomla template